
Ce reportage sera disponible samedi 27 juin à 19h sur cette page.
Exposition « Le Passage de Vénus »
24 avril – 31 octobre 2026
Musée départemental Arles antique
La Vénus d’Arles, découverte en 1651 dans les vestiges du Théâtre antique d’Arles, est une statue en marbre d’époque romaine, copiée d’un modèle grec attribué au sculpteur Praxitèle. L’original, restauré par François Girardon, est conservé au Louvre, tandis que le Musée départemental Arles antique expose un moulage du XVIIIe siècle.
Pendant quelques mois, la Vénus d’Arles rend visite à son public au musée départemental Arles antique, grâce à un prêt exceptionnel du musée du Louvre. Chaque étape du parcours de l’exposition articule mythe, histoire, rituel et création contemporaine, pour montrer comment la déesse traverse les siècles et continue d’inspirer.
Pour cette visite privée, suivez Romy Wyche, directrice du Musée départemental Arles antique, et Ludovic Laugier, conservateur en chef du Patrimoine au musée du Louvre.

Admiratif de l’œuvre de Botticelli qu’il découvrit à Florence, Gustave Moreau en fit immédiatement une copie et traita à plusieurs reprises le thème de la Naissance de Vénus. Dans l’œuvre ci-dessus, l’artiste construit une équivalence entre la naissance de l’image, la fertilisation du monde et l’apparition de la déesse de l’amour. Demeurent les références antiques : la Vénus victorieuse et l’Amour qui, voletant au-dessus d’elle, désigne la cible qu’il va embraser, et au loin le cortège des Néréides.


La statuette d’Aphrodite ci-dessus, datée de l’époque hellénistique, se distingue par son grand soin d’exécution et notamment par ses yeux incrustés d’argent. Ainsi le regard de la déesse revêt une douce intensité, propre à évoquer les pouvoirs qu’il peut véhiculer.

Dans l’Antiquité, le visage d’Aphrodite est un outil de fascination. Les statues inspirées de Praxitèle, comme la Vénus de Cnide, montrent des yeux doux, presque humides, qui captivent autant qu’ils intimident. Les Romains introduisent des nuances plus humaines : une déesse pudique, mais dont le regard semble suivre le visiteur, l’attirer, le troubler.

Avec l’Aphrodite de Cnide, Praxitèle introduit le premier nu féminin monumental de l’histoire occidentale : un corps vivant, sensible, qui marque un tournant artistique et religieux.

L’Aphrodite de Capua Vetere (ci-dessus), découverte de l’amphithéâtre campanien de Capoue, opère un charme singulier, notamment chez les tenants de la Modernité. L’œuvre et le corps de la déesse se résument en effet à une grande oblique, tandis que le sommet de la tête forme deux pans à angles droits quasiment géométriques. Tout le reste de la statue manque. Ce beau cadrage, fortuit, ne met que davantage en valeur le corps de la divinité et ses qualités intrinsèques, symboliques et religieuses.

Chez Aphrodite, beauté, corporalité et vitalité sont indissociables. Son corps n’est pas un décor : il est un instrument divin, capable d’émouvoir, de créer ou de bouleverser.


Les sculpteurs hellénistiques et romains déclinent ensuite ses postures – debout, au bain, accroupie – pour explorer toute l’expression de sa force : surface satinée, drapé soulevé, peau humide. Même les copies romaines, comme la tête Kaufmann, conservent cette intensité.
Aphrodite apparaît ainsi comme une puissance physique, sacrée et active, encore palpable aujourd’hui.

Jadis, la parure n’était pas qu’un embellissement : elle avait un rôle magique et séducteur. Bijoux, voiles, sandales ajustées, drapés serrés autour des hanches – chaque détail devient langage et stratégie, comme le rappelle la ceinture merveilleuse décrite par Homère, saturée de charmes et d’attraits.

Les sculptures antiques montrent cette beauté en action : Aphrodite ajustant sa sandale ou sortant du bain incarne une séduction dynamique, presque théâtrale. La parure devient un terrain où se jouent attractivité, normes et affirmation du corps.

Les cultes dédiés à Aphrodite reposaient sur des gestes concrets : fruits, parfums, myrte, miel, figurines déposées dans les sanctuaires de Cnide, Paphos ou Aphrodisias. Ces offrandes rendaient la déesse présente et agissante, qu’il s’agisse d’amour, de fertilité, de navigation ou même de guerre.

Aphrodite n’incarne pas seulement la douceur : elle enflamme en représentant le désir ardent, celui qui attire, submerge ou déstabilise. Les figurines antiques la montrent sur un bouc, surgissant du bain ou s’élançant comme une amazone : des images où elle n’est pas objet, mais moteur du désir.


La Vénus d’Arles marque l’aboutissement du parcours. Avec elle, Aphrodite devient Vénus: figure politique, protectrice de Rome, instrument de prestige impérial. Découverte au XVIIe siècle dans les vestiges antiques d’Arles, admirée par Louis XIV à Versailles puis conservée au Louvre, elle revient aujourd’hui dialoguer avec son histoire arlésienne.

Commissariat de l’exposition
– Romy Wyche, directrice du Musée départemental Arles antique
– Ludovic Laugier, conservateur en chef du Patrimoine au département des Antiquités grecques, étrusques et romaines du musée du Louvre
– Jean de Loisy, historien d’art
assistés de :
– Gabrielle Antz, chargée des recherches et des outils de médiation de l’espace “Moi, la Vénus d’Arles”, service Médiation, MDAA
– Maurine Roy, chargée de recherches, coordination commissariat pour Jean de Loisy
– Jessy Ruiz, chargée de l’administration des prêts et des expositions, service Conservation, MDAA
– Marie Vachin, responsable du service Médiation, MDAA

En savoir +
Consultez la page spéciale dédiée à l’exposition sur le site Internet du musée départemental Arles antique.

Exposition « Le Passage de Vénus »
24 avril – 31 octobre 2026
Musée départemental Arles antique
Presqu’île du Cirque Romain
13200 Arles


