[Visite privée] Exposition « Sèvres, une passion Rothschild » au Mobilier national

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Ce reportage sera disponible à partir du samedi 6 juin à 19h sur cette page.

Exposition « Sèvres, une passion Rothschild. De la Villa Ephrussi à Paris »
17 avril – 26 juillet 2026
Mobilier national – Galerie des Gobelins (Paris)

Depuis Francfort, Vienne, Naples, Londres ou Paris, les membres de la famille Rothschild entrèrent en possession des plus beaux objets conçus au XVIIIe siècle. Vases en forme de vaisseaux ou d’éléphants, ornés de têtes de boucs, de nymphes ou d’enfants… L’exposition met à l’honneur des porcelaines de Sèvres aux formes virtuoses et reconstitue les plus beaux intérieurs des châteaux et hôtels particuliers, propriétés de la famille à travers l’Europe.

Pour cette visite privée, suivez Oriane Beaufils, directrice des collections de la Villa Ephrussi de Rothschild, et Viviane Mesqui, conservatrice au musée national de Céramique.

Vase « urne antique » (1755) – Manufacture de Vincennes – Attribué à Charles Nicolas Dodin – Porcelaine tendre, bronze doré – Villa et jardins Ephrussi de Rothschild (Saint-Jean-Cap-Ferrat)

L’histoire de la famille Rothschild commence à la fin du XVIIIe siècle avec Mayer Amschel Rothschild, commerçant tenant boutique dans la Judengasse, ghetto juif de Francfort. Son commerce prenant de l’ampleur, ses fils partent fonder des succursales de la banque familiale dans plusieurs villes d’Europe.

Détail des portes provenant de la Banque Rothschild & Frères, Paris (vers 1840) – Marqueterie de bois de rose, palissandre et citronnier – Villa et Jardins Ephrussi de Rothschild (Saint-Jean-Cap-Ferrat)

Leur blason montre cinq flèches réunies par un ruban, symbole des cinq frères dont l’union fait la force.
Ces fondateurs des différentes branches européennes de la famille deviennent tous des collectionneurs d’art chevronnés, accordant une place toute particulière à la porcelaine de Sèvres.

Pot-pourri à l’esprit de vin ou Veilleuse (1760) – Manufacture de Sèvres – Vincent Taillandier (peintre) – Porcelaine tendre – Collection particulière
Vase « à têtes d’éléphants » (vers 1760) – Manufacture de Sèvres – Attribué à Jean-Louis Morin (peintre) – Porcelaine tendre – Waddesdon Manor

La porcelaine de Sèvres constitue un miroir des relations entre les membres de la famille. Tous aiment cette « pâte tendre » et forment des collections pour lesquelles ils se conseillent, se jalousent ou se font concurrence. Il n’est ainsi pas rare que plusieurs membres de la famille enchérissent à la même vente. Ils se partagent parfois des garnitures, le goût se transmettant d’un Rothschild à l’autre.

« Fidélité » (vers 1765-1770) – Manufacture de Sèvres – Jean-François Leleu (ébéniste) – Porcelaine tendre, marqueterie de croisillons, bronze doré – Collection Dr William et Nadine McGuire
À gauche : « Madame de Pompadour en déesse de l’Amitié » (1755) (sculpture) et 1760 (socle) – Manufacture de Vincennes (sculpture) et Manufacture de Sèvres (socle) – Antoine Ceton (peintre) – Biscuit de porcelaine tendre et porcelaine tendre glaçurée / à droite : Vase « Choisy » ou vase « à compartiments » (1760) – Manufacture de Sèvres – Charles Nicolas Dodin (peintre) Charles Louis Méreaud le jeune (peintre)  Porcelaine tendre – Collection particulière
Détail d’un « vase B de 1780 » (1781-1782) – Porcelaine tendre – Villa et jardins Ephrussi de Rothschild (Saint-Jean-Cap-Ferrat)

La Révolution française dispersa sur le marché de l’art européen des milliers d’objets d’art. Les collectionneurs anglais, dont le futur roi George IV, furent les premiers à retrouver le goût pour la porcelaine de Sèvres et rassemblèrent dans leurs collections les plus exceptionnelles créations de la manufacture.

