[Léonard] L’homme de Vitruve est arrivé au Louvre !

Il est arrivé au musée du Louvre !

« L’homme de Vitruve » (vers 1490) par Léonard de Vinci, prêt de la Gallerie dell’Accademia di Venezia, est présent dans l’exposition « Léonard de Vinci ».

« Quatre doigts font une paume, et quatre paumes font un pied, six paumes font un coude : quatre coudes font la hauteur d’un homme. Et quatre coudes font un double pas, et vingt-quatre paumes font un homme ; et il a utilisé ces mesures dans ses constructions.
Si vous ouvrez les jambes de façon à abaisser votre hauteur d’un quatorzième, et si vous étendez vos bras de façon que le bout de vos doigts soit au niveau du sommet de votre tête, vous devez savoir que le centre de vos membres étendus sera au nombril, et que l’espace entre vos jambes sera un triangle équilatéral.
La longueur des bras étendus d’un homme est égale à sa hauteur.
Depuis la racine des cheveux jusqu’au bas du menton, il y a un dixième de la hauteur d’un homme. Depuis le bas du menton jusqu’au sommet de la tête, un huitième. Depuis le haut de la poitrine jusqu’au sommet de la tête, un sixième ; depuis le haut de la poitrine jusqu’à la racine de cheveux, un septième.
Depuis les tétons jusqu’au sommet de la tête, un quart de la hauteur de l’homme. La plus grande largeur des épaules est contenue dans le quart d’un homme. Depuis le coude jusqu’au bout de la main, un quart. Depuis le coude jusqu’à l’aisselle, un huitième.
La main complète est un dixième de l’homme. La naissance du membre viril est au milieu. Le pied est un septième de l’homme. Depuis la plante du pied jusqu’en dessous du genou, un quart de l’homme. Depuis sous le genou jusqu’au début des parties génitales, un quart de l’homme.
La distance du bas du menton au nez, et des racines des cheveux aux sourcils est la même, ainsi que l’oreille : un tiers du visage. » – Vitruve dans « De l’architecture »

Exposition « Léonard de Vinci »
24 octobre 2019 – 24 février 2020
Musée du Louvre

[Disparition] Twitter or not Twitter…

En cette semaine de « Museum Week », mes déboires sur le réseau social Twitter se poursuivent. Mon compte a été (provisoirement ?) désactivé…

En attendant de pouvoir de nouveau gazouiller avec l’oiseau bleu, vous pouvez toujours me suivre sur mon Blog, sur ma page Facebook, sur Instagram et sur YouTube.

À suivre…

[Louvre] L’artiste JR creuse sous la pyramide

Pour fêter les 30 ans de la pyramide de Ieoh Ming Pei 贝聿铭, inaugurée le 29 mars 1989, le musée du Louvre invite une nouvelle fois l’artiste JR.

JR et Dominique de Font-Réaulx – Auditorium du Louvre, vendredi 29 mars 2019

Trois ans après avoir fait disparaître derrière un collage le monument, JR propose cette fois un effet saisissant qui semble faire sortir de terre la pyramide.

Photo ci-dessus : copyright @JRArt

Le collage des bandes de papier a mobilisé 400 bénévoles pendant plusieurs jours, révélant au matin du 30 mars une impressionnante anamorphose dans la cour Napoléon.

L’œuvre éphémère est visible jusqu’au dimanche 31 mars au soir.

Photographies par @scribeaccroupi (sauf celle avec mention de copyright @JRArt).

Jack Lang, Franck RIester, Jean-Luc Martinez et JR – Auditorium du Louvre, vendredi 29 mars 2019

[Visite privée] Exposition « Splendeurs du baroque » au musée Jacquemart-André

Exposition « Splendeurs du baroque. Peintures de la Hispanic Society of America »
26 mars – 2 août 2026
Musée Jacquemart-André (Paris)

Le Musée Jacquemart-André, en collaboration avec la Hispanic Society of America (New York), met à l’honneur l’art baroque hispanique.
Une quarantaine d’œuvres issues de la prestigieuse institution américaine sont réunies pour la première fois en France, parmi lesquelles des peintures de Velázquez, Greco, Murillo et Zurbarán.

