[Exposition] « Les Choses. Une histoire de la nature morte » au Louvre

1887

Exposition « Les Choses. Une histoire de la nature morte »
12 octobre 2022 – 23 janvier 2023
Musée du Louvre

Dans cette première grande exposition parisienne consacrée à la « nature morte » depuis celle du musée de l’Orangerie en 1952, le musée du Louvre propose une vision nouvelle de ce genre longtemps considéré comme mineur.

Étonnante et stimulante, cette exposition réunit près de 170 œuvres qui dialoguent entre elles au-delà du temps et de la géographie. L’art contemporain occupe une place inédite dans une exposition du Louvre. Un pari audacieux et réussi ! Laissez-vous gagner par la passion des Choses !

Exposition « Les Choses. Une histoire de la nature morte » – Musée du Louvre
« La Madeleine à la veilleuse » (vers 1642-1644) par Georges de La Tour – Musée du Louvre

« Car les choses et l’être ont un grand dialogue. » – Victor Hugo

Réduction de table d’offrandes (à suspendre ?) (vers 700-600 avant notre ère) – Égypte – Musée du Louvre

Ce qui reste

Avant même que les textes n’en parlent sous l’Antiquité, les Choses étaient représentées par des hommes et des femmes. Dans les grandes sociétés mésopotamienne ou égyptienne notamment, elles symbolisent la puissance et le sacré, la vie après la mort, mais aussi l’existence quotidienne, le travail ou l’amour.

« Nature morte avec fruits et gibier » (50-79) – Herculanum (Italie) – Musée Archéologique de Naples

L’art des choses ordinaires

Dans une maison de Pompéi, l’image d’un crâne en mosaïque rappelle la fin inéluctable qui nous attend toutes et tous à égalité. Datée du Ier siècle avant notre ère, elle est la première Vanité d’un genre qui est encore pratiqué par les artistes de notre temps.

Mosaïque « Memento mori » – Musée Archéologique de Naples
Livret de dévotion (vers 1330-1340) – Cologne ? – The Victoria and Albert Museum (Londres)

Les objets de la croyance

Entre le VIe siècle et le XVIe siècle en Europe, la représentation des choses ne disparaît pas comme cela a souvent été dit. Elles sont mises entièrement au service du récit religieux chrétien et servent de symboles pour que chacun puisse se familiariser avec les personnages sacrés.

« Fleurs d’œillets » (1314) par Qian Xuan – Musée national des Arts asiatiques (Paris)
Détail de « Nature morte aux bouteilles et aux livres » (vers 1530 ?) par un artiste anonyme de l’Ecole allemande – Musée Unterlinden (Colmar)

Émancipation

À partir du début du XVIe siècle, le retour de l’intérêt pour le monde matériel et quotidien s’ancre dans l’héritage de l’Antiquité gréco-romaine mais doit aussi aux pensées nouvelles, à l’évolution du christianisme et au développement du marché qui leur confèrent de nouvelles significations.

Exposition « Les Choses. Une histoire de la nature morte » – Musée du Louvre

Accumulation, échange, marché, pillage

À partir de la seconde moitié du XVIe siècle en Europe, les artistes représentent de plus en plus les choses qui s’accumulent, s’échangent et s’achètent dans un monde marchand. Elles se mêlent désormais aux figures humaines mais aussi religieuses au point de rivaliser avec celles-ci.

« La Boutique du boucher » (1568) par Joachim Beuckelaer – Musée de Capodimonte (Naples)
Détail de « Le Collecteur d’impôts » par Marinus van Reymerswale – Musée du Louvre
« Marché aux poissons » (1570) par Joachim Beuckelaer – Musée de Capodimonte (Naples)
« Five Dollar Bill » (vers 1885) par Victor Dubreuil – The Phillips Collection (Washington)

Sélectionner, collectionner, classer

À partir du XVIIe siècle et encore de nos jours, alors que s’impose le genre pictural de « la nature morte » en Europe, la discussion est minée par l’idée que l’on se fait de la hiérarchie des genres : il y aurait des sujets plus difficiles ou plus nobles que d’autres pour les artistes.

« Six coquillages sur une table de pierre » (1696) par Adriaen S. Coorte – Musée du Louvre
Exposition « Les Choses. Une histoire de la nature morte » – Musée du Louvre
« Coupe de cerises, prunes et melon » (vers 1633) par Louise Moillon – Musée du Louvre
Exposition « Les Choses. Une histoire de la nature morte » – Musée du Louvre
« Les Cinq Sens et les Quatre Éléments (avec objets aux armes de la famille de Richelieu) » (1627) par Jacques Linard – Musée du Louvre

Tout reclasser

Au XVIe siècle, Arcimboldo mélange les fleurs, les légumes, les fruits, les animaux et les humains. Pour montrer que le genre des choses est aussi noble qu’un autre, des artistes plantent des natures mortes en gros plan sur des paysages qui ne servent plus que de décor.