Facture de Samson Wertheimer (Londres) à Leopold de Rothschild – The Rothschild Archive (Londres)

En France, l’attrait pour le « vieux Sèvres » de l’Ancien Régime renaît dans les années 1820. James et Betty de Rothschild sont alors installés rue Laffitte, à quelques pas de l’hôtel Drouot, qui ouvre ses portes en 1852. Celui-ci marque le début d’une frénésie des enchères parisiennes dans laquelle la famille Rothschild joue un rôle capital.

Objets provenant des réserves de la Villa Ephrussi de Rothschild (Saint-Jean-Cap-Ferrat)
Objets provenant des réserves de la Villa Ephrussi de Rothschild (Saint-Jean-Cap-Ferrat)

En 1906, Béatrice Ephrussi fait l’acquisition d’un terrain de huit hectares, qui n’est alors guère plus qu’un éperon rocheux situé sur les cimes du cap Ferrat. Construite en cinq ans, la villa, qu’elle baptise Île-de-France, est meublée en suivant le goût éclectique de sa propriétaire : primitifs italiens, paravents japonais, mobilier de Joseph, Jacob, Delanois ou Dubois mais également tapis de la Savonnerie et porcelaine de Sèvres, qu’elle collectionne avec passion jusqu’aux derniers mois de sa vie. La baronne décide, avant sa mort en 1934, de léguer l’édifice et l’intégralité de sa collection d’art à l’Académie des beaux-arts, en souvenir de son père Alphonse qui en était membre.

Coulisses de la Manufacture de Sèvres : le Magot
Vase « à oreilles » (seconde moitié du XVIIIe siècle) – Biscuit de porcelaine tendre – Musée national de Céramique (Sèvres) et modèle plâtre

Le patrimoine conservé dans les archives de la manufacture de porcelaine met en lumière les différentes étapes de la fabrication des porcelaines, de la création d’une forme à la réalisation du décor. Les modèles du XVIIIe siècle sont aujourd’hui encore mis au service des créations et des rééditions proposées par la manufacture, témoins de la continuité de ces savoir-faire d’exception.

« Portrait d’Anne de Clèves » (1825) – Manufacture de Sèvres – Marie-Victoire Jaquotot (1772-1855) d’après Hans Holbein, dit le jeune (1497/1498-1543) – Porcelaine dure, bronze doré – Collection particulière

Bâtisseurs autant que collectionneurs, les Rothschild ont fait construire de prestigieuses résidences conçues pour être les écrins de leurs collections d’art. Ce sont les châteaux de Mentmore, Ferrières, Waddesdon Manor, Halton mais également les hôtels particuliers à Paris, Londres, Vienne ou Francfort. Dans certaines pièces, les objets d’art étaient parfois présentés dans des vitrines, à la manière des « cabinets de curiosité » de la Renaissance germanique.

Vase « hollandois » (1759) – Manufacture de Sèvres – Louis Denis Armand l’aîné (peintre) – Porcelaine tendre – Waddesdon Manor
« La grand hall » (1867) par Eugène Lami (1800-1890) – Aquarelle sur papier – Collection particulière
« La salle à manger du château de Ferrières » (1863) par Eugène Lami (1800-1890) – Aquarelle sur papier – Collection particulière

Le nom du décorateur Eugène Lami est attaché au décor du château de Ferrières pour lequel il imagina entre 1853 et 1862 un véritable système décoratif mêlant diverses sources d’inspiration, Renaissance anglaise, style Henri II, Grand Siècle louisquatorzien et passion du rococo. Lami imagine sur le papier les intérieurs pour lesquels il voyage afin d’acquérir des objets, dont il dessine parfois lui-même les vitrines ou les gaines. Les douze aquarelles du château de Ferrières, exposées ensemble pour la première fois, constituent un témoignage unique de son œuvre au service de la famille Rothschild.

Au centre : Paire de vases « flacon à chaînons » (collection Édouard de Rothschild) (vers 1767) – Manufacture de Sèvres – Attribué à Charles Nicolas Dodin ; scènes galantes attribuées à Charles Nicolas (peintre) d’après des modèles de François Boucher – Porcelaine tendre, bronze doré la fin du XIXe siècle – Musée national de Céramique (Sèvres)

Dès le début de la Seconde Guerre mondiale, les collections de la famille Rothschild furent prises pour cible en Europe, dans le cadre des persécutions antisémites perpétrées par l’Allemagne nazie. Celle-ci mena une entreprise de spoliation massive de leurs œuvres d’art, qui avaient notamment vocation à rejoindre le musée imaginé par Adolf Hitler à Linz ou les collections d’éminents cadres du régime.