Pour cette visite privée, vous êtes accompagnés par Pierre Curie, conservateur général du patrimoine au musée Jacquemart-André.

Exposition « Splendeurs du baroque. Peintures de la Hispanic Society of America » au Musée Jacquemart-André
« Philippe II, roi d’Espagne, et ses enfants » (vers 1581-1584) par un artiste espagnol anonyme – The Hispanic Society of America (New York)

Allant en réalité du début du XVIe siècle à la fin du XVIIe siècle, le Siècle d’or correspond à l’apogée économique, artistique et littéraire de la monarchie espagnole des Habsbourg (1516-1700). Fort d’un empire colonial florissant et d’une influence politique et culturelle qui comprend une grande partie de l’Europe et s’étend aux Amériques et à l’Asie (Philippines), le royaume d’Espagne connaît alors une période d’extraordinaire vitalité artistique.

« L’Archange saint Michel terrassant le démon » (vers 1635-1639) par Luis Juarez (vers 1585- 1639) – The Hispanic Society of America (New York)
À gauche : « Immaculée Conception » (1640) par Fray Alonso López de Herrera (vers 1580 – après 1648) – The Hispanic Society of America (New York)
« xxxx – The Hispanic Society of America (New York)
« Saint Sébastien » (vers 1603-1607) par Alonso Vazquez (1565 – vers 1607) – The Hispanic Society of America (New York)

Cette période est marquée par les règnes successifs des souverains dont les cours royales se font mécènes et commanditaires des plus grands artistes. Entre la Renaissance tardive et le plein épanouissement du baroque, la production artistique espagnole se distingue par son intensité expressive, sa spiritualité profonde et son goût pour l’exaltation des formes.

« Pietà » (vers 1574-1576) par Doménikos Theotókopoulos, dit Greco – The Hispanic Society of America (New York)

Au carrefour des influences italiennes et flamandes, mais également nourri par les découvertes et les échanges issus des territoires américains nouvellement conquis, l’art espagnol du Siècle d’or se caractérise par une richesse esthétique et thématique remarquable. Cette production constitue l’un des chapitres les plus singuliers de l’histoire artistique occidentale, bien que proportionnellement peu représentée dans les collections françaises.

« Saint Jacques le Majeur » (vers 1595) par Doménikos Theotókopoulos, dit Greco – The Hispanic Society of America (New York)
« Paysan avec une bouteille de vin » (vers 1615) par Jusepe de Ribera (1591-1652) – The Hispanic Society of America (New York)

Des artistes venus de toute l’Europe, tels que Greco (1541-1614) ou Antonio Moro (v. 1520- v. 1577), participent au renouvellement de la peinture espagnole en lui insufflant innovation et vitalité. L’Espagne devient alors un terrain fertile pour l’épanouissement du style baroque. Ce terme, venant du portugais barroco, désignait à l’origine la forme d’une perle irrégulière et se caractérise, en art, par des formes foisonnantes, théâtrales et triomphantes, visant la séduction des sens. Francisco de Zurbarán, Juan Carreño de Miranda, Bartolomé Esteban Murillo ou encore Matteo Cerezo comptent parmi les maîtres de cette époque.

« Portrait de Bernabé de Ochoa de Chinchetru y Fernández de Zúñiga » (vers 1660) par Juan Carreño de Miranda (1614-1685) ou Juan De Alfaro y Gamez (1643-1680) – The Hispanic Society of America (New York)

La peinture espagnole excelle alors particulièrement dans les genres du portrait et des thématiques religieuses. Ces sujets religieux, imprégnés de l’esprit de la Contre-Réforme catholique, glorifient l’histoire, la dévotion et les dogmes sacrés dans une expression à la fois visuellement éloquente et intensément spirituelle.

