« L’homme de Vitruve » (vers 1490) par Léonard de Vinci, prêt de la Gallerie dell’Accademia di Venezia, est présent dans l’exposition « Léonard de Vinci ».
« Quatre doigts font une paume, et quatre paumes font un pied, six paumes font un coude : quatre coudes font la hauteur d’un homme. Et quatre coudes font un double pas, et vingt-quatre paumes font un homme ; et il a utilisé ces mesures dans ses constructions.
Si vous ouvrez les jambes de façon à abaisser votre hauteur d’un quatorzième, et si vous étendez vos bras de façon que le bout de vos doigts soit au niveau du sommet de votre tête, vous devez savoir que le centre de vos membres étendus sera au nombril, et que l’espace entre vos jambes sera un triangle équilatéral.
La longueur des bras étendus d’un homme est égale à sa hauteur.
Depuis la racine des cheveux jusqu’au bas du menton, il y a un dixième de la hauteur d’un homme. Depuis le bas du menton jusqu’au sommet de la tête, un huitième. Depuis le haut de la poitrine jusqu’au sommet de la tête, un sixième ; depuis le haut de la poitrine jusqu’à la racine de cheveux, un septième.
Depuis les tétons jusqu’au sommet de la tête, un quart de la hauteur de l’homme. La plus grande largeur des épaules est contenue dans le quart d’un homme. Depuis le coude jusqu’au bout de la main, un quart. Depuis le coude jusqu’à l’aisselle, un huitième.
La main complète est un dixième de l’homme. La naissance du membre viril est au milieu. Le pied est un septième de l’homme. Depuis la plante du pied jusqu’en dessous du genou, un quart de l’homme. Depuis sous le genou jusqu’au début des parties génitales, un quart de l’homme.
La distance du bas du menton au nez, et des racines des cheveux aux sourcils est la même, ainsi que l’oreille : un tiers du visage. » – Vitruve dans « De l’architecture »
Exposition « Léonard de Vinci »
24 octobre 2019 – 24 février 2020
Musée du Louvre
En cette semaine de « Museum Week », mes déboires sur le réseau social Twitter se poursuivent. Mon compte a été (provisoirement ?) désactivé…
En attendant de pouvoir de nouveau gazouiller avec l’oiseau bleu, vous pouvez toujours me suivre sur mon Blog, sur ma page Facebook, sur Instagram et sur YouTube.
Pour fêter les 30 ans de la pyramide de Ieoh Ming Pei 贝聿铭, inaugurée le 29 mars 1989, le musée du Louvre invite une nouvelle fois l’artiste JR.
JR et Dominique de Font-Réaulx – Auditorium du Louvre, vendredi 29 mars 2019
Trois ans après avoir fait disparaître derrière un collage le monument, JR propose cette fois un effet saisissant qui semble faire sortir de terre la pyramide.
The images, like life, are ephemeral. Once pasted, the art piece lives on its own. The sun dries the light glue and with every step, people tear pieces of the fragile paper. The process is all about participation of volunteers, visitors, and souvenir catchers. pic.twitter.com/vNArYszXxo
Le collage des bandes de papier a mobilisé 400 bénévoles pendant plusieurs jours, révélant au matin du 30 mars une impressionnante anamorphose dans la cour Napoléon.
L’œuvre éphémère est visible jusqu’au dimanche 31 mars au soir.
Photographies par @scribeaccroupi (sauf celle avec mention de copyright @JRArt).
Jack Lang, Franck RIester, Jean-Luc Martinez et JR – Auditorium du Louvre, vendredi 29 mars 2019
Exposition « Trésors de la Renaissance dans l’Oise. La collection de Nélie Jacquemart-André du Domaine de Chaalis »
4 mars – 31 décembre 2026 MUDO-Musée de l’Oise (Beauvais)
Au travers des collections de Nélie Jacquemart-André, l’exposition propose un parcours thématique autour d’œuvres souvent méconnues de l’art italien de la Renaissance. Une approche ludique invite aussi les visiteurs à faire appel à leurs sens pour aller au-delà de la seule découverte historique et esthétique des œuvres.
Pour cette visite privée, suivez Alexandre Estaquet-Legrand, conservateur du patrimoine et directeur du musée, et Audrey Magnan, médiatrice au MUDO-Musée de l’Oise.
Au tournant des XIIe et XIVe siècles, l’Italie n’est pas encore un territoire unifié : une mosaïque de cités États se partage le pouvoir, et chacune affirme son identité au travers de l’art. Située au cœur de la Toscane, la ville de Sienne, voisine et rivale de Pise et Florence, occupe une place singulière dans l’art des « primitifs italiens ».
« La Vierge d’humilité surmontée de la Trinité » (vers 13751380) attribué à Angelo Puccinelli (documenté à Sienne en 1380, puis à Lucques jusqu’en 1407) – Tempera sur bois – Fontaine Chaalis, Fondation Jacquemart André – Institut de France, Domaine de Chaalis
Héritiers de la tradition gothique et de l’art byzantin, les primitifs siennois en conservent le caractère solennel et certaines spécificités : fonds d’or lumineux, silhouettes élancées et gracieuses, gestes codifiés ayant pour fonction d’élever le regard du spectateur vers le sacré. Mais ces artistes visionnaires introduisent peu à peu des changements décisifs, à commencer par un nouveau regard porté sur l’anatomie humaine.
Les personnages représentés, toujours strictement empruntés à la religion, gagnent en présence et en émotion alors qu’ils étaient auparavant strictement symboliques. Les visages se nuancent, les regards s’adoucissent, les attitudes deviennent de plus en plus naturelles. Cette humanisation progressive traduit l’émergence d’une sensibilité nouvelle : les germes d’une pensée humaniste qui marquera la Renaissance classique.
« Scène de banquet : Le Festin de Job (?) » (vers 1505) attribué à Niccolo Soggi (vers 1480 – 1552) – Huile sur bois – Fontaine Chaalis, Fondation Jacquemart André – Institut de France, Domaine de Chaalis
Chez les puissants au cours de la Renaissance, la pratique du banquet est très répandue. De nombreux convives se retrouvent autour d’une large tablée pour profiter des délices d’un repas prestigieux, au son de la musique. Les convives sont placés sur un ou trois côtés de la table afin de jouir de ce spectacle proposé pendant le repas.
Sur la table, pas d’assiette mais un tailloir, ou tranchoir, c’est à dire une tranche de pain ou une plaque d’étain ou de bois. Le tailloir est souvent commun à deux convives. Certains ont leur couteau et leur cuillère en bois, en étain ou en argent pour les plus riches. Mais on mange le plus souvent avec ses doigts, comme le suggèrent les serviettes dans le tableau ci-dessus.
« Saint Jean l’Évangéliste devant la tombe de la Vierge » (vers 1480-1496) par Pietro Di Francesco Degli Orioli (1458-1496) – Tempera sur bois – Fontaine Chaalis, Fondation Jacquemart André – Institut de France, Domaine de Chaalis
Durant la Renaissance, la nature devient un modèle pour les artistes qui vont chercher à la reproduire minutieusement. Dans cet objectif, la perspective cherche à créer une illusion de profondeur et de distance dans une image plane.
La perspective linéaire (ou géométrique) s’appuie sur l’idée que tous les objets éloignés paraissent plus petits, et que des lignes parallèles appelées lignes de fuite semblent se rejoindre en un point unique, appelé point de fuite, situé sur la ligne d’horizon.
La perspective atmosphérique (ou aérienne) repose sur un traitement des couleurs visant à reproduire un effet d’optique: à mesure que l’on s’éloigne du premier plan, les couleurs bleuissent et palissent progressivement tandis que les contours deviennent de plus en plus flous.
« Le Christ et le Centurion » (vers 1570-1585) par l’entourage de Paolo Caliari, dit Véronèse (1528-1588) – Huile sur bois – Fontaine Chaalis, Fondation Jacquemart André – Institut de France, Domaine de Chaalis« Quatre filles de la famille Bentivoglio : Camilla, Bianca, Francesca et Violante » (vers 1488) d’après Lorenzo di Ottavio Costa, dit Lorenzo Costa le vieux (1460-1535) – Huile sur toile – Fontaine Chaalis, Fondation Jacquemart André – Institut de France, Domaine de Chaalis
Dès le XVe siècle, l’émergence du portrait correspond à un élan général qui tend à une redécouverte de l’Antiquité classique, de son art et de ses codes. Ainsi, en parallèle à la représentation de fables mythologiques, des figures idéales, appelées allégories, sont inventées pour donner corps à des idées, des vertus ou des forces de la nature. Une philosophie nouvelle est en marche.
Buste de femme (vers 1550) – Gubbio (Italie) – Faience – Fontaine Chaalis, Fondation Jacquemart André – Institut de France, Domaine de Chaalis« Adam et Ève » (vers 1600) par Domenico Robusti, dit Domenico Tintoretto (1560-1635) et atelier – Huile sur toile – Fontaine Chaalis, Fondation Jacquemart André – Institut de France, Domaine de Chaalis« La Vierge et l’Enfant » (vers 1490) par l’atelier d’Alessandro di Mariano di Vanni Filipepi, dit Sandro Botticelli (vers 1445 – 1510) – Technique mixte sur bois – Fontaine Chaalis, Fondation Jacquemart André – Institut de France, Domaine de Chaalis
La cité de Florence voit fleurir le génie de Botticelli, qui forme très vite un atelier où ses élèves produisent des œuvres inspirées de son style et de ses compositions. Le thème de la « Vierge à l’Enfant », incarné par des figures arborant des traits de plus en plus humains, y connait un grand succès. Ici, Mère et Fils sont représentés sur un fond de paysage, dans une attitude de tendresse. La subtile mélancolie qui anime les visages pourrait renvoyer à la prise de conscience du destin qui attend l’Enfant.
Les peintures au format circulaire (tondi) sont particulièrement en vogue au cours de la Renaissance dans un contexte de dévotion privée.
« La Vierge à l’Enfant avec saint Jean-Baptiste et deux anges » (vers 1500-1510) par le Pseudo Granacci (actif à Florence entre 1490 et 1520) – Technique mixte sur bois – Fontaine Chaalis, Fondation Jacquemart André – Institut de France, Domaine de Chaalis
Le peintre figure ci-dessus la Vierge à l’Enfant accompagnés de saint Jean-Baptiste. Très prisé, le sujet s’apparente au thème de la Sainte Famille, en vogue au cours de la période.
L’œuvre est aujourd’hui attribuée à un artiste dont on ne connait pas l’identité, mais à qui on a donné un nom de convention. On retrouve dans le travail de ce peintre des caractéristiques relatives à différents artistes renommés de l’époque, notamment Domenico Ghirlandaio. Cette spécificité invite à penser que le Pseudo-Grannacci est passé par les ateliers de plusieurs maitres de la Renaissance classique.
Commissariat de l’exposition
– Alexandre Estaquet-Legrand, conservateur du patrimoine et directeur du MUDO-Musée de l’Oise
– Audrey Magnan, médiatrice
– Véronique Palpacuer, médiatrice
À gauche de l’image et dans le reflet du miroir : « Saint Jérôme lisant » (vers 1490) par Geminiano di Bongiovanni Benzoni (actif à Ferrare de 1489 à 1504) – Huile sur bois transposé sur toile – Fontaine Chaalis, Fondation Jacquemart André – Institut de France, Domaine de Chaalis
Exposition « Trésors de la Renaissance dans l’Oise. La collection de Nélie Jacquemart-André du Domaine de Chaalis »
4 mars – 31 décembre 2026 MUDO-Musée de l’Oise
1 Rue du Musée
60000 Beauvais
Exposition « Dessins du Seicento. L’Italie du XVIIe siècle, autour des collections du musée Condé »
7 mars – 14 juin 2026
Cabinet d’arts graphiques Prince Amyn Aga Khan Musée Condé – Château de Chantilly
L’exposition présente plus de cinquante oeuvres dont l’intégralité des dessins italiens du XVIIe siècle rassemblés à Chantilly par le duc d’Aumale. Ces dessins dialoguent avec des gravures où l’on retrouve Carrache, Guido Reni ou Jusepe de Ribera.