Exposition « Les Choses. Une histoire de la nature morte » – Musée du Louvre
« L’Hiver » et « L’Automne » (1573) par Giuseppe Arcimboldo – Musée du Louvre

On prête à Chardin d’avoir si finement rendu la vie des choses que le genre en est bouleversé. Le marché de l’art en est aussi friand et les artistes s’y réfèrent jusqu’à aujourd’hui.

« Pipes et vases à boire », dit aussi « La Tabagie » (vers 1737) par Jean-Baptiste Chardin – Musée du Louvre
« Nature morte avec pastèques et pommes dans un paysage » (1771) par Luis Egidio Meléndez – Musée du Prado (Madrid)
Exposition « Les Choses. Une histoire de la nature morte » – Musée du Louvre

Vanité

À partir du XVIe siècle, la vanité a souvent la forme d’un crâne seul ou installé près d’objets symboliques comme une bougie ou un sablier qui signifient le temps qui passe inexorablement.

« Vanité (vers 1670 ?) par Franciscus Gijsbrechts – Musée des Beaux-Arts de Strasbourg
Détail de « Fruits et coquillages » (1623) par Balthasar van der Ast – Palais des Beaux-Arts de Lille

La bête humaine

Le motif peint de l’animal mort est ancien. Cette figure désespérante de l’animal semble nous avertir du sort qui pourrait bien nous attendre.

« Les Trois Truites de la Loue » (1872) par Gustave Courbet – Kunstmuseum de Berne et « La Truite » (1873) par Gustave Courbet – Musée d’Orsay
« Agnus Dei » (1635-1640) par Francisco de Zurbarán – Musée du Prado (Madrid)

Au début des années 1800, Géricault et Goya signent des œuvres qui opèrent une véritable révolution : ils peignent des membres de cadavres humains et une tête et carcasse de mouton comme des choses.

« Étude de bras et de jambes coupés » (1818-1819) par Théodore Géricault – Musée du Louvre et « Nature morte à la tête de mouton » (1808-1812) par Francisco José de Goya y Lucientes – Musée du Louvre

La vie simple

Édouard Manet peint la vie simple avec des fleurs, des fruits, des légumes ou des poissons morts qu’il magnifie.

Exposition « Les Choses. Une histoire de la nature morte » – Musée du Louvre
« Botte d’asperges » (1880) par Édouard Manet – Wallraf Richartz Museum (Cologne)
« Le Citron » (1880) par Édouard Manet – Musée d’Orsay
« La Table de cuisine » (1880-1890) par Paul Cézanne – Musée d’Orsay

Comme Van Gogh ou Gauguin, Cézanne a voulu lui aussi le dépouillement dans l’attention aux choses élémentaires.

Exposition « Les Choses. Une histoire de la nature morte » – Musée du Louvre

Dans leur solitude

Si les choses étaient depuis longtemps affranchies de celles et ceux qui les produisaient et les consommaient, elles sont, au XXe siècle, de plus en plus isolées dans un monde où leur solitude renvoie à celle de leurs maîtres.

Exposition « Les Choses. Une histoire de la nature morte » – Musée du Louvre

Choses humaines

Le malaise grandit quand un artiste s’en prend au corps humain pour le « chosifier ». Ainsi, quand Robert Gober fait surgir d’un mur une jambe coupée surmontée d’une bougie, il n’est pas seulement question d’un homme qui a disparu dans sa totalité, c’est toute l’espèce humaine qui semble rassemblée dans cette partie séparée du tout.

Au premier plan : « Untitled » (1991) par Robert Gober – Pinault Collection / Palazzo Grassi

Les temps modernes, Objets poétiques, Métamorphoses…

Les trois dernières sections de l’exposition illustrent la représentation des choses par les artistes contemporains. Pour des questions de droits, je ne peux vous montrer d’images.

Détail de « Les Richesses de l’avare et sa mort » (vers 1600) attribué à Hieronymus Francken II – Kunstmuseum de Bâle

Commissariat de l’exposition

Laurence Bertrand Dorléac, historienne de l’art, avec la collaboration de Thibault Boulvain et Dimitri Salmon

« Fenêtre, fruits et légumes » (vers 1602) par Juan Sánchez Cotán – Collection Abelló (Madrid)

En savoir +

Consultez la page spéciale dédiée à l’exposition sur le site Internet du musée du Louvre

« La Chambre de Vincent Van Gogh à Arles » (1889) par Vincent Van Gogh – Musée d’Orsay

Exposition « Les Choses. Une histoire de la nature morte »
12 octobre 2022 – 23 janvier 2023
Musée du Louvre

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