Copie du « Portrait de Juan de Pareja » [d’après Velázquez] (1657) Juan Bautista Martinez Del Mazo (vers 1611 – 1667) – The Hispanic Society of America (New York)
« Portrait de fillette » (vers 1638-1642) par Diego Velázquez – The Hispanic Society of America (New York)

Le portrait espagnol est porté à son sommet par Velázquez, qui revitalise les anciennes formules au point de révolutionner le genre. Son « Portrait de jeune fille » (v. 1638-1642), présenté dans l’exposition, illustre parfaitement cette capacité à conférer une présence saisissante à ses modèles.

« La Présentation au Temple » et « La Fuite en Égypte » (1725-1800) par des artistes de l’École de Cuzco – The Hispanic Society of America (New York)
« Les Noces de Cana » (1696) par Nicolás de Correa,- Huile et technique mixte sur panneau, incrusté de nacre – The Hispanic Society of America (New York)

L’exposition comprend également des œuvres majeures d’artistes des XVIIe et XVIIIe siècles actifs ou originaires d’Amérique latine. Héritiers de la grande tradition picturale espagnole introduite après la conquête du « Nouveau Monde », ces peintres ont su marier apports occidentaux, techniques et traditions locales. Ce métissage a donné naissance à une production inédite et remarquable – encore très rarement montrée dans les musées français – dont l’exposition offrira une présentation précieuse.

Détail du « Ecce Homo » (vers 1565-1570) de Luis de Morales (vers 1510 – 1586) – The Hispanic Society of America (New York)

Commissariat de l’exposition

Guillaume Kientz, directeur et CEO de la Hispanic Society Museum & Library de New York
Pierre Curie, conservateur général du patrimoine au musée Jacquemart-André

« Vierge à l’Enfant » (vers 1669) par Bartolomé Esteban Murillon (1617-1682) – Collection particulière, en prêt à la Hispanic Society of America

En savoir +

Consultez le site Internet du musée Jacquemart-André.

« Scène de cuisine » (1617) par Diego Velázquez – Collection particulière, en prêt à la Hispanic Society of America

Exposition « Splendeurs du baroque. Peintures de la Hispanic Society of America »
26 mars – 2 août 2026
Musée Jacquemart-André
158 Boulevard Haussmann
75008 Paris

Exposition « Splendeurs du baroque. Peintures de la Hispanic Society of America » au Musée Jacquemart-André

[Exposition] « Michel-Ange Rodin. Corps vivants » au Musée du Louvre

Exposition « Michel-Ange Rodin. Corps vivants »
15 avril – 20 juillet 2026
Musée du Louvre

L’exposition « Michel-Ange Rodin. Corps vivants », réunit plus de 200 œuvres de Michel-Ange (1475-1564) et Auguste Rodin (1840-1917), deux artistes qui incarnent la force du corps et la profondeur de l’âme. Elle met l’accent sur une même ambition : rendre visible l’énergie intérieure du corps. Le corps apparaît comme enveloppe et peau de l’âme, matière vivante soumise au temps et au geste.
En montrant filiations, emprunts et détournements, l’exposition invite à repenser la sculpture comme laboratoire d’innovations artistiques. Aux chefs-d’œuvre des maîtres répondent des œuvres maniéristes inspirées de Michel-Ange (Vincenzo Danti, Vincenzo de Rossi, Pierino da Vinci), ainsi que des créations contemporaines (Joseph Beuys, Bruce Nauman, Giuseppe Penone).

« L’Esclave mourant » (1513-1515) par Michelangelo Buonarroti, dit Michel-Ange – Marbre – Musée du Louvre
Détail de « L’Esclave mourant » (1513-1515) par Michel-Ange – Marbre – Musée du Louvre
Détail de « Adam » (1880-1881) d’Auguste Rodin – Bronze, fonte au sable Alexis Rudier en 1928 – Musée Rodin

Exposé en 1881 sous le titre « La Création de l’homme », ce nu rappelle, par le geste de l’index pointé, la main de Dieu créant Adam, peinte sur la voûte de la chapelle Sixtine par Michel-Ange. Mais ici, l’Homme s’éveille seul à la vie : le doigt est dirigé comme une malédiction vers la Terre, soulignant le tragique de la condition humaine.