Plusieurs œuvres initialement attribuées à des artistes des écoles française ou flamande se sont avérées d’origine italienne, influencées par les étrangers séjournant dans la péninsule au XVIIe siècle. Van Dyck a fait place à Giovanni Benedetto Castiglione, Poussin à Giacinto Gimignani ou encore Le Lorrain à Filippo Napoletano.
Pour cette visite privée, vous êtes accompagnés par Ulysse Jardat, conservateur du patrimoine au musée Condé.
« Deux femmes se précipitant au secours de la Vierge évanouie » par Federico Barocci – Pierre noire et craie blanche – Musée Condé (Chantilly)
Annoncer le baroque : Federico Barocci
Dans les immenses retables qu’il peint, Federico Barocci (1535-1612) simplifie les formules alambiquées de la Renaissance tardive. Depuis son atelier d’Urbino, celui qu’en France on nomme « le Baroche » exporte ses compositions dans le reste de l’Italie. Elles servent de modèles aux plus grands artistes européens de l’ère baroque, du flamand Rubens au français Jouvenet.
« Figures de femmes et draperies » par Federico Barocci – Étude pour la Madonna del Popolo Pierre noire, craie blanche et traces de sanguine – Fondation Custodia (Paris)
Survivances maniéristes entre Piémont et Lombardie
« Miracle de la messe de saint Grégoire en présence d’un donateur en orant » (vers 1600-1620) par Giovanni Battista Lampugnani (1612-1653) – Plume et encre brune, lavis brun – Musée Condé (Chantilly)« Trinité adorée par une femme agenouillée » par Giovanni Benedetto Castiglione (1609-1664) – Plume et encre brune, pierre noire et lavis brun – Musée Condé (Chantilly)
Giovanni Benedetto Castiglione, dit le Grechetto (1609-1664) naît peu de temps avant la disparition de Barocci : prolixe peintre, dessinateur, graveur et imprimeur, il se forme dans une Gênes (Ligurie) alors poreuse aux influences flamandes, d’abord de Rubens puis surtout d’Antoine Van Dyck (1599-1641).
Autrefois attribué au maître flamand, le dessin du musée Condé (ci-dessus) est pourtant emblématique du style de Castiglione, également influencé par les artistes napolitains et romains qu’il a côtoyés au milieu du siècle.
« Groupe de figures regardant une femme tenant une inscription » (vers 1640-1650) par Giovanni Benedetto Castiglione (1609-1664) – Plume et encre brune, lavis brun – Musée du Louvre, département des arts graphiques
La révolution des Carracci
« Homme drapé » par Agostino Carracci – Plume et encre brune – Collection privée
Depuis leur académie fondée à Bologne en 1588, les trois Carracci (les frères Agostino et Annibale et leur cousin Ludovico) élaborèrent un langage basé sur l’immédiateté du sentiment et le naturel de la pose, qu’ils exportèrent ensuite à Rome. Ils avaient pour principe la pratique du dessin d’après le modèle vivant mêlée à une admiration pour les formules harmonieuses des grands maîtres de la première Renaissance.
« Marie de Portugal, duchesse de Parme et de Piacenza, recevant les lettres de créance d’un membre du clergé, possiblement Andrea Avellino » (vers 1598-1600) par Agostino Carracci (1557-1602) – Plume et encre brune – Musée Condé (Chantilly)
Agostino Carracci a commencé sa carrière en gravant d’après les maîtres. Les modèles de ses gravures – Michelangelo, Correggio, Orazio Sammachini, Denys Calvaert, Antonio Campi, Federico Barocci, Paolo Veronese et Jacopo Tintoretto – lui ont permis d’acquérir une culture très ample dont il fera profiter Ludovico et Annibale ainsi que les élèves de leur académie.
« Tonneliers » par Annibale Carracci ou Domenico Zampieri, dit il Domenichino – Plume et encre brune – Musée Condé (Chantilly)
Le dessin à la plume ci-dessus est traditionnellement attribué à Annibale Carracci. Il donne à voir une scène d’apparence humble : des hommes s’affairent autour de tonneaux. L’œuvre est représentative des scènes de la vie courante croquées par Annibale et ses nombreux émules. Toutefois, derrière sa surface profane, le sujet semble faire référence à une parabole des évangiles synoptiques, dite « du vin neuf dans de vieilles outres ».
À l’école des Carracci : Domenichino
« La Fuite en Égypte » par Domenico Zampieri, dit il Domenichino – Traces de stylet, pierre noire, plume et encre brune, lavis brun, rehauts de gouache blanche – Musée Condé (Chantilly)
C’est en s’inspirant de son maître Annibale et de sa célèbre « Fuite en Égypte » peinte au milieu d’une nature vaste considérée comme le prototype du paysage classique, que Domenichino médite la même scène dans un dessin parfois considéré comme un carton (modèle dessiné au report), conservé au musée Condé.
Dans les palais de Rome, entre paysages et marines
Projet pour un fragment de frise par Giovanni Francesco Grimaldi, dit il Bolognese – Plume et encre brune, lavis brun sur une esquisse à la pierre noire – Fondation Custodia (Paris)
C’est également dans le sillage des Carracci que Giovanni Francesco Grimaldi, dit il Bolognese (du nom de sa ville natale), fait une spécialité de la représentation de paysages aux feuillages foisonnants, qui ne sont pas sans rappeler également l’école vénitienne de la Renaissance. Il en recouvre de nombreux intérieurs d’églises ou de palais, mêlant aux décors couvrants exécutés en collaboration avec des quadraturistes (spécialistes de la représentation d’architectures illusionnistes) une végétation luxuriante.
Détail de « Paysage au pêcheur » attribué à Gaspard Dughet – Plume et encre brune – Musée Condé (Chantilly)
Longtemps considéré comme un croquis exécuté dans l’entourage des Carracci, le « Paysage au pêcheur » (détail ci-dessus) est en réalité l’œuvre de Gaspard Dughet. D’un trait de plume fugace et tourmenté, ce Romain d’adoption y livre ses premières pensées pour une salle du palais Colonna à Rome.
« Étude de la quille et de la mature d’un navire vu en contre-plongée » (vers 1620) par Filippo Napoletano (1589-1629) – Plume et encre brune, lavis brun – Musée Condé (Chantilly)
Batailles : l’affirmation d’un genre autonome
« Cavalier attaqué par un pertuisanier » (vers 1650) par un artiste du cercle de Jacques Courtois, dit le Bourguignon (1621-1676) – Plume et encre brune, lavis brun – Musée Condé (Chantilly)
Au XVIIe siècle, les représentations de mêlées guerrières s’affirmèrent comme un genre à part entière. L’archétype en était la vaste « Bataille entre les Romains et les Véiens » réalisée par le Cavalier d’Arpin au palais des Conservateurs à Rome. À travers l’Italie, ces visions de tumulte se nourrissaient également de la permanence des bas-reliefs antiques figurant sur les sarcophages, arcs de triomphe ou fragments dispersés.
Poccetti ou le récit des cloîtres
« Le miracle de l’Annonciation des Servites » par Bernardino Barbatelli, dit il Poccetti – Plume et encre brune, lavis brun, sanguine, rehauts de blanc – Musée Condé (Chantilly)
À Florence et dans les villes toscanes environnantes, Bernardino Barbatelli dit il Poccetti investit intérieurs d’églises et cloîtres par des cycles de fresques narrant différents épisodes hagiographiques. Il travaille notamment pour l’ordre monastique des Servites, dont il orne d’abord le cloître de Pistoia puis celui de Florence, préparant chaque lunette par des compositions d’ensemble et des études isolées de chaque personnage, qui révèlent une attention à la complexité des poses et à la justesse des expressions.
« Les Sept fondateurs de l’ordre des Servites se retirent villa Camarzio » (1601-1602) par Bernardino Barbatelli (1548-1612) – Plume et encre brune, lavis, sanguine, rehauts de blanc à la gouache – Collection particulière
Guercino
« Le Christ au roseau » (fin des années 1630) par Giovanni Francesco Barbieri, dit Guercino – Plume et encre brune, lavis brun – Musée Condé (Chantilly)
Peintre prolifique, Giovanni Francesco Barbieri, dit le Guerchin (1591-1666) mettait la pratique du dessin au centre de sa méthode de réflexion pour l’élaboration de ses compositions. Il est ainsi fréquent de conserver plusieurs dizaines de feuilles qui documentent les tâtonnements progressifs précédant la réalisation d’une fresque, d’un retable ou même d’une peinture de chevalet.
« La Charité » par Giovanni Francesco Barbieri, dit Guercino – Plume et encre brune, lavis brun – Musée Condé (Chantilly)
Alessandro Tiarini
Détail du « Martyre de sainte Thècle » (vers 1630) par Alessandro Tiarini (1577-1668) – Plume et encre brune, lavis gris, lavis brun, pierre noire, rehauts de blanc – Musée du Louvre
Le cavalier d’Arpin : représenter le martyr
Giovanni Baglione et les fresques du dernier maniérisme
« Présentation de la Vierge au temple » par Giovanni Baglione – Plume et encre brune, lavis – Musée Condé (Chantilly)
Le musée Condé conserve l’une des plus belles feuilles (ci-dessus) de Giovanni Baglione, artiste demeuré célèbre pour le récit biographique qu’il a laissé de nombre de ses contemporains peintres, sculpteurs et architectes romains. Il a en outre récemment été mis en lumière par son conflit ouvert avec Caravage, contre lequel il intenta de retentissants procès. Baglione fut pourtant un peintre reconnu de son temps et un dessinateur tôt recherché parmi les collectionneurs.
Giacinto Gimignani, entre Poussin et Bernini
« Le Temps découvre la Vérité » (vers 1668) par Giacinto Gimignani (1606-1681) – Plume et encre brune, lavis brun, sanguine – Musée Condé (Chantilly)
Ribera et l’exploration du supplice
« Homme nu attaché à un arbre, la tête en bas » par Giuseppe de Ribera, dit Lo Spagnoletto – Plume et encre noire, lavis brun – Musée Condé (Chantilly)
D’origine espagnole, Giuseppe de Ribera fut également tôt marqué par Caravage, dont il diffusa dans le royaume de Naples le vibrant réalisme en clair-obscur. Il fut également un fascinant graveur et dessinateur, dont le musée Condé conserve l’une des rares feuilles au sein des collections françaises. Sa pratique graphique quotidienne lui permit d’explorer avec une grande liberté d’imagination des scènes de martyr souvent atroces, parfois burlesques.
Étude pour le personnage d’Alessio Falconieri dans « La mort d’Alessio Falconieri » (vers 1604-1612) par Bernardino Barbatelli (1548-1612) – Sanguine, craie blanche – Fondation Custodia (Paris)
Exposition « Dessins du Seicento. L’Italie du XVIIe siècle, autour des collections du musée Condé »
7 mars – 14 juin 2026
Cabinet d’arts graphiques Prince Amyn Aga Khan Musée Condé – Château de Chantilly
À l’occasion du centenaire de sa disparition, Lausanne, ville natale de Félix Vallotton (1865–1925), a proposé une grande rétrospective consacrée à l’artiste. Vous n’avez pas eu la possibilité de vous rendre sur place ? Je vous propose un aperçu en images.
