[Louvre] « Figure d’artiste » dans la Petite Galerie

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Dans son infinie bonté, le maître du Ciel tourna ses regards cléments sur la terre et (…) il se résolut à envoyer sur terre un esprit également apte à tous les arts et à toutes les disciplines, démontrant à lui seul où est la perfection de l’art du dessin pour les lignes, les contours, les ombres et les lumières, l’effet du relief en peinture, les opérations judicieuses en sculpture et la production en architecture de demeures commodes et solides… » – Giorgio Vasari à propos de Michel-Ange

Exposition « Figure d’artiste »
25 septembre 2019 – 29 juin 2020 (dates avant confinement)
Petite Galerie du Louvre

Avant le « Grand Confinement », j’ai visité pour vous l’exposition proposée par le Louvre pour la 5ème saison de sa Petite Galerie. Né de la volonté de rendre le musée plus accessible au public qui souhaite apprendre à regarder les chefs-d’œuvre, cet espace d’exposition développe chaque année un thème de l’histoire de l’art.
Pour la saison 2019-2020, la Petite Galerie s’attache à la « Figure d’artiste » avec une sélection resserrée de 36 œuvres, illustrant les premières signatures d’artisans dans l’Antiquité jusqu’aux autoportraits des temps modernes.

« Vénus accroupie » (1686) par Antoine Coysevox (1640-1720) – Musée du Louvre

Les signatures

Les Grecs et les Romains confondaient dans un même terme l’ « artiste » et l’ « artisan », « tekhnitès » en grec et « artifex » en latin. il faudra attendre la Renaissance pour que l’artisan soit considéré comme un créateur à part entière. Pourtant, dès l’Antiquité, certains de ces professionnels sortirent de l’anonymat, comme l’indiquent des objets portant leurs noms inscrits ou gravés. Progressivement, avec la naissance d’un marché de l’art, la signature permit à ces artisans de valoriser leurs créations.

Stèle du chef des artisans, scribe et sculpteur Irtysen (règne de Montouhotep II, 2033-1982 avant J.-C.) – Musée du Louvre

Monument offert au dieu Bès – Chypre (750-600 avant J.-C.) – Musée du Louvre

Détail du monument offert au dieu Bès portant une inscription en phénicien, sans doute la plus ancienne « signature » d’un artiste : Eschmounillec, « sculpteur pour son seigneur » – Musée du Louvre

Fragment de coupe représentant Artémis, déesse grecque de la chasse, avec la signature du potier Nicosthénès (actif vers 550-510 avant J.-C.) – Musée du Louvre

 

Autoportraits

À la Renaissance, architectes, sculpteurs et peintres cherchent à s’émanciper de leur statut d’artisan. Les peintres, cultivent le genre de l’autoportrait, se représentant à l’égal des princes.

Autoportrait (vers 1452) par Jean Fouquet (1420-1478 ?) – Musée du Louvre

« Portrait de l’artiste au chevalet » (1660) par Rembrandt (1606-1669) – Musée du Louvre

La lumière est rare; elle tombe d’en haut. Je sens un homme fatigué, las et peut-être incompris. […] Il me suffit de passer un moment en face de cet autoportrait pour mettre en veilleuse ma propre tristesse. » – Tahar Ben Jelloun dans « Plongée dans la mémoire du temps » (Télérama – 1997)

Autoportrait (1702) d’Antoine Coysevox (1640-1720) – Musée du Louvre

« Portrait de Charles Le Brun (1619-1690), premier peintre du roi » (1679) par Antoine Coysevox (1640-1720) – Musée du Louvre

« Portrait de l’artiste dit « au gilet vert » » (vers 1837) par Eugène Delacroix (1798-1863) – Musée du Louvre

À mon avis, le portrait qu’Albrecht Dürer fit de lui-même en 1493 à l’âge de vingt-deux ans, est inestimable […] tout est dessiné de manière excellente, minutieuse et parfait ; harmonieux dans les détails ; d’une exécution excellente, absolument digne de Dürer, même si la couche de couleur qui est très légère s’est accumulée en quelques points. » – Goethe dans « Tag- und Jahres-Heft » (1805)

Vies d’artistes

Dans la Grèce des Ve et IVe siècles avant J.-C., les peintres et sculpteurs ont acquis reconnaissance et prestige. L’histoire de l’art naissante témoigne du goût pour l’attribution d’œuvres à des artistes connus.

