[Chef-d’œuvre] « Les Trois Grâces »

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« Les Trois Grâces » (IIe siècle)
Musée du Louvre

Ce groupe sculpté, conservé au musée du Louvre, est présenté au centre de l’une des salles de l’exposition « Le Corps et l’Âme ». Il s’agit de la copie romaine, datant du IIe siècle après J.-C., d’une œuvre du IIe siècle avant J.-C.

Ce groupe sculpté représente trois sœurs, les « Charites » : Aglaé, Euphrosyne et Thalie. Elles sont filles de Zeus et d’Eurynomé et personnifient à la fois la beauté, les arts et la fertilité.

Elles ont un air joyeux, comme ordinairement celui qui donne ou celui qui reçoit ; elles sont jeunes parce que le souvenir des bienfaits ne doit pas vieillir ; vierges, parce qu’ils sont sans tache, sans mélange, vénérables pour tout le monde. Ils ne sont à aucun degré un lien, une gêne ; aussi les robes qu’elles portent n’ont-elles pas de ceinture ; et elles sont transparentes parce que les bienfaits ne craignent pas les regards. » – Sénèque dans « De beneficiis »

Comme le décrit Ludovic Laugier dans le catalogue de l’exposition, la composition se développe latéralement, en jouant sur les pleins et les déliés, les effets de miroir, rythmés par l’inclinaison des têtes mais aussi par le balancement alterné des hanches et des épaules.

« Les Trois Grâces » (entre 1504 et 1505) par Raphaël (1483-1520) – Musée Condé (Chantilly)

Ce motif était déjà connu et diffusé au cours de l’Antiquité et bien avant le tableau de Raphaël (photographie ci-dessus) conservé au château de Chantilly ; en témoigne le grand nombre d’exemplaires en ronde bosse d’époque romaine, conservés dans les plus grands musées du monde, ainsi que les reliefs ornant certains sarcophages.

« Les Trois Grâces » reprennent le canon du nu féminin classique créé par Praxitèle au IVe siècle avant J.-C. avec son « Aphrodite de Cnide », tout en l’allongeant et en privilégiant les effets de bidimensionnalité.

Cette version, issue de la collection Borghèse et conservée au Louvre, est aujourd’hui la plus célèbre… mais ce n’est pas la plus complète. En effet, les têtes que l’on voit ici ont été sculptées par Nicolas Cordier pour compléter le groupe en 1609.

Par contre, la version découverte à Rome au XVe siècle et exposée dans la bibliothèque de la cathédrale de Sienne (photographies ci-dessous), est plus complète. C’est elle qui faisait référence pendant la Renaissance et jusque dans le courant du XVIIe siècle.

« Les Trois Grâces » – Cathédrale de Sienne (Italie)

« Les Trois Grâces » – Cathédrale de Sienne (Italie)

L’une d’entre elles est représentée de dos tandis que les deux autres nous font face parce que pour un bienfait, nous pouvons en espérer le double en retour. » – Maurus Servius Honoratus dans « Vergilii Aeneidem »

Toutes les photographies par @scribeaccroupi.

Source : catalogue de l’exposition « Le Corps et l’Âme. De Donatello à Michel‐Ange. Sculptures italiennes de la Renaissance » par Marc Bormand, Beatrice Paolozzi Strozzi et Francesca Tasso – Éditions du Louvre et Officina Libraria

En savoir +

Sur le site Internet du musée du Louvre consacré à l’exposition.

Exposition « Le Corps et l’Âme. De Donatello à Michel‐Ange. Sculptures italiennes de la Renaissance »
22 octobre 2020 ‐ 18 janvier 2021 (prolongation au printemps)
Musée du Louvre

Cliquez ici pour découvrir la visite privée  (22 minutes) de l’exposition avec Marc Bormand, conservateur en chef du patrimoine au département des sculptures du Louvre.

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