L’exposition offrait un parcours chronologique et thématique qui réunissait pour la première fois toutes les facettes de la création de Vallotton : le peintre et le graveur, l’illustrateur et le dessinateur de presse. Plus de 250 pièces exposées, dont de nombreux chefs-d’œuvre issus de collections suisses et européennes, invitaient à redécouvrir un artiste majeur de la modernité.
« Autoportrait » (vers 1890) par Félix Vallotton – Crayon sur papier – Musée cantonal des Beaux-Arts de Lausanne
1. Les débuts
À seize ans, Vallotton quitte définitivement Lausanne pour Paris où, porté par le rêve de devenir peintre, il entreprend une formation artistique à l’Académie Julian. Dès 1885, il expose au Salon officiel des portraits peints dans une veine réaliste, comme son Autoportrait à l’âge de vingt ans.
« Nu assis sur un tabouret » (vers 1884) par Félix Vallotton – Huile sur toile – Collection privée (Nantes)v« Étude de fesses » (vers 1884) par Félix Vallotton – Huile sur toile – Collection privée
Un tournant s’amorce au début des années 1890. Vallotton rallie en 1891 le Salon des indépendants, puis participe en 1892 au Salon de la Rose-Croix où il présente ses premières gravures sur bois qui attirent l’attention des Nabis. En 1893, il rejoint ce groupe de jeunes artistes, parmi lesquels Pierre Bonnard, Maurice Denis et Édouard Vuillard. Ensemble, ils militent pour un art symboliste et décoratif. Le style de Vallotton s’en trouve radicalement transformé.
« Les ballons » (1900-1902) par Félix Vallotton – Huile sur carton marouflé sur bois – Aargauer Kunsthaus (Aarau) et Fondation Gottfried Keller, Office fédéral de la culture (Berne)
2. La foule
En 1891, Vallotton se forme à la gravure sur bois auprès de l’artiste libertaire Charles Maurin. Il développe un style percutant qui repose sur la synthèse des formes et le contraste entre des aplats de noir et de blanc.
Dessins pour « Les Rassemblements » (1895 / 1902-1903) par Félix Vallotton – Crayon, encre de Chine et aquarelle sur papier – Musée cantonal des Beaux-Arts de Lausanne
À partir de 1892, la foule est son sujet privilégié. La suite de zincographies « Paris intense » réunit 222 figures dans une densité graphique inédite. L’artiste explore la même thématique et use du même langage graphique dans ses illustrations pour les journaux et pour les livres où, dès 1894, ses dessins sont reproduits par photogravure.
« Paris intense » : « Les chanteurs / Au violon / Deuxième bureau / Le monôme / L’accident / L’averse » (1893-1894) par Félix Vallotton – Gravure sur zinc – Musée cantonal des Beaux-Arts de Lausanne« Le feu d’artifice » (1900) par Félix Vallotton – Gravure sur bois – Musée cantonal des Beaux-Arts de Lausanne
En 1896, Octave Uzanne commande à Vallotton 30 dessins sur les attroupements parisiens. Par une observation distanciée de la ville moderne, où les corps se pressent, se croisent et se bousculent, l’artiste propose une vision à la fois critique et poétique de la foule.
« Exercice d’entraînement » par Félix Vallotton – Dessin photogravé pour « Le Canard sauvage, » édition du 5 juillet 1903 – Fondation Félix Vallotton (Lausanne)
3. L’humour
L’humour de Vallotton se caractérise par son ironie. Son trait précis, son économie de moyens et ses cadrages inattendus mettent en évidence l’ambiguïté des images et l’absurdité de situations observées dans la vie quotidienne.
En 1895, pour « Nib », supplément humoristique de « La Revue blanche », ce sont les dessins de Vallotton qui précèdent et inspirent le commentaire de Jules Renard, inversant la hiérarchie traditionnelle entre texte et image. La complicité entre les deux amis se prolonge jusqu’en 1902, Vallotton devenant l’illustrateur attitré de l’écrivain.
« La loge de théâtre, le monsieur et la dame » (1909) par Félix Vallotton – Huile sur toile – Collection privée (Suisse)
4. Le spectacle
L’univers du théâtre intéresse Vallotton. Il publie des effigies de comédiennes et de comédiens. S’il lui arrive de représenter le spectacle lui-même, c’est avant tout l’effet qu’il produit sur le public qui retient son attention. Vallotton épie aussi les intrigues qui se trament loin des feux de la rampe.
« Intimités » (1897-1898) par Félix Vallotton – Gravure sur bois – Musée cantonal des Beaux-Arts de Lausanne
5. La Revue blanche
De 1895 à 1902, Vallotton est le dessinateur attitré de « La Revue blanche ». Foyer d’effervescence intellectuelle, ce périodique de sensibilité anarchiste, l’un des plus influents de la fin du XIXe siècle, défend l’avant-garde. Vallotton publie dans ses pages des petits portraits de figures littéraires ou artistiques, exécutés à l’encre de Chine, le plus souvent d’après photographie.
En novembre 1898, les éditions de « La Revue blanche » publient « Intimités », suite de dix gravures sur bois représentant des scènes de la vie amoureuse dans des appartements bourgeois. Ces planches sont l’expression la plus aboutie du style synthétique de Vallotton dans le domaine de la gravure sur bois, qu’il abandonnera bientôt.
« Le Bon Marché » (1893) par Félix Vallotton – Gravure sur bois – Musée cantonal des Beaux-Arts de Lausanne
6. La mode
Entre 1893 et 1898, en secret et pour la revue « La Mode pratique », Vallotton exerce une activité alimentaire de dessinateur de mode qui va influencer l’ensemble de sa production. Elle lui permet de développer un véritable langage du vêtement et de l’accessoire, qui va irriguer ses gravures, illustrations, dessins de presse et peintures.
7. La répression
Sympathisant de l’anarchisme, Vallotton trouve dans la gravure sur bois un médium privilégié pour exprimer ses convictions libertaires et contribuer par l’image au combat contre les inégalités sociales. À partir de 1894, cet activisme politique migre vers le dessin de presse auquel Vallotton réserve désormais l’expression de son engagement en faveur d’une justice équitable, fondée sur l’égalité des droits.
« Femme nue, rideau vert » (1897) par Félix Vallotton – Huile sur carton – Musée cantonal des Beaux-Arts de Lausanne
8. Les intérieurs
À partir de 1896, Vallotton privilégie les scènes d’intérieur dans ses gravures sur bois. Peu après, il prend la décision de se consacrer pleinement à la peinture, sa vocation initiale. Dans les mêmes années, les représentations de femmes dévêtues se multiplient. Vallotton les observe dans leurs chambres, dans les maisons closes ou à leur toilette.
« Baigneuse au rocher » (1911) par Félix Vallotton – Huile sur toile – Stiftung für Kunst, Kultur und Geschichte (Winterthour)
9. Les nus
Vallotton peint ses premières académies durant sa formation artistique, mais il faut attendre les années nabies pour qu’il renoue avec le nu féminin alors traité sans modelé ni volume.
À partir du Salon d’automne de 1905, le nu devient son principal terrain d’expérimentation.
« Baigneuse de face, fond gris » (1908) par Félix Vallotton – Huile sur toile – Kunsthaus Glarus, Collection Glarner Kunstverein (Glaris)« Le bain turc » (1907) par Félix Vallotton – Huile sur toile – MAH-Musée d’art et d’histoire de la Ville de Genève« Torse de femme assise drapée de satin jaune » (1910) par Félix Vallotton – Huile sur toile – Musée d’Art moderne de Troyes« Nu à l’écharpe verte » (1914) par Félix Vallotton – Huile sur toile – Collection du Musée des beaux-arts de La Chaux-de-Fonds
« La Blanche et la Noire » (1913) par Félix Vallotton – Huile sur toile – Winterthour, Kunst Museum Winterthur, Fondation Hahnloser / Jaeggli
Au fil des ans, Vallotton multiplie les figures féminines nues, seules ou en groupe, en intérieur ou en extérieur, allongées, assises ou debout, avec ou sans accessoires. Certaines sont exécutées directement d’après les modèles, dans un souci de vérité ; d’autres sont précédées de dessins préparatoires et s’attachent à des questions d’ordre formel. L’humour et la grivoiserie pimentent parfois ces tableaux (« Femme nue lutinant un Silène »).
« Femme nue lutinant un Silène » (1907) par Félix Vallotton – Huile sur toile – Musée cantonal des Beaux-Arts de Lausanne
« L’automne » (1908) par Félix Vallotton – Huile sur toile – Collection Mirabaud (Genève)« Baigneuse retirant sa chemise » (1917) par Félix Vallotton – Huile sur toile – Collection Mirabaud (Genève)« Quatre torses » (1916) – Huile sur toile – Lausanne, Musée cantonal des Beaux-Arts de Lausanne & « Rochers à marée basse » (1917) par Félix Vallotton – Huile sur toile – Musée Jenisch Vevey
10. Les paysages
Après une interruption de quelques années durant lesquelles il se consacre au nu, Vallotton renoue avec le paysage en 1909. Les séjours à Honfleur, en Normandie, où il loue une villa et passe désormais tous ses étés, jouent un rôle décisif dans le développement de sa nouvelle sensibilité.
« Hauts sommets » (1894) par Félix Vallotton – Détrempe sur carton – Musée cantonal des Beaux-Arts de Lausanne
Alors qu’ils étaient peints en plein air jusqu’en 1900, les paysages sont par la suite reconstitués de mémoire dans l’atelier de l’artiste, à partir de petits croquis saisis sur le vif dans des carnets. Rêvant « d’une peinture dégagée de tout respect littéral de la nature », d’un retour au paysage idéalisé du classicisme, Vallotton développe une méthode fondée sur la distance au motif, qui donnera naissance à ce qu’il appelle le « paysage composé« .
« Coucher de soleil, mer haute gris-bleu » (1911) par Félix Vallotton – Huile sur toile – Collection privéeLe rayon » (1909) par Félix Vallotton – Huile sur toile – Collection privée« Vue d’Honfleur, matin d’été » (1910) – Huile sur toile – Kunst Museum Winterthur & « Derniers rayons » (1911) par Félix Vallotton – Huile sur toile – Quimper, Collection du musée des beaux-arts de Quimper
La synthèse s’affirme au fil des ans: les formes s’épurent, le contraste entre ombre et lumière s’intensifie, les couleurs éclatantes s’éloignent de la réalité. Une série de couchers de soleil aboutit à des compositions radicales, parfois réduites à la superposition de larges bandes parallèles où l’intensité chromatique produit des effets d’une grande puissance expressive.
« Coucher de soleil jaune et vert » (1911) par Félix Vallotton – Huile sur toile – Collection privée« Le crime châtié » (1915) par Félix Vallotton – Huile sur toile – Musée cantonal des Beaux-Arts de Lausanne
11. La guerre
Vallotton est un artiste reconnu lorsqu’éclate la Première Guerre mondiale. Le 2 août 1914, l’ordre de mobilisation générale le bouleverse. Naturalisé Français en 1900, il souhaite partir au combat mais il entre dans sa cinquantième année et son engagement volontaire est refusé en raison de son âge. Cette mise à l’écart forcée l’affecte et il sombre dans la dépression.
« Verdun » (1917) par Félix Vallotton – Musée de l’Armée (Paris)
En 1917, Vallotton sollicite une mission artistique aux armées et se rend sur le front de Champagne et d’Argonne. Ce séjour lui donne un nouvel élan créatif. Avec « Verdun », toile de grand format achevée en décembre 1917, son « tableau de guerre interprété« , il atteint une synthèse picturale affranchie de toute référence littérale à la réalité. L’œuvre tranche avec les représentations contemporaines de l’enfer vécu au quotidien par les soldats.