« Zeuxis assis, vu de profil droit, dessinant » (vers 1519) par Domenico Beccafumi (1486-1551)

Au cours du Ier siècle, Pline l’Ancien reprend cette tradition dans son « Histoire naturelle ». Plusieurs siècles plus tard, le peintre et historien de l’art Giorgio Vasari (1511-1574) publie les « Vies des plus excellents architectes, peintres et sculpteurs ».

« Les Attributs de la Peinture, de la Sculpture et de l’Architecture » (1769) par Anne Vallayer-Coster (1744-1818) – Musée du Louvre

« Michel-Ange aveugle allant au Capitole toucher le Torse du Belvédère » (vers 1822) d’après Évariste Fragonard (1780-1850)

Avec Vasari, les Vies des artistes de la Renaissance deviennent des modèles à méditer et à imiter. Il présente les qualités dont l’artiste doit faire montre dans sa vie sociale, et prodigue ses conseils sur la manière de pratiquer l’activité artistique, célébrant les vertus du travail.

« Portrait de l’artiste » (1746) par Luis Eugenio Meléndez (1716-1780) – Musée du Louvre

« La Paix ramenant l’Abondance » (1780) par Élisabeth Louise Vigée Le Brun (1755-1842) – Musée du Louvre

« Portrait d’une femme noire, Madeleine » (Salon de 1800) par Marie-Guillemine Benoist (1768-1826) – Musée du Louvre

La provocation était de taille, car pour ce portrait d’une ancienne esclave, la femme peintre appelait l’exemple de Raphaël à la rescousse. La pose dénudée, la main sous le sein, le long bras au premier plan, le turban sont une variation sur la « Fornarina », femme du peuple, élevée par le génie de Raphaël au rang d’icône de la beauté éternelle. » – Sébastien Allard dans le catalogue de l’exposition « Portraits publics, portraits privés, 1770-1830 »

L’Académie et le Salon

En France, l’Académie royale de peinture et de sculpture, fondée en 1648, est placée sous la protection de Louis XIV. Au XVIIIe siècle, elle a son siège au Louvre, où sont conservées ses collections, notamment de portraits et d’autoportraits d’académiciens.

« Le Salon carré en 1861 » par Giuseppe Castiglione (1829-1908) – Musée du Louvre

Dès le XVIIe siècle, l’Académie organise des expositions d’œuvres de ses membres. Ouvertes au public, elles se tiennent régulièrement de 1737 à 1848 dans le Salon carré du Louvre, d’où leur nom de « Salons ». Vivant Denon, directeur du Louvre, sera président du jury pendant toute la première partie du XIXe siècle. En 2020, c’est dans cet espace d’exposition que les œuvres de Pierre Soulages ont été présentées pour le 100ème anniversaire de la naissance de l’artiste.

En 1793, l’Académie royale est remplacée par l’Académie des beaux-arts, dont l’influence est progressivement contestée au cours du XIXe siècle. Le Salon perdure jusqu’au XIXe siècle et s’ouvre à tous les artistes. Les artistes « Refusés », toujours plus nombreux, contestent sa suprématie, jusqu’à obtenir du pouvoir l’ouverture du Salon des Refusés en 1863.

« Quatre heures, au Salon », dit aussi « Fermeture du Louvre » (Salon de 1847) par François Biard (1799-1882) – Musée du Louvre

En savoir +

Sur le site internet dédié à la Petite Galerie

« Portrait de Michel-Ange âgé de 47 ans » (vers 1522) attribué à Baccio Bandinelli (1493-1560) – Musée du Louvre

Son génie fut reconnu dès son vivant (…). Cela n’arrive qu’aux hommes d’un mérite grandiose comme le sien, où la conjugaison des trois arts créait l’état de perfection, que Dieu n’a accordé, durant les siècles de l’Antiquité comme dans les modernes, à nul autre que lui. » – Michel-Ange par Giorgio Vasra dans « Vies des plus grands peintres, sculpteurs et architectes italiens » (1550)

La thématique de la « Figure d’artiste », a également été abordée fin 2019 par le Palais des Beaux-Arts de Lille dans le cadre de l’exposition « Le rêve d’être artiste ».

Détail du groupe de Vénus et Cupidon par par sculpteur anonyme du IIe siècle – Musée du Louvre

Toutes les photographies par @scribeaccroupi.

Sources :
– dossier de presse de l’exposition
– « Promenades au Louvre » (2010) par Jean Galard – Éditions Robert Laffont

Pendant la période de confinement, retrouvez le musée du Louvre sur Internet.

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