En France, l’occupant allemand ne fut pas le seul acteur de ces spoliations. Le régime de Vichy, sous la houlette du maréchal Pétain, prononça une loi de déchéance de nationalité entraînant la mise sous séquestre les biens de ceux considérés comme des ennemis du régime et ayant fui le pays. Édouard, Robert, Maurice, Philippe et Henri de Rothschild en furent les premières victimes. Leurs biens furent mis en vente et certains préemptés par les musées nationaux.

Les collections nationales ont pu s’enrichir de nombreux chefs-d’œuvre en porcelaine de Sèvres grâce à la générosité de la famille Rothschild.
En 1922, la baronne Adèle de Rothschild léguait à l’État les collections réunies dans son hôtel de la rue Berryer, afin d’y établir une Fondation pour les jeunes artistes. Une importante partie de ses collections et de ses porcelaines de Sèvres rejoignait en même temps le musée du Louvre.

Vase dit « à l’Amour Falconet » (vers 1780) – Manufacture de Sèvres – Porcelaine tendre – Msée national de Céramique (Sèvres), dépôt du musée de Cluny, musée national du Moyen Âge (Paris)

En 1934, sa cousine Béatrice Ephrussi offrait à la France, par son legs à l’Académie des beaux-arts, l’une des plus riches collections de Sèvres sur le territoire.
En 1990, les héritiers du baron Edmond de Rothschild faisaient entrer par dation dans les collections du musée du Louvre un ensemble exceptionnel d’œuvres parmi lesquelles, plusieurs chefs-d’œuvre du mobilier de porcelaine. Liliane de Rothschild réalisa elle plusieurs dons d’objets exceptionnels au musée du Louvre ou au musée national de Céramique.

Célèbres pour leurs collections d’art, les Rothschild le sont également pour le faste de leurs tables. James de Rothschild engagea en 1826 le célèbre Antonin Carême qui laissa son nom à plusieurs recettes familiales, parmi lesquelles le célèbre « soufflé Rothschild ». Le décor des salles à manger se devait d’être à la hauteur du raffinement de la cuisine : les tables étaient ornées des orchidées les plus rares et de pièces de forme, d’orfèvrerie ou de porcelaine souvent garnies de fleurs.

La manufacture de Sèvres s’est distinguée au XVIIIe siècle par la richesse et la variété de ses fonds de couleur. La pâte tendre était en effet la seule à même de recevoir les couleurs alcalines développées par les chimistes de Sèvres. Parmi ces couleurs, le vert et le rose constituent la signature du « goût Rothschild ».

Tasse à thé « coupe anse palmette » aux portraits de Charlotte, Alphonse et Gustave de Rothschild (1831) – Manufacture de Sèvres et Paris – Jean-Pierre Feuillet (peintre) – Porcelaine dure – Collection particulière

Commissariat de l’exposition

Oriane Beaufils, directrice des collections de la Villa Ephrussi de Rothschild, Saint-Jean-Cap-Ferrat
Viviane Mesqui, conservatrice au musée national de Céramique, Sèvres

Ce projet réunit pour la première fois l’établissement des Manufactures nationales–Sèvres & Mobilier national avec l’Académie des beaux-arts, dont la Villa Ephrussi de Rothschild est un fleuron de la Côte d’Azur. Béatrice Ephrussi de Rothschild, l’une des plus grandes « Sèvres-maniaques » de la famille, légua en 1934 sa villa des bords de Méditerranée, écrin d’une fabuleuse collection de porcelaines de Sèvres, à l’Académie des beaux-arts.

En savoir +

Consultez le site Internet du Mobilier national.

Au centre : Pot-pourri « à vaisseau » ou « en navire, dit aussi « vaisseau à mât » (vers 1760) attribué à Charles Nicolas Dodin (peintre, actif de 1754 à 1803) – Manufacture de Sèvres – Porcelaine tendre – Musée du Louvre

Exposition « Sèvres, une passion Rothschild. De la Villa Ephrussi à Paris »
17 avril – 26 juillet 2026
Mobilier national
Galerie des Gobelins
42 avenue des Gobelins
75013 Paris

Pot-pourri « Hébert » (1769-1770), la monture plus tardive – Manufacture de Sèvres – Attribué à Jean-Baptiste Étienne Genest (peintre) – Porcelaine tendre, bronze doré – Musée du Louvre

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