« Environs de Cagnes le soir » (1924) par Félix Vallotton – Huile sur toile – Collection privée
12. Les dernières années
Jusqu’à la fin de sa vie, Vallotton poursuit son activité sans relâche. Le paysage, au cœur de sa peinture depuis 1909, reste son sujet de prédilection. Il en approfondit la portée synthétique, jouant sur la monumentalité des formes, la richesse des couleurs et la simplification des lignes.
« Un soir sur la Loire » (1923) par Félix Vallotton – Huile sur toile – Par l’aimable entremise de la Fondation Pierre Gianadda, Martigny« Soir aux Andelys » (1924) par Félix Vallotton – Huile sur toile – Collection du Musée des beaux-arts de La Chaux-de-Fonds« Paysage à Marcillac » (1925) par Félix Vallotton – Huile sur toile – Collection privée« Marée montante, Houlgate » (1913) par Félix Vallotton – Huile sur toile – Fondation Dübi-Müller (Soleure)
À partir de 1920, l’artiste passe ses hivers dans le Midi. La lumière chaude et la douceur du climat le stimulent et illuminent sa production picturale. Chaque année, il séjourne plusieurs mois à Cagnes-sur-mer avec son épouse Gabrielle. En 1921, il note dans son Journal: « Rentré de Cagnes après quatre mois d’un séjour de rêve. J’y ai retrouvé la possibilité d’être heureux. »
« Poivrons rouges » (1915) par Félix Vallotton – Huile sur toile – Fondation Dübi-Müller (Soleure)« Entrecôte » (1914) par Félix Vallotton – Huile sur toile – Fondation d’art (Pauline)
Commissariat de l’exposition
Catherine Lepdor, conservatrice en chef, MCBA Katia Poletti, conservatrice de la Fondation Félix Vallotton, Lausanne
assistées de Camille de Alencastro, collaboratrice scientifique, MCBA
« Autoportrait à la robe de chambre » (1914) par Félix Vallotton – Huile sur toile – Musée cantonal des Beaux-Arts de Lausanne
Exposition « Étretat, par-delà les falaises : Courbet, Monet, Matisse »
29 novembre 2025 – 1er mars 2026 Musée des Beaux-Arts de Lyon
Le musée des Beaux-Arts de Lyon, en partenariat avec le Städel Museum de Francfort, présente une exposition consacrée aux représentations d’Étretat, prenant appui sur quatre œuvres majeures conservées dans les collections des deux institutions, toutes réalisées à Étretat : deux « Vagues » de Gustave Courbet et deux peintures de Claude Monet. Ces œuvres témoignent de l’importance de ce village de la côte normande dans l’élaboration de nouveaux langages picturaux au fil du XIXe siècle.
Pour cette visite privée, vous êtes accompagnés par Stéphane Paccoud, conservateur en chef du patrimoine, chargé des peintures et des sculptures du XIXe siècle, au musée des Beaux-Arts de Lyon.
Exposition « Étretat, par-delà les falaises : Courbet, Monet, Matisse » – Musée des Beaux-Arts de Lyon
Étretat est longtemps demeuré inconnu des artistes. Ce modeste village de pêcheurs est difficile d’accès, faute de route carrossable aménagée, et les côtes normandes n’attirent de manière générale guère les peintres avant le XIXe siècle. La mer a suscité davantage de crainte que d’admiration, jusqu’à ce que l’influence cumulée du goût pour la science introduit par les Lumières et de la fascination pour la notion de sublime du romantisme naissant ne provoquent un basculement.
« Plage à marée basse » (1833) par Eugène Isabey (1803-1886) – Musée du Louvre
Si l’une des plus anciennes représentations d’Étretat remonte à la fin du XVIIIe siècle, il faut attendre les années 1820 pour que, peu à peu, les premiers artistes s’y installent. Le peintre de marines Eugène Isabey est réputé être pionnier parmi eux. Il est assez vite suivi de nombreux autres artistes, français ou étrangers, comme Johann Wilhelm Schirmer, Eugène Delacroix et Camille Corot.
« Falaise à Étretat » (1836) de Johann Wilhelm Schirmer (1807-1863) – Staatliche Kunsthalle KarlsruheExposition « Étretat, par-delà les falaises : Courbet, Monet, Matisse » – Musée des Beaux-Arts de Lyon« Élisabeth Stumpf et sa fille Madeleine » (1872) par Camille Corot (1796-1875) – The National Gallery of Art (Washington)
À l’arrivée des premiers artistes, la pêche est la principale activité d’Étretat. L’absence d’un port oblige à échouer les bateaux sur la plage, au retour de leurs sorties en mer, à l’aide de cabestans, par de délicates manœuvres. Ces treuils deviennent des éléments incontournables des représentations d’Étretat, tout comme les caloges, bateaux hors d’usage recouverts d’un toit de chaume pour stocker le matériel de pêche.
« Le Halage d’un canot, souvenirs de la plage d’Étretat » (1856) par Eugène Le Poittevin (Eugène Poidevin, dit) (1806-1870) – Collection particulière
Eugène Le Poittevin est le premier artiste à faire construire une villa pour s’implanter durablement sur place. Il côtoie les pêcheurs, dont il saisit la vie quotidienne dans des scènes de genre qu’il expose dans les Salons parisiens. Il est aussi le témoin des débuts du tourisme, avec l’apparition des bains de mer.
Détail de « Bains de mer à Étretat » (vers 1866) par Eugène Le Poittevin (Eugène Poidevin, dit) (1806-1870) – Musée des Beaux-Arts et d’Archéologie (Troyes)« Jeune fille d’Étretat » (1869) par Hugues Merle (1822-1881) – Collection de Fred et Sherry Ross (États-Unis)Exposition « Étretat, par-delà les falaises : Courbet, Monet, Matisse » – Musée des Beaux-Arts de Lyon
Le succès des « paysages de mer » que Gustave Courbet peint en Normandie dès 1865 conduit l’artiste à séjourner plusieurs semaines à Étretat à la fin de l’été 1869. La vogue croissante du site auprès du public et des amateurs d’art lui assure de pouvoir vendre facilement sa production, à une période où il connaît des difficultés financières.
« La Falaise d’Étretat, après l’orage » (1869-1870) par Gustave Courbet (1809-1877) – Musée d’Orsay« La Vague » (vers 1869-1870) de Gustave Courbet – Musée des Beaux-Arts de Lyon
« De temps en temps il allait appuyer son visage à la vitre et regardait la tempête. » – Guy de Maupassant à propos de sa rencontre avec Gustave Courbet
« N° 5 – Étretat, cabestan » (vers 1862) par Alphonse Davanne (1824-1912) – Bibliothèque nationale de France, département des Estampes et de la Photographie
Alors que le procédé est encore récent, Étretat devient très tôt l’objet de prises de vues par les pionniers de la photographie sur papier, dès le début des années 1850. Les auteurs ne sont pas des professionnels, mais des aristocrates ou des bourgeois fortunés, en villégiature, passionnés par ce nouveau médium dont ils souhaitent explorer les potentialités.
« Le Déjeuner » (1868-1869) de Claude Monet – Städel Museum (Francfort-sur-le-Main)
Claude Monet est familier de la côte normande pour avoir passé son enfance au Havre. Il séjourne à Étretat dès les années 1860, alors qu’il n’est âgé que d’une vingtaine d’années, réalisant de premières études sur le motif. Durant l’hiver 1868-1869, il loue même une maison avec sa famille et travaille à des paysages amorçant les recherches qui aboutiront à l’impressionnisme. Sa réalisation la plus ambitieuse est toutefois une scène d’intérieur, « Le Déjeuner », qu’il souhaite présenter au Salon parisien et qui rompt avec les conventions par son format.
Exposition « Étretat, par-delà les falaises : Courbet, Monet, Matisse » – Musée des Beaux-Arts de Lyon« Étretat, mer agitée » (1883) de Claude Monet – Musée des Beaux-Arts de Lyon
Pressé par son marchand Paul Durand-Ruel de lui fournir des œuvres et contraint par un besoin d’argent, Claude Monet décide en 1883 de se rendre à nouveau à Étretat. Il va renouveler ce séjour chaque année jusqu’en 1886, privilégiant plutôt l’automne ou l’hiver afin d’éviter la foule des estivants. Il crée un ensemble de près de quatre-vingts toiles, auxquelles s’ajoutent des pastels, qui explorent principalement le motif des falaises.
« Étretat, la Manneporte » (1885-1886) de Claude Monet (1840-1926) – The Metropolitan Museum of Art (New York)« Étretat, l’Aiguille et la Porte d’Aval » (1885) de Claude Monet (1840-1926) – Clark Art Institute (Williamstown)« Jeunes femmes contemplant la falaise d’Amont, Étretat » (1904) par Maurice Denis (1870-1943) – Collection Emmanuel et Georgina Moatti (Londres)
Les dernières années du siècle introduisent une grande variété de regards sur Étretat, qui viennent renouveler les approches plastiques. Félix Vallotton, qui séjourne dans le village pour son voyage de noces en 1899, concentre en revanche son regard sur les estivants et les baigneurs. Ses compositions aux couleurs éclatantes, préparées par des clichés photographiques sur le vif, traduisent avec humour la société de son temps.
« Quatre Baigneurs à Étretat » par Félix Valotton – Bailly Gallery (Genève)Exposition « Étretat, par-delà les falaises : Courbet, Monet, Matisse » – Musée des Beaux-Arts de Lyon« Intérieur, Étretat » (1920) par Henri Matisse – Museum Berggruen, Neue Nationalgalerie (Berlin)
Henri Matisse séjourne à deux reprises à Étretat durant l’été 1920, réalisant sur place plus de quarante peintures et de nombreux dessins aux sujets variés. À la mi-juin, le peintre accompagne tout d’abord sa fille Marguerite, convalescente à la suite d’une opération, afin qu’elle puisse prendre du repos.
Exposition « Étretat, par-delà les falaises : Courbet, Monet, Matisse » – Musée des Beaux-Arts de Lyon« La Roche percée (Étretat, la Porte d’Amont) » (1920) par Henri Matisse (1869-1954) – The Baltimore Museum of Art
Commissariat de l’exposition
– Alexander Eiling, responsable de la collection d’art moderne, Städel Museum, Francfort-sur-le-Main
– Stéphane Paccoud, conservateur en chef, chargé des peintures et des sculptures du XIXe siècle, musée des Beaux-Arts de Lyon
– Isolde Pludermacher, conservatrice générale, peintures, musée d’Orsay
– Eva-Maria Höllerer, conservatrice, département d’art moderne, Städel Museum, Francfort-sur-le-Main
– assistés de Nelly Janotka
Commissariat pour l’étape de Lyon
– Stéphane Paccoud
– Isolde Pludermacher
« Étretat, l’Aiguille et la Porte d’Aval » (1885) de Claude Monet – Collection particulière
« Étretat, sortie de bateaux de pêche » (1886) de Claude Monet (1840-1926) – Musée des Beaux-Arts de Dijon
Exposition « Étretat, par-delà les falaises : Courbet, Monet, Matisse »
29 novembre 2025 – 1er mars 2026 Musée des Beaux-Arts de Lyon
20 Place des Terreaux
69001 Lyon
« Homme en blouse », dit « Le Père Magloire sur le chemin de Saint-Clair à Étretat » (1884) de Gustave Caillebotte (1848-1894) – Collection particulière
Exposition « L’art de transmettre. La collection Antoine Béal »
15 novembre 2025 – 17 mai 2026 (prolongation) Musée des Beaux-Arts d’Orléans
Collectionneur discret à l’affût de tableaux qui pourraient rencontrer ses goûts, arpentant salles des ventes et galeries, Antoine Béal vit au milieu des oeuvres d’art dont nombre a déjà été donné en pleine propriété ou sous réserve d’usufruit aux collections publiques françaises.