Au premier plan : « L’Esclave rebelle » (1513-1515) par Michel-Ange – Marbre. – Musée du Louvre
Détail de « L’Esclave rebelle » (1513-1515) par Michel-Ange – Marbre. – Musée du Louvre
Détail de « L’Âge d’airain » (1875-1877) d’Auguste Rodin – Fonte Alexis Rudier, avant 1916 – Bronze – Musée Rodin (Paris)

Le vrai sujet de ce nu, qui a porté des titres aussi variés que « L’Âge d’airain », « Le Vaincu » ou « L’Homme qui s’éveille », est la représentation d’un corps palpitant de vie. Son réalisme poussa certains critiques à y voir un moulage sur nature.

L’exposition réunit marbres, bronzes, plâtres, terres cuites, moulages et une très riche production graphique grâce aux collections du Louvre, du musée Rodin et d’importants prêts de grands musées internationaux. Dès l’entrée du parcours, cinq sculptures emblématiques accueillent les visiteurs comme autant de corps habités par une puissante énergie vitale.

Deux artistes mythiques

La première section propose une présentation des deux sculpteurs sous l’angle du mythe. Portraits et mises en scène posthumes, hommages artistiques et reliques permettent d’incarner la stature artistique des deux hommes.

« Portrait de Michel-Ange à l’âge de quarante-sept ans » (1522) attribué à Baccio Bandinelli (1498-1560) – Huile sur bois – Inscriptions, en bas à gauche, sur le parapet, en capitales: « MICHA ANGE BONAROTUS FLORENTINUS SCULPTOR OPTIMUS ANNO AETATIS SUE 47 » (Michel-Ange Buonarroti, sculpteur excellent, à l’âge de quarante-sept ans.) – Musée du Louvre
« Michel-Ange visité dans son atelier par le pape Jules II (1856) par Alexandre Cabanel (1823-1889) – Huile sur toile – Musée Fabre (Montpellier Méditerranée Métropole)
« Main gauche, dite Main de Michel-Ange » (vers 1580 ?) par un artiste anonyme du XVIe siècle – Terre cuite – Victoria & Albert Museum (Londres)

Ce moulage a longtemps été considéré comme la véritable main de l’artiste. Il constitue la relique idéale d’un sculpteur : la main comme « vecteur de la pensée ». Elle associe le nom de Michel-Ange à l’idée de relique et à la notion de fragment, valorisant ainsi l’inachevé.

« Moulage de la main d’Auguste Rodin tenant un torse féminin » (1917.) par Paul Cruet (1880-1966), sous la direction de Léonce Bénédite – Plâtre – Musée Rodin

Véritable image de la création, cette main incarne le geste sculptural en saisissant ce torse. Elle façonne la matière, donne forme au corps et rend visible la pensée en action.

« L’Esclave endormi » (vers 1855) par Edgar Degas (1834-1917) – Crayon noir sur papier – Musée du Louvre, département des Arts graphiques
« Femme accroupie » (vers 1882-1885) par Auguste Rodin – Plâtre – Musée Rodin

« Adolescent accroupi » (1884) d’après l’entourage de Michel-Ange – Plâtre pâtiné, moulage réalisé par Elkington & Co. vers 1884, d’après le marbre conservé au musée de l’Ermitage (Saint-Pétersbourg )- Victoria & Albert Museum (Londres)
« Ecorché, dit de Michel-Ange » par une artiste anonyme du XVIe siècle – Plâtre, moulage réalisé au XIXe siècle – Annotation sur le socle : « MICHEL ANGE » – Beaux-Arts de Paris

Un écorché consiste en l’étude détaillée des muscles du corps selon une position donnée. Celui-ci est longtemps passé pour une création de Michel-Ange. Il a eu de ce fait une influence considérable dans les ateliers et les écoles d’art, notamment en France au XIXe siècle.

« Assemblage : Torse de la Centauresse et Adolescent désespéré » (vers 1890) par Auguste Rodin – Assemblage de deux épreuves en plâtre – Musée Rodin

« Adam et Ève chassés du jardin d’Éden, d’après Masaccio » (vers 1504) par Michel-Ange – Recto. Sanguine, estompe, traits au stylet – Musée du Louvre

Michel-Ange et Rodin ont contribué à la construction de leurs propres mythes en se créant une généalogie glorieuse. Michel-Ange dessine d’après les peintres Giotto ou Masaccio et défie l’antique.
Pour Rodin, l’ancêtre idéal est précisément Michel-Ange. Ses œuvres de jeunesse regorgent de références explicites au sculpteur italien.

« La Suite et le Jour » (1873) par Henri-Charles Maniglier (1826-1901), d’après Michel-Ange – Marbre – Musée du Louvre

L’importance des modèles michelangélesques pour le sculpteur français est mise en perspective avec son voyage fondateur à Florence, effectué en 1876, et la découverte de la Chapelle des princes à San Lorenzo. Selon l’historien de l’art Vasari, cette Chapelle « a été, est, et sera, jusqu’à la fin des temps, l’école de nos arts ».

À droite : « L’Aurore et le Crépuscule » (1873) par Henri-Charles Maniglier (1826-1901), d’après Michel-Ange – Marbre – Musée du Louvre

Les moulages d’époque réalisés par Vincenzo Danti d’après les allégories des heures du jour des tombeaux de Julien et Laurent de Médicis permettent de convoquer dans l’exposition ces figures emblématiques du maître florentin.

« Feuilles de croquis » (vers 1875-1876) par Auguste Rodin – Crayon graphite, encre sur papier vélin filigrané – Musée Rodin

Lors d’un voyage à Florence en mars 1876, Rodin découvre, bouleversé, la chapelle. Il écrit à sa compagne Rose Beuret : « Tout ce que j’ai vu de photographies de plâtre ne donne aucune idée de la sacristie de Saint-Laurent. Il faut voir ces tombeaux de profil, de trois quarts. »

Au premier plan : « L’Homme au nez cassé » (1864) d’Auguste Rodin – Marbre, pratique Léon Fourquet (1875) – Musée Rodin

En 1875, la première œuvre de Rodin acceptée au Salon est « L’Homme au nez cassé », sous le titre « M.B. », tribut à peine masqué à Michelangelo Buonarroti.

« Buste de Michel-Ange » (vers 1564-1566) par Daniele da Volterra, dit Danielle Ricciarelli (vers 1509 – 1566) – Bronze – Musée du Louvre

Daniele da Volterra exécute ce portrait pour la tombe de Michel-Ange dans la basilique Santa Croce à Florence. C’est une image poignante, empreinte de mélancolie.

Nature et Antiquité : réinventer le modèle

Nature et Antiquité constituent les sources d’inspiration principales des deux artistes, mais ces modèles ne valent que pour être dépassés. Plusieurs esquisses et études dessinées résultent d’une observation scrupuleuse des corps humains et d’une compréhension fine de l’anatomie, obtenue entre autres chez Michel-Ange grâce à la pratique de la dissection, et pour Auguste Rodin par de longues heures de travail d’après modèles vivants.

« Celle qui fut la belle Heaulmière » (vers 1889-1890) par Auguste Rodin – Dessin d’après la sculpture – Fusain et estompe sur papier bleu vergé filigrané – Signé et dédicacé en bas à gauche: « A Rodin / a son ami Guillemot » – Musée Rodin
À gauche : « Grande Ombre » (1902) d’Auguste Rodin – Bronze, fonte à la cire perdue par la Fonderie de Coubertin en 1977 – Musée des Beaux-Arts de Caen, en dépôt du musée Rodin (Paris) / à droite : « Apollon vainqueur du serpent Python » attribué à Giovanni Francesco Rustici (1474 – 1554?) – Bronze – Musée du Louvre

À travers la figure de l’Ombre, Rodin transpose la composition de certaines statues de Michel-Ange. Il réinvente l’anatomie du corps, le cou démesurément allongé créant ce que Rodin appelle une « console », une forme dont il attribue la paternité à Michel-Ange.

« Étude de main d’après le Moise de Michel-Ange » (vers 1560-1570) par Johan Gregor Van der Schardt – Terre cuite, modelage – Victoria & Albert Museum (Londres)

Ce fragment d’après le « Moïse » de la basilique Saint-Pierre-aux-Liens à Rome illustre la diffusion des modèles d’atelier exécutés d’après le maître. Leur circulation montre également combien leur étude a supplanté celle de la Nature et du modèle vivant pour ses contemporains.

« Le Créateur » (1885) d’Auguste Rodin – Plâtre – Musée Rodin

Chez Rodin, l’inspiration prend systématiquement la forme d’une jeune femme. Ici, une petite figure féminine souffle à l’oreille du Créateur agenouillé, qui porte la main à son front pour concentrer sa pensée.

« Quatre têtes grotesques ; deux personnages luttant : Hercule et Antée ? » (vers 1524-1526) par par Michel-Ange – Sanguine, sur esquisse sous-jacente à la pierre noire – The British Museum (Londres)

L’apparence faunesque de ces figures mi-humaines, mi-animales est une référence aux mascarons, masques grotesques et fantastiques de l’Antiquité, redécouverts à la Renaissance. Influencé par les traités de physiognomonie du XVIe siècle, le dessin étudie les traits du visage pour révéler le caractère de la personne, dont la physionomie est rapprochée de celle des animaux.

« Étude d’après le Faune de Vienne » (vers 1855-1860) par Auguste Rodin – Fusain sur papier avec filigrane à fleur de lys – Musée Rodin
« La Sculpture grecque et La Sculpture de la Renaissance » (1912) par Auguste Rodin – Terre cuite, modelage – Musée Rodin

Rodin modèle ce type de figure en guise de leçon d’histoire de l’art pour son entourage, faisant part de sa conception de la sculpture. La première, inspirée du « Doryphore » de Polyclète, illustre la clarté de l’Antique. La seconde transpose la puissance dramatique de Michel-Ange, perceptible dans la « Pietà Bandini ».

L’avènement du torse comme forme artistique constitue le noyau de cette section : alors que Michel-Ange aurait refusé de restaurer le « Torse du Belvédère », reconnaissant la complétude esthétique de cette forme fragmentaire, Rodin est le premier artiste à avoir conçu des torses comme œuvre en soi, instituant ainsi l’un des principaux sujets de la modernité en sculpture.

Non finito

Au cœur de l’exposition prend place le « non finito », esthétique emblématique des œuvres de Michel-Ange et réappropriée par Rodin: laisser perceptible les marques de l’acte créatif, démontrer que la sculpture visible n’est qu’une étape d’une forme virtuelle déjà existante.

« Le Christ en croix » (vers 1562-1563) par Michel-Ange – Bois – Casa Buonarroti (Florence)

Ce petit crucifix, longtemps considéré comme une relique, fut attribué à Michel-Ange en 1964. Le bois inachevé laisse une surface accidentée qui confère à cette figure une intensité poignante. Il témoigne d’une maîtrise anatomique précise et sans exagération du rendu des muscles.

« La main de Dieu » (vers 1896-1898) d’Auguste Rodin – Marbre. Pratique par Séraphin Soudbinine (après 1916) – Musée Rodin

La relation démiurgique à la matière est synthétisée dans « La Main de Dieu » : Rodin figure dans le marbre la main divine en train de modeler en argile les corps d’Adam et Eve.

« L’Homme et sa pensée » (vers 1889) par Auguste Rodin – Marbre taillé vers 1896 – Musées d’État, Galerie nationale (Berlin)
« La Pensée » (vers 1895) par Auguste Rodin –  Marbre taille par Victor Peter – Musée d’Orsay

Réutilisant un portrait de la sculptrice Camille Claudel (1864-1943), Rodin représente la pