Tombouctou et son patrimoine en péril

Située au Mali, la ville de Tombouctou était aux XVe et XVIe siècles une capitale intellectuelle et spirituelle et un centre de diffusion de l’islam en Afrique. Ses trois grandes mosquées témoignent de cet âge d’or.
En 2012, Tombouctou a été inscrite sur la liste du patrimoine mondial en péril de l’UNESCO.

Photographie : Thierry Joffroy © CRAterre

Des mausolées dédiés à des saints musulmans

Dans le monde musulman, sont considérés comme saints des personnes ou des groupes de plusieurs personnes, qui se sont distingués par leur piété, qui ont réalisé des actes remarquables, qui ont souffert jusqu’au martyre pour défendre leurs idées ou encore des personnages qui démontrent une grande sagesse.
C’est la perception de la population locale qui décide d’élever des personnes en objets de culte. En effet, dans le monde musulman, il n’existe aucune structure religieuse définissant l’orthodoxie et qui soit à même de reconnaître la sainteté de telle ou telle personne.
Tombouctou compte 16 mausolées dédiés à ces saints musulmans. Lieux de pèlerinage, ces mausolées sont, selon la croyance populaire, des remparts qui protègent la ville de tous les dangers.

Destructions

En 2012, 14 mausolées de Tombouctou ont été détruits par des groupes armés extrémistes prétendant agir « au nom de Dieu » et considérant la vénération des saints comme de « l’idolâtrie ».

Les attaques envers la culture sont devenues des armes de guerre, dans une stratégie de nettoyage culturel. La décision de la Cour pénale internationale est une étape historique dans la reconnaissance de l’importance du patrimoine pour les communautés qui l’ont préservé au fil des siècles et au-delà, pour l’humanité tout entière. » – Irina Bokova, Directrice générale de l’UNESCO

Crime de guerre

En juillet 2016, un djihadiste malien a été reconnu coupable de crime de guerre par la Cour Pénale Internationale (CPI) qui l’a condamné à 9 ans de prison pour la destruction délibérée de 9 mausolées de Tombouctou et de la porte dite « secrète » de la mosquée Sidi Yahia.

Leur destruction porte un message de terreur et d’impuissance, annihile une partie de la mémoire partagée et de la conscience collective de l’humanité et empêche celle-ci de transmettre ses valeurs et ses connaissances aux générations futures » – Juge de la CPI

Indemnisation

Le 17 août 2017, un an après son procès, le djihadiste a été condamné à verser 2,7 millions d’euros aux victimes de la destruction du patrimoine de Tombouctou.
Ce jugement a « le potentiel d’apporter de l’espoir aux victimes de crimes similaires commis dans d’autres parties du monde », comme les destructions de Palmyre, en Syrie, et d’autres sites historiques en Irak par le groupe Etat Islamique, a indiqué Alina Balta, chercheuse en victimologie à l’Université de Tilburg (Pays-Bas).

Reconstruction des mausolées

Les 14 mausolées détruits ont été entièrement reconstruits par la corporation des maçons de Tombouctou qui développe un savoir-faire transmis de génération en génération. Une cérémonie d’inauguration a eu lieu en juillet 2015.

Photographie : Thierry Joffroy © CRAterre

Sources :
Site Internet de l’UNESCO
Article publié par « Le Monde » le 17 août 2017
Site Internet de CRAterr , Association et Laboratoire de recherche de l’Ecole Nationale Supérieure d’Architecture de Grenoble

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