Pour la première fois, sa collection est révélée au public dans son intégralité, levant le voile sur une personnalité au service des arts. En soixante tableaux, un pan actuel de l’histoire des musées (Amiens, musée du Louvre, Lyon, Montpellier, Montargis, Orléans, Rennes, Strasbourg) se raconte au gré des passions d’un collectionneur qui, depuis des décennies, a mis son nom aux côtés de ceux qui ont fait l’histoire des collections françaises.
Pour cette visite privée, vous êtes accompagnés par Olivia Voisin, directrice du musée des Beaux-Arts d’Orléans, et d’Antoine Béal, collectionneur et mécène des musées français.
« Le Jeune Gaston, dit l’Ange de Foix » (1838) par Claudius Jacquand (1803-1878) – Paris, collection Antoine Béal, don sous réserve d’usufruit au musée du Louvre
« J’ai toujours tellement aimé les musées, je m’y suis construit et j’y vis de grands bonheurs, c’était la destination la plus heureuse pour les tableaux que j’ai réunis. » – Antoine Béal
Exposition « L’art de transmettre. La collection Antoine Béal » – Musée des Beaux-Arts d’Orléans
Le don sous réserve d’usufruit permet à un donateur d’offrir une œuvre à un musée tout en conservant la jouissance de l’objet. L’œuvre est dès lors inscrite sur l’inventaire et fait l’objet d’un suivi par les équipes scientifiques, mais elle demeure chez le donateur jusqu’à la date de son choix.
Alors que depuis quelques années Antoine Béal avait décidé de ne plus acheter que des oeuvres qui, par leur intérêt historique et leur qualité picturale, pourraient trouver à sa mort leur place dans des musées, une conservatrice du Louvre lui fait découvrir ce dispositif, qui lui ouvre une nouvelle perspective. En 2006, il fait son premier don sous réserve d’usufruit.
« Le Mariage de la Vierge » (vers 1650) par Jacques Stella (1596-1657) – Paris, collection Antoine Béal« Le Martyre de saint Laurent » (vers 1640-1644) – Monogrammiste JAD, identifié à Jacques de l’Ange (actif à Anvers en 1633) – Paris, collection Antoine BealTableau au centre de l’image : « Bellone appelle Mars au combat en lui remettant les rênes de ses chevaux » (vers 1795-1796) par Louis Jean François Lagrenée (1725-1805) – Paris, collection Antoine Béal, don sous réserve d’usufruit au musée de Picardie d’Amiens« La Flagellation du Christ » (vers 1730-1731) par Pierre Subleyras (1699-1749) – Paris, collection Antoine Béal
Futur juriste, Antoine Béal développe enfant, au contact des musées, une curiosité vive pour cette peinture ancienne qui le stimule et le fascine. Par noms, par écoles, à la façon d’un centre de documentation, il classe les images glanées dans les revues et se forge sans le réaliser une connaissance solide des fondements de l’histoire de l’art. Adolescent, il est passionné par les grands maîtres, les Hollandais, les Français, les Italiens, du XVIe au XIXe siècle.
Une habitude prise dès l’enfance ne saurait disparaître et la joie de parcourir les musées se prolonge à l’âge adulte, dans une période où les expositions connaissent une croissance inédite et un âge d’or permettant plus facilement qu’aujourd’hui de réunir l’œuvre entier d’un artiste. Celles qu’organise Pierre Rosenberg révèlent au grand public les XVIIe et XVIIIe siècles français dont il est spécialiste. Une génération entière de visiteurs est bercée par ce « goût Rosenberg » : Poussin, Restout, Chardin, Subleyras, La Hyre, Cretey…
« Le Repos de la Sainte Famille en Égypte » (vers 1792) par Louis Gauffier (1762-1801) – Paris, collection Antoine Béal« Childéric et Basine » (1822) par Charles Moench (1784-1867) – Paris, collection Antoine Béal
Qu’auraient été les collections françaises si elles avaient bénéficié de l’extraordinaire collection de Richard Wallace (1818-1890), joyau perdu des musées français lorsque sa veuve la donne à la Grande-Bretagne ? Ses Delaroche restent un idéal de beauté pour Antoine Béal qui aime l’idée de partager avec lui un goût immodéré pour un XIXe longtemps peu exposé dans les musées et vers lequel il a glissé jusqu’à le placer au sommet. Son irrépressible passion pour la peinture de genre historique romantique, qui se croise chez lui dans les tableaux d’artistes aujourd’hui peu connus du grand public et qu’il a appris à connaître en suivant le marché de l’art.
« Herculanum et Pompéi » (vers 1829) par François Edouard Picot (1786-1868) – Paris, collection Antoine Béal« L’Obole de la veuve » (1840) par François-Joseph Navez (1787-1869) – Paris, collection Antoine Béal, don sous réserve d’usufruit au musée des Beaux-Arts d’OrléansDétail de « L’Obole de la veuve » (1840) par François-Joseph Navez (1787-1869) – Paris, collection Antoine Béal, don sous réserve d’usufruit au musée des Beaux-Arts d’Orléans
En 2015, « L’Obole de la veuve » de François-Joseph Navez confirme ce « goût Antoine Béal » et l’impose comme un amateur courageux, au goût bien personnel. Quelques minutes avaient suffi, le soir du vernissage du salon Paris Tableau, pour réserver le tableau : grande concession financière, vaste format qui allait prendre une partie de l’appartement, il était aussi d’une beauté qui ne laissait pas la place à l’hésitation et pouvait lui échapper à tout instant. Sa dimension muséale le destinait à une grande collection XIXe, c’est à Orléans qu’il l’a offert pour mieux souligner une communauté de goût avec Eudoxe Marcille, collectionneur et grand directeur du musée d’Orléans de 1870 à 1890 et ses successeurs.
« Odalisque » (vers 1840-1845) par Francsco Hayez (1791-1882) – Paris, collection Antoine Béal« Italiennes à la fontaine » (1838) par Philippe Jacques Van Bree (1786- 1871) – Paris, collection Antoine Béal« La Toilette de Psyché dans le palais de l’Amour » (vers 1823) par Joseph Paelinck (1781-1839) – Paris, collection Antoine Béal« Le Christ et la Samaritaine » (1837) par Théodore Caruelle d’aligna (1798-1871) – Paris, collection Antoine Béal
L’exposition « Paysages d’Italie » au Grand Palais en 2001 avait fortement frappé Antoine Béal, comme tous les visiteurs, qui découvraient le voyage en peinture auquel invitaient les peintres partis saisir au XIXe siècle la lumière du Sud. Si nombre des tableaux achetés à la suite, dans cette période de premier développement de la collection, ont été revendus depuis, pour en acquérir d’autres et leur laisser de la place, l’Italie n’a jamais disparu de ses préoccupations, évoluant simplement vers d’autres genres que le paysage et vers des artistes auxquels il s’est attaché au gré des visites de musées.
« Personnages se recueillant sur la tombe de Charles X à Goritza » (1837) par Lancelot-Théodore Turpin de Crissé (1782–1859) – Paris, collection Antoine Béal
Le goût pour la peinture a pris un tour intellectuel avec le temps, remplaçant la séduction immédiate d’une esquisse par le plaisir d’un sujet complexe et abouti. De ces peintures savantes, Antoine Béal a tiré une sympathie pour les artistes du XIXe siècle qui ont œuvré dans le champ de la peinture d’histoire, dans une veine romantique ou académique.
« En Orient la charité d’une moniale » (1854) par Claudius Jacquand (1804-1878) – Paris, collection Antoine BéalSéries de tableaux par Joseph-Nicolas Robert-Fleury (1797-1890) – Paris, Collection Antoine Béal
« Un couple de jeunes grecs, dit également Acis et Galathée » (1860) par Gustave Boulanger (1824-1888) – Paris, collection Antoine
Exposition « L’art de transmettre. La collection Antoine Béal »
15 novembre 2025 -17 mai 2026 (prolongation) Musée des Beaux-Arts d’Orléans
1 Rue Fernand Rabier
45000 Orléans
Exposition « L’art de transmettre. La collection Antoine Béal » – Musée des Beaux-Arts d’Orléans
Pekka Halonen (1865-1933) est l’une des figures majeures de l’âge d’or de la peinture finlandaise. Comme son aîné Albert Edelfelt (1854-1905) et son grand ami Akseli Gallen-Kallela (1865-1931), Pekka Halonen complète sa formation à Paris. C’est auprès de Paul Gauguin qu’il trouve sa voie et forge son idéal : chanter l’âme de la Finlande, à travers ses paysages et ses traditions ancestrales, et vivre son art en adéquation avec ses engagements.
Pour cette visite privée, vous êtes accompagnés par Annick Lemoine, conservatrice générale, directrice du Petit Palais, et Anne-Charlotte Cathelineau, conservatrice en chef du patrimoine au Petit Palais.
« Autoportrait » (années 1890) par Pekka Halonen – Musée Halosenniemi (maison de Pekka Halonen) / Musée d’Art de Tuusula (Finlande)
« La source originale de mon inspiration est la nature. Depuis trente ans, je vis au même endroit avec la forêt à mes pieds. J’ai souvent pensé que j’avais le Louvre ou les plus grand. » – Pekka Halonen (Journal « Svenska Pressen », le 5 mai 1932)
« Les Faucheurs » (1891) de Pekka Halonen – Collection particulière« Autoportrait » (1893) par Pekka Halonen – Musée d’Art de l’Ateneum, galerie nationale de Finlande (Helsinki)
Après une formation à l’École des Beaux-Arts d’Helsinki, Pekka Halonen part à Paris, où il devient l’élève de Paul Gauguin. Il effectue plusieurs séjours entre la France et la Finlande jusqu’en 1894. À Paris, il fréquente d’autres artistes finlandais de sa génération, tels que Akseli Gallen-Kallela, Magnus Enckell ou Eero Järnefelt, avec lesquels il partage réflexions et expérimentations.
« Pekka Halonen jouant du kantele » (1891) par Eero Järnefelt (1863-1937) – Musée d’Art, collection Martti Airio (Mikkeli, Finlande)« Le Violoniste » (1900) par Pekka Halonen – Ateneum Art Museum (Helsinki)
En 1900, Pekka Halonen est invité à participer à l’Exposition universelle de Paris. Pour la première fois, la Finlande y est représentée par son propre pavillon, affirmant ainsi son existence en tant que nation autonome. Cette participation revêt une importance considérable pour le peuple finlandais dans un climat de forte tension avec la Russie.
À gauche : « Le Chasseur de lynx » (1900) par Pekka Halonen – Ateneum Art Museum (Helsinki)« Pionniers en Carélie » (1900) par Pekka Halonen – Ateneum Art Museum (Helsinki)À droite : « Un dimanche à la ferme » (1894) par Pekka Halonen – Musée Halosenniemi (maison de Pekka Halonen) / Musée d’Art de Tuusula (Tuusula, Finlande)
Son œuvre s’inscrit dans le sillage du romantisme national et du carélianisme, un mouvement artistique et intellectuel exaltant les paysages et les traditions locales dans un contexte de tensions croissantes avec la tutelle russe. Ses tableaux y deviennent les symboles d’un mode de vie finlandais idéalisé et ses paysages se chargent peu à peu d’une dimension identitaire.
« À la rencontre de l’ennemi » (1896) par Pekka Halonen – Kemira Oyj (Helsinki)« Homme goudronnant un bateau Il » (1908) par Pekka Halonen – Musée d’Art, collection de la Ville de Tampere (Tampere, Finlande)
Après plusieurs voyages en France et en Italie, Pekka Halonen choisit de s’installer au bord du lac de Tuusula, au sud du pays. Dans son atelier, il peint des scènes domestiques baignées de lumière, s’inspirant notamment du jardin qu’il entretient et dont il fait le motif de nombreuses compositions.
Au centre : « Autoportrait » (1906) par Pekka Halonen – Ateneum Art Museum (Helsinki)À gauche : « Crue de printemps » (1895) par Pekka Halonen – Musée d’Art, collection Arla Cederberg (Jœnsuu, Finlande)Au centre : « Bosquet de bouleaux » (1908) par Pekka Halonen – Collection particulière« Grand pin de Kotavuori » (1916) par Pekka Halonen – Ateneum Art Museum (Helsinki)
Passionné par le cycle des saisons, Pekka Halonen excelle à restituer la poésie des paysages finlandais, en particulier la blancheur lumineuse des hivers. Il s’impose ainsi comme le grand peintre de la neige.
« Bouleaux sous le soleil d’hiver » (1912) par Pekka Halonen – Collection particulière (Helsinki)« Paysage d’hiver, Kinahmi » (1923) par Pekka Halonen – Ateneum Art Museum (Helsinki)« Premières neiges » (1931) par Pekka Halonen – Collection particulière (Helsinki)
Exposition « Chine. Empreintes du passé. Découverte de l’antiquité et renouveau des arts. 1786-1955 »
7 novembre 2025 – 4 mars 2026 Musée Cernuschi (Paris)
En Chine, les lettrés de la dynastie Qing sont les héritiers d’une tradition de collectionneurs qui ont fait de l’étude des vases rituels et des stèles antiques une véritable science. Le principal instrument utilisé dans leurs collectes est l’estampage encré. En cet âge pré-photographique, l’estampage est un vecteur capital de reproduction et d’étude des vestiges du passé, dont la diffusion est assurée par le livre illustré. Les signes et formes archaïques vont inspirer des œuvres dont la modernité repose alors sur l’association inédite entre calligraphie, peinture et estampage.
Pour cette visite privée, vous êtes accompagnés par Éric Lefebvre, directeur du musée Cernuschi et co-commissaire de cette exposition.
Portes en pierre avec un motif de deux tigres affrontés (entre 25 et 220) – Chine – Dynastie des Han – Musée Cernuschi
Estampage du mur sud de la deuxième chambre du Wu Liang ci – Fin de la dynastie Qing (1644-1912) – Encre de cinabre sur papier – Musée Cernuschi
L’estampage encré, outil de reproduction et de transmission
Le principal instrument utilisé par les lettrés dans leurs collectes était l’estampage encré. Cette technique consiste à appliquer sur les stèles des feuilles de papier humides qui épousent creux et reliefs avant de les recouvrir d’une couche d’encre qui permet de révéler le détail des graphies.
Cette méthode d’abord utilisée pour conserver textes et inscriptions va progressivement être utilisée pour transmettre l’image de bas-reliefs historiés, de sculptures, et même de vases rituels dans leurs trois dimensions. En cet âge pré-photographique, l’estampage était un vecteur capital de reproduction et d’étude des vestiges du passé, dont la diffusion était assurée par le livre illustré.
Vase Ding. Dynastie des Zhou de l’Ouest (1046-771 av. J.-C.) – Bronze – Musée Cernuschi
« Baisuitu » [Image de la longévité centenaire] (1831) par Liuzhou (1791-1858) – Dynastie Qing (1644-1912) – Encre sur papier – Musée Provincial du Zhejiang
Qin Han wadang wenzi [Motifs et caractères sur les embouts de tuile Qin et Han] (1787) par CHENG DUN (actif entre 1787 et 1794) – Dynastie Qing (1644-1912) – Impression sur papier – Paris, bibliothèque de l’Institut national d’histoire de l’art, collections Jacques Doucet
L’estampage comme source d’inspiration artistique
Porteurs d’une vision esthétique, ces estampages, deviennent dans un second temps des objets de collection. Ils vont inspirer des créations inédites : formes simples et graphies primitives ainsi révélées vont révolutionner tous les arts lettrés, calligraphie, peinture et gravure de sceaux. Les peintres en particulier, font de l’estampage le support même de leur création.
Estampage du couvercle d’un vase de type hu et peinture florale (1847) par LIUZHOU (1791-1858) – Dynastie Qing (1644-1912) – Encre et couleurs sur papier – Musée provincial du Zhejiang
Détail d’une paire de peintures bapo [huit brisés] (1910) de LIU SHIQUAN STA (actif fin XIXe – début XXe siècle) – Dynastie Qing (1644-1912) – Encre et couleurs sur papier – Musée Cernuschi `
« A propos du Ciel, de la Terre et de l’Humanité » (1954-1955) par HUANG BINHONG黃賓虹(1865 1955)- Encre sur papier – Musée provincial du Zhejiang
Une esthétique nouvelle dans les arts décoratifs
Finalement et progressivement, les arts décoratifs sont également gagnés par les motifs fragmentaires, l’esthétique de l’empreinte et du collage : l’univers des collectionneurs antiques se trouve transposé dans la culture matérielle des grands centres urbains de l’ère moderne.
Commissariat de l’exposition :
– Éric Lefebvre, directeur du musée Cernuschi
– Wang Yifeng, conservateur du musée provincial du Zhejiang
Photographies de Edouard Chavannes (1865-1918) – Fac-similés de tirages numériques d’après un négatif au gélatino-bromure d’argent sur plaque de verre – Musée Guimet
Portrait de Wu Changshuo (1923) par PAN TIANSHOU (1897 1971) et ZHU WENYUN (1895-1939) – Encre, fusain et couleurs sur papier – Musée provincial du Zhejiang
Exposition « Chine. Empreintes du passé. Découverte de l’antiquité et renouveau des arts. 1786-1955 »
7 novembre 2025 – 4 mars 2026 Musée Cernuschi
7, avenue de Vélasquez
75008 Paris
« Le moine Liuzhou examinant une lampe antique » (1837) – Estampage et peinture – Musée Provincial du Zhejiang
Exposition « Rosso et Primatice : Renaissance à Fontainebleau »
21 octobre 2025 – 1er février 2026
Cabinet d’arts graphiques Beaux-Arts de Paris
À travers une sélection d’une cinquantaine d’œuvres, cette exposition met en valeur le fonds de dessins et d’estampes de l’École de Fontainebleau conservé aux Beaux-Arts de Paris. Elle permet de (re)découvrir l’art de la maniera qui s’est développé au château de Fontainebleau et s’est ensuite diffusé en France sous l’impulsion de Rosso Fiorentino et Francesco Primatice.
Pour cette visite privée, vous êtes accompagnés par Hélène Gasnault et Giulia Longo, respectivement conservatrice des dessins et conservatrice des estampes et photographies aux Beaux-Arts de Paris.
« Pandore libérant les fléaux de sa boîte » par Giovanni Battista di Jacopo, dit Rosso Fiorentino (1494-1540) – Beaux-Arts de Paris
« Le Sacrifice » par un artiste anonyme d’après Rosso Fiorentino – Beaux-Arts de Paris« Jeune Homme nu, assis à terre, appuyé sur le bras droit et tenant une draperie de la main gauche » par Primatice – Beaux-Arts de Paris
Sur le chantier de Fontainebleau, artistes italiens, français et flamands s’inscrivent dans un dialogue créatif constant, partageant modèles, techniques artistiques et traditions respectives. Peintres, sculpteurs, architectes et graveurs collaborent étroitement, échangeant formes, motifs et savoir-faire.
Ce brassage artistique engendre en peu de temps une révolution esthétique majeure dans l’art français, marquée par une laïcisation des iconographies par le biais de l’Antiquité et des maîtres modernes, et par la diffusion de formes et procédés novateurs, comme la technique de l’eau-forte, qui redéfinissent les paradigmes de l’art européen.
« Le Banquet d’Alexandre » par Domenico Fiorentino (vers 1506? – 1565) d’après Primatice« Le Concert des dieux » par Primatice – Beaux-Arts de Paris« Le Nil » par Primatice – Beaux-Arts de Paris« La Bataille des Tupimamba » par le Maître de l’Histoire de Cadmus d’après Luca Penni – Beaux-Arts de Paris« Squelettes et écorchés » par Domenico Fiorentino d’après Rosso Fiorentino – Beaux-Arts de Paris« Pyramide de cinq hommes » par Juste de Juste – Beaux-Arts de Paris
L’exposition se concentre sur les années 1542-1547 pour les gravures, à quelques exceptions près, et les années 1530 à 1560 pour les dessins. Elle présente les œuvres réalisées pour les décors du château de Fontainebleau par Rosso et Primaticcio, ainsi que les estampes produites sur le chantier par des artistes de leur entourage.
« Scène de bataille antique inspirée de la Colonne Trajane » par l’entourage de Primatice – Beaux-Arts de Paris« Une nymphe chasseresse s’éloignant de six satyres » par Primatice et atelier – Beaux-Arts de Paris
Commissariat de l’exposition
– Hélène Gasnault, conservatrice des dessins aux Beaux-Arts de Paris
– Giulia Longo, conservatrice des estampes et photographies aux Beaux-Arts de Paris
Exposition « Rosso et Primatice : Renaissance à Fontainebleau »
21 octobre 2025 – 1er février 2026
Cabinet d’arts graphiques Beaux-Arts de Paris
14 Rue Bonaparte`
75006 Paris
Exposition « De Manet à Kelly, l’art de l’empreinte. Collections de l’Institut national d’histoire de l’art, Paris »
12 décembre 2025 – 14 juin 2026 Fondation Pierre Gianadda (Martigny, Suisse)
Les collections d’estampes de la bibliothèque de l’Institut national d’histoire de l’art (Paris), héritière de la Bibliothèque d’art et d’archéologie fondée par le couturier et mécène Jacques Doucet (1853-1929), documentent l’extraordinaire inventivité des artistes dans les pratiques de la gravure à travers les siècles. C’est la richesse de cette histoire que cette exposition met à l’honneur à la Fondation Pierre Gianadda (Martigny, Suisse).
De Manet à Kelly, en passant par Goya, Munch, Via Gogh ou Kollwitz, l’exposition rassemble une sélection de 178 chefs-d’œuvre de la gravure.
Pour cette visite privée, vous êtes accompagnés par Victor Claass, coordinateur scientifique pour le domaine de recherche Histoire de l’art du XVIIIe au XXIe siècle à l’INHA (maintenant au musée d’Orsay), et par Antoinette de Wolf, historienne de l’art, guide-conférencière à la Fondation Pierre Gianadda.
« C’est toujours en avant que je veux voir, et non en me retournant tout le temps pour voir en arrière. C’est le meilleur moyen I..] de se fiche par terre. » – Jacques Doucet
Des célèbres recueils de fantaisies gravées à l’eau-forte par Francisco de Goya aux œuvres d’Ellsworth Kelly, en passant par les scènes sociales de Käthe Kollwitz, le parcours illustre la grande diversité des techniques de la gravure comme des intentions de leurs créatrices et créateurs.
« Édouard Manet assis, tourné à droite » (vers 1868) par Edgar Degas (1834-1917) – Eau-forte, 4° état – INHA« L’Anglais Warrener au Moulin-Rouge » (1892) par Henri de Toulouse-Lautrec (1864-1901) – Lithographie au crayon et au crachis en couleurs, tirage 96/100 – INHA« Grande odalisque à la culotte bayadère » (1925) par Henri Matisse (1869-1954) – Lithographie sur chine, tirage 14/50 – INHA
« Ce qui m’intéresse le plus, ce n’est ni le paysage, ni la nature morte, c’est la figure!. » – Henri Matisse
« Nu de dos » (1915) par Henri Matisse (1869-1954) – Monotype – INHA« Dialogue » (1920) de Max Pechstein (1881-1955) – Gravure sur bois en couleurs – INHA« Le Bon Marché » (1893) par Félix Vallotton (1865-1925) – Gravure sur bois – INHA
À travers sa riche histoire, le médium de l’estampe, qui désigne la famille des techniques permettant l’impression d’un motif sur un support à partir d’une matrice, a mené ce principe à un extraordinaire degré de sophistication. En témoignent les puissantes et mystérieuses eaux-fortes d’Edgar Degas, le raffinement graphique des lithographies d’Henri de Toulouse-Lautrec ou d’Henri Matisse ou les célèbres bois gravés en noir et blanc de Félix Vallotton.
« La Ville morte » (1907-1912) par Eugène Viala (1859-1913) – Eau-forte et pointe sèche, 2° état – INHA« Homme bêchant » (1882) par Vincent van Gogh (1853-1890) – Lithographie rehaussée de lavis d’encre et de mine de plomb, épreuve d’essai – INHA« Au bord de la mer » (1881) – Planche n° 2 du recueil Intermezzi (Opus IV) par Max Klinger (1857-1920) – Theodor Stroefer (éditeur) – Eau-forte et aquatinte – INHAŒuvres de Mary Cassatt (1844-1926)
Cette exposition illustre les liens qui unissent l’INHA et la Fondation Gianadda. Soutien historique et grand mécène de la bibliothèque de l’INHA, Léonard Gianadda avait entre autres permis d’importantes opérations de restaurations ainsi que l’acquisition de pièces emblématiques de Marcel Duchamp, Théophile Alexandre Steinlen ou encore Mary Cassatt.
« La Lettre » (1890-1891) de Mary Cassatt (1844-1926) – Eau-forte, pointe sèche, vernis mou et aquatinte en couleurs – INHA
Exposition « De Manet à Kelly, l’art de l’empreinte. Collections de l’Institut national d’histoire de l’art, Paris »
12 décembre 2025 – 14 juin 2026 Fondation Pierre Gianadda
Rue du Forum 59
1920 Martigny (Suisse)
« Je suis comme un somnambule qui se promène sur le faîte d’une toiture
Je marche calmement, d’un pas assuré dans mes rêves » – Edvard Munch
« La Madone » (1895-1902) d’Edvard Munch (1863-1944) – Lithographie au crayon et à l’encre en couleurs sur papier japon, 4 état – INHA
Exposition « Audaces d’un style : les intérieurs sous le Consulat »
19 novembre 2025 – 9 mars 2026 Château de Bois-Préau (Rueil-Malmaison)
Cette exposition, consacrée aux décors intérieurs sous le Consulat, explore la genèse d’une esthétique unique et inventive, située à la croisée des héritages classiques et des aspirations politiques d’un régime en mutation. Présentée au château de Bois-Préau, l’exposition prolonge le parcours permanent de Malmaison, enrichi pour l’occasion d’œuvres inédites.
Pour cette visite privée, vous êtes accompagnés par Elisabeth Caude, directrice du musée national des châteaux de Malmaison et de Bois-Préau, et Isabelle Tamisier-Vétois, conservatrice en chef du patrimoine, chargée des collections de mobilier et de textiles.
« Projet d’une tasse Étrusque B » (1804) par Charles Éloi Asselin (1743-1804) – Mine graphite, gouache, lavis sur papier – Archives de la Manufacture nationale de SèvresFauteuil pour la laiterie de Marie-Antoinette à Rambouillet (1787) par Georges Jacob (1739-1814) d’après un dessin d’Hubert Robert (1733-1808) – CMN/Château de Rambouillet dépôt du musée national du Château de Versailles et Fauteuil à dossier renversé et à accotoirs à enroulement et corne d’abondance (1790-1795) par Georges Jacob (1739-1814) – Collection particulière
Les dix années qui s’étendent de 1795 à 1804 voient s’épanouir un art de vivre foisonnant. Au goût de la fête de la jeunesse dorée et extravagante du Directoire répond, sous le Consulat, l’appétence pour le luxe d’une société en pleine recomposition.
L’élégance des lignes et l’engouement pour l’exotisme, hérités du XVIIIe siècle, se conjuguent aux influences de Rome, de Pompéi, de la Renaissance, sans oublier celle de l’Égypte antique, que l’expédition du jeune général Bonaparte offre en prétexte renouvelé à une rêverie d’Orient.
Bergère d’une paire du salon de Juliette Récamier (vers 1800) attribuée à Jacob Frères, Georges II Jacob (1768-1803) et François Honoré Georges Jacob (1770-1841) – Musée du Louvre
Charles Percier et Pierre-Léonard Fontaine, décorateurs emblématiques mis à l’honneur dans l’exposition, jouent un rôle déterminant dans l’élaboration de ce nouveau langage stylistique. Celui-ci trouve sa pleine expression dans les réalisations des plus célèbres artisans, parmi lesquels figurent les frères Jacob.
Console-jardinière provenant de la chambre de la générale Moreau (1802) attribuée à Martin-Eloi Lignereux ou Jacob Frères ; Pierre- Philippe Thomire (1751-1843) – Musée national du Château de Fontainebleau« L’Insomnie » par Louis-Simon Boizot (1743-1809) – Tirage de 1809 – Biscuit bleu et blanc non émaillé – Manufacture et musées nationaux de la céramique de Sèvres
Exposition « Audaces d’un style : les intérieurs sous le Consulat »
19 novembre 2025 – 9 mars 2026 Château de Bois-Préau
1B Avenue de l’Impératrice Joséphine
92500 Rueil-Malmaison
Vers le soir, un nuage d’un gris rose monte de l’horizon et lentement emplit le ciel. De petits souffles froids s’élèvent et font frissonner l’air. Puis, un grand silence, une immobilité douce et glaciale descend sur Paris qui s’endort. La ville noire sommeille, la neige se met à tomber avec lenteur dans la sérénité glacée de l’espace. Et le ciel couvre sans bruit l’immense cité endormie d’un tapis virginal et pur.
Le Louvre vu depuis le quai MalaquaisQuai François Mitterrand
… la nouvelle année avait mis une robe blanche à la ville. La ville semblait toute jeune et toute chaste. Il n’y avait plus ni ruisseaux, ni trottoirs, ni pavés noirâtres : les rues étaient de larges rubans de satin blanc; les places, des pelouses toutes blanches de paquerettes. Et les paquerettes de l’hiver avaient aussi fleuri sur les toits sombres.
Le Pont Royal et le musée d’Orsay
On eût dit que la cité était une petite fille, ayant la jeunesse tendre de la nouvelle année. Elle venait de jeter ses haillons, sa boue et sa poussière, et elle avait mis ses belles jupes de gaze. Elle respirait doucement, d’une haleine pure et fraiche; elle étalait avec une coquetterie enfantine sa parure d’innocence.
Statues de Maillol devant l’École du Louvre
Toutes les laideurs de l’hiver s’en sont allées; chaque maison ressemble à une belle dame qui aurait mis ses fourrures; les toits se détachent gaiement sur le ciel pâle et clair; on est en pleine floraison du froid.
Quai Malaquais
Depuis hier, Paris éprouve cette gaieté que la neige donne aux petits et aux grands enfants. On est tout bêtement joyeux parce que la terre est blanche.
L’Institut de France et le quai de Conti
Il y a, dans Paris, des paysages d’une largeur incomparable. L’habitude nous a rendus indifférents. Mais les flâneurs, — ceux qui rôdent le nez au vent, en quête d’émotions et d’admiration – connaissent bien ces paysages. Pour moi, j’aime d’amour le bout de Seine qui va de Notre-Dame au pont de Charenton; je n’ai jamais vu un horizon plus étrange et plus large.
Pont Royal
La Seine coule noire et sinistre, entre deux bandes d’un blanc éclatant; les quais s’allongent, silencieux et déserts; le ciel paraît immense, d’un gris perle, doux et morne. Et il y a, dans cette eau fangeuse qui gronde, au milieu de ces blancheurs et de ces apaisements, une mélancolie poignante, une douceur amère et triste.
« Caïn venant de tuer son frère Abel » par Henri Vidal (1864-1918) dans le Jardin des Tuileries« L’homme et sa misère » par Dominique Jean Baptiste Hugues (1849-1930) dans le Jardin des TuileriesJardin des Tuileries
… chaque petite branche est ornée de fins cristaux; des broderies délicates couvrent l’écorce brune. On n’oserait toucher a ces verreries légères, on aurait peur de les casser.
Pyramide du LouvreArc de Triomphe du Carrousel
Mais la cité ne garde pas longtemps sa belle robe blanche. Sa toilette d’épousée n’est jamais qu’un déjeuner de soleil. Le matin, elle met toutes ses dentelles, sa gaze la plus légère et son satin le plus brillant, et souvent, le soir, elle a déjà souillé et déchiré sa parure.
« La rivière » par Aristide Maillol
Le texte que vous venez de lire est une composition à partir d’extraits d’un article d’Émile Zola publié par « Le Figaro » le 17 janvier 1867.
Quel est le Top 10 des vidéos les + vues sur ma chaîne YouTube en 2025 ?
Fin décembre 2025, ma chaîne YouTube rassemble 34.584abonnés dont 4.500 nouveaux cette année.
Mes publications ont été visionnées pendant plus de 94.000 heures en 2025, soit une augmentation de près de 10% par rapport à 2024.
Vous avez regardé mes vidéos depuis un ordinateur pour 33 % d’entre vous, avec votre téléphone mobile (29 %), sur un téléviseur (26%) ou une tablette (12 %).
En France mais aussi en Belgique
De Paris à Namur, de Lille à Carpentras, d’Orléans à Chantilly, de Nogent-sur-Seine à Soissons, de Lyon à Saint-Omer, et Cassel de Saint-Jean-Cap-Ferrat à Amiens, du château de Fontainebleau à l’Assemblée Nationale, du Petit Palais à l’Institut du Monde Arabe, du musée d’Orsay au musée Jacquemart-André ou au musée Bourdelle, l’année 2025 nous a permis de découvrir des expositions et des musées dans des conditions exceptionnelles en suivant des conservateurs, historiens de l’art et commissaires d’exposition.
Nous avons aussi rencontré les historiens sélectionnés pour le Prix château de Versailles du livre d’histoire.
Quelles sont les visites privées qui ont rencontré le plus de succès en 2025 ?
Jean-Yves Baudouy, directeur de la bibliothèque-musée Inguimbertine, présente les tableaux de Joseph-Siffred Duplessis (1725-1802), parmi lesquels une soixantaine d’œuvres provenant de collections prestigieuses telles que le Metropolitan Museum of Art de New York, le Nelson-Atkins Museum of Art de Kansas City, le Musée des Beaux-Arts du Canada à Ottawa, le Château de Versailles et le Musée du Louvre.
Servane Dargnies de Vitry, conservatrice en chef peinture au musée d’Orsay, présente la toute première rétrospective consacrée à l’artiste norvégien Christian Krohg, mettant en lumière ses œuvres naturalistes et engagées. Le parcours permet aussi de souligner les liens picturaux de Krohg avec les artistes français découverts lors de ses séjours parisiens, notamment Courbet, Manet et Caillebotte.
Ludmila Virassamynaïken, conservatrice en chef du patrimoine au musée des Beaux-Arts de Lyon, nous invite à découvrir cette exposition qui réunit pour la première fois les trois tableaux représentant Saint François debout momifié peints par Francisco de Zurbarán, conservés au musée des Beaux-Arts de Lyon, au Museu Nacional d’Art de Catalunya (Barcelone) et au Museum of Fine Arts de Boston.
Mathieu Deldicque, conservateur en chef du patrimoine, directeur du musée Condé, propose de visiter l’exposition consacrée à un personnage méconnu : Louise d’Orléans (1812-1850), princesse de France puis reine de Belgique. Première fille de Louis-Philippe, elle a été l’actrice de l’émergence du royaume de Belgique.
Paul Perrin, conservateur et directeur de la conservation et des collections au musée d’Orsay, interroge la modernité si radicale des chefs-d’œuvre de Gustave Caillebotte (1848-1894) au prisme du nouveau regard que l’histoire de l’art porte sur les masculinités du XIXe siècle.
Annick Lemoine, conservatrice générale du patrimoine, directrice du Petit Palais, et Mickaël Szanto, maître de conférences, Sorbonne Université, nous guident dans l’exposition consacrée à Jean-Baptiste Greuze (1725-1805). Artiste aujourd’hui méconnu et mécompris, il est l’une des figures les plus importantes et les plus audacieuses du XVIIIe siècle français.
Annick Lemoine, directrice du Petit Palais, et Maïté Metz, conservatrice des Peintures anciennes, présentent les œuvres de José de Ribera (1591-1652), l’un des principaux peintres caravagesques. Le Petit Palais propose la première monographie consacrée, en France, à cet artiste trop longtemps resté dans l’ombre, qui sait transcrire la dignité́ du quotidien.
Caroline Corbeau-Parsons, conservatrice arts graphiques et peintures au musée d’Orsay, propose de parcourir l’exposition consacrée à John Singer Sargent (1856-1925), l’un des artistes américains les plus célèbres de sa génération, aussi bien aux États-Unis qu’au Royaume-Uni. Son portrait de « Madame X » est considéré comme la « Joconde » de la collection d’art américain du Metropolitan Museum of Art de New York.
Mathieu Deldicque, directeur du musée Condé, présente le manuscrit le plus célèbre au monde, véritable « Joconde » des manuscrits : les « Très Riches Heures du duc de Berry ». La restauration de ce chef-d’œuvre permet au château de Chantilly d’exposer les douze premiers feuillets déreliés.
Pierre Curie, conservateur général du patrimoine au musée Jacquemart-André, spécialiste de peinture italienne et espagnole du XVIIe siècle, présente la première rétrospective consacrée à Georges de La Tour en France depuis 1997. Par l’épure formelle de ses compositions et leur intensité spirituelle, Georges de La Tour a su créer un langage pictural d’une grande puissance émotionnelle qui parle encore aux spectateurs du XXIe siècle.
Comme vous le constatez, aucune exposition du musée du Louvre n’est présente dans ce Top 10, les demandes de tournage du Scribe n’ayant pu aboutir.
Bonnes fêtes de fin d’année et rendez-vous en 2026 pour une année culturelle (forcément) éblouissante ! 🙂
« Supplication » – Pointe sèche et aquatinte en couleurs de Jeanne Bardey (1872-1954) – Collection de l’INHA présentée à la Fondation Gianadda (Martigny, Suisse)
Exposition « Pastels en partage. Collections des musées de Reims, Soissons et Saint-Quentin »
7 novembre 2025 – 25 janvier 2026
Musée d’Art et d’Histoire Saint-Léger (Soissons)
Née d’une volonté commune de mettre en lumière des collections rarement présentées, l’exposition du musée Saint-Léger est le fruit d’une collaboration inédite entre les musées de Reims, Soissons et Saint-Quentin. Plusieurs œuvres de la collection Calvé Cantinotti enrichissent cette présentation d’une quarantaine de pastels.
Pour cette visite privée, vous êtes accompagnés par Christophe Brouard, directeur des musées de Soissons.
« Tulipe » (avant 1897) par Edmond Yon – Musée de Soissons
Articulée en quatre temps, l’exposition met en regard des pastels d’artistes reconnus tels Léon Lhermitte, né à Mont-Saint-Père (dans le sud de l’Aisne), ou Albert Besnard (1849-1934), l’un des plus brillants pastellistes de son temps, avec ceux de petits maîtres ou d’artistes aujourd’hui oubliés, à l’instar de Léon Liévrat (1853-1912), enseignant et théoricien du dessin né à Vailly-sur-Aisne, près de Soissons, ou Alexandre Lunois (1863-1916), que l’histoire a surtout retenu pour sa production d’affiches.
« Le gueux » (avant 1883) par Désiré-François Laugée – Musée des Beaux-Arts Antoine Lécuyer de Saint-Quentin« Roches blanches (Nemours) » (1902) par Maurice Eliot (1862-1945) – Musée de Soissons« Tête de femme » (fin du 19e siècle) par Albert Besnard – Musée des Beaux-Arts de Reims
L’exposition fait aussi la part belle aux femmes pastellistes en confrontant les œuvres d’Esther Huillard (1855-1928), Hélène Maréchal (1863-1944), Marie Carpentier (1865-1949) ou Christine Boumeester (1904-1971) ainsi qu’aux modes d’expressions les plus divers, par l’intermédiaire d’études, de portraits, de sujets naturalistes ou de compositions abstraites.
« Une rue de Neubourg » (seconde moitié du XIXe siècle) par Léon-Germain Pelouse (1838-1891) – Musée des Beaux-Arts de Reims
Plusieurs œuvres issues des collections de Reims et Soissons ont fait l’objet d’une restauration à l’occasion de l’exposition. Elles sont présentées pour la première fois au public.
Exposition « Pastels en partage. Collections des musées de Reims, Soissons et Saint-Quentin » au Musée d’Art et d’Histoire Saint-LégerÀ gauche : « L’abreuvoir » (fin du XIXe siècle) par Hélène Maréchal (1863-1944) – Musée des Beaux-Arts de Reims« Les foins coupés sur le Hardenfjord » (fin du XIXe siècle) par Alexandre Lunois (1863-1916) – Musée des Beaux-Arts de Reims
L’exposition s’inscrit dans un contexte de valorisation patrimoniale, porté par la réouverture de salles au musée Saint-Léger de Soissons, entièrement réaménagées pour l’occasion, et par la rénovation et l’extension du musée des Beaux-Arts de Reims, la plus importante d’un musée d’art en France aujourd’hui.
« Roches blanches (Nemours) » (1902) par Maurice Eliot (1862-1945) – Musée de Soissons
« Dans l’herbe » (1887) par Maurice Eliot – Musée de Soissons
Exposition « Pastels en partage. Collections des musées de Reims, Soissons et Saint-Quentin »
7 novembre 2025 – 25 janvier 2026
Musée d’Art et d’Histoire Saint-Léger
2 Rue de la Congrégation
02200 Soissons
« La Moissonneuse au repos » (vers 1886) par Léon Lhermitte (1844-1925) – Musée des Beaux-Arts de Reims
Exposition « De Monaco à Chantilly : Une princesse des Lumières en quête de liberté”
18 octobre 2025 – 4 janvier 2026
Cabinet d’arts graphiques du Musée Condé Château de Chantilly
Conçue en partenariat avec le palais princier de Monaco, cette exposition dévoile la vie romanesque et la commande artistique d’une figure féminine méconnue qui a marqué son histoire : Marie Catherine de Brignole-Sale, princesse de Monaco puis de Condé (1738-1813).
« Portrait de Marie Catherine de Brignole-Sale » (XIXe siècle ?) attribué à Antone Raphael Mengs (1728–1779) – Palais princier de Monaco
Née à Gênes le 16 septembre 1738, fille unique du marquis de Brignole-Sale et nièce de doge, Marie Catherine est issue de l’une des plus puissantes familles de cette influente république méditerranéenne. Élevée à Paris, celle qu’on qualifie de « plus jolie femme de France » est remarquée par le prince Honoré III de Monaco (1720-1795), plus âgé qu’elle et qui, bien qu’ayant espéré une alliance plus prestigieuse dans la noblesse française, s’est résolu à envisager un parti moins noble mais plus lucratif.
« Honoré III de Monaco, portrait au genou » attribué à Louis Tocqué (1696-1772) – Archives du Palais princier de Monaco« Vue du palais de Monaco » (1732) par Dominique Joseph Bressan (1670-1746) – Palais princier de Monaco
La nouvelle princesse de Monaco donne naissance à deux garçons. Si elle tient son rang au sein de l’hôtel de Matignon, résidence du couple à Paris, l’ennui la gagne. Les rumeurs de sa liaison avec le prince de Condé, son refus de se rendre à Monaco, le caractère ombrageux et jaloux d’Honoré III, ses mauvais traitements rapportés par des témoins, conduisent à la demande formulée par la princesse d’une séparation devant le parlement de Paris.
« Hôtel de Matignon, façade, 57, rue de Varenne, Paris » (entre 1718 et 1736) par Jean Michel Chevotet (1698-1772) – Musée Carnavalet-Histoire de Paris« Portrait de Louis-Joseph de Bourbon, prince de Condé » (avant 1818) par Madeleine Anne Deseine (1758-1839) – Musée Condé (Chantilly)
Cette lectrice des philosophes des Lumières existe en son nom propre et peut vivre librement ses passions, aux côtés de Louis Joseph de Bourbon, prince de Condé (1736-1818). À Paris, près du palais Bourbon, Alexandre Brongniart érige pour la princesse un hôtel de Monaco au cours des années 1770. Les plans monumentaux d’Alexandre Brongniart restituent l’ambition d’une princesse bâtisseuse et évoquent ses intérieurs.
« Élévation de la façade sur la cour de l’hôtel de Monaco » (vers 1774) par Alexandre Théodore Brongniart (1739-1813) – Musée Carnavalet-Histoire de Paris« Le Château de Betz, côté de l’arrivée » (1808) par Olimpe Neveux (actif vers 1800) d’après Constant Bourgeois (1767-1841) – Musée Condé de Chantilly« Plan du Pavillon de Vénus/ avec les accessoires qu’on y ajoute les soirs des jours de fêtes » (1787) par Claude Mathieu Delagardette (1762-1805) – Musée Condé de Chantilly
Le prince de Condé et la princesse de Monaco s’adonnent à la même frénésie de construction de résidences et d’aménagement de jardins. Non loin de Chantilly, Marie Catherine élit le château de Betz (Oise) comme son ultime refuge. Là, en miroir de ce que le prince de Condé imagine au Palais Bourbon ou à Chantilly, elle est la promotrice d’une aspiration nouvelle, rousseauiste, d’un retour à la nature, mais aussi du goût pour les fabriques pittoresques, ornant les jardins qu’on appelle « anglo-chinois ».
« Une fontaine dans des ruines médiévales » (1765) par Hubert Robert (1733-1808) – Bibliothèque municipale de Besançon« Vue animée d’une forteresse aux armes de la princesse de Monaco : projet pour les jardins de Betz » (vers 1785) par Hubert Robert (1733-1808) – Musée Condé de Chantilly
Hubert Robert collabore avec le prince et la princesse. Contemporain de nombreuses destructions médiévales, il devient, peut-être malgré lui et encouragé par ses mécènes princiers, l’un des initiateurs en France d’une esthétique médiévale promise à un brillant avenir.
« La Princesse de Monaco (née Marie Catherine de Brignole-Sale) (1738-1813) » (1783) par Claude Dejoux (1732-1816) – Musée du Louvre
Quand survient la Révolution française, le prince de Condé prend la tête de l’une des principales armées de la contre-révolution et la princesse de Monaco le suit sur les routes d’une émigration ballottée dans l’Europe entière. En Angleterre, la princesse de Monaco peut enfin épouser le prince de Condé. Le couple est alors âgé de plus de 70 ans.
« Vues de Betz. 2 vue de l’hermitage » (vers 1800) par Jacques François Chéreau (1742-1794) – Collection particulière
« L’Amour embrassant l’Amitié » (1758) par Jean Baptiste Pigalle (1714-1785) – Musée du Louvre
Exposition « De Monaco à Chantilly : Une princesse des Lumières en quête de liberté”
18 octobre 2025 – 4 janvier 2026
Cabinet d’arts graphiques du Musée Condé Château de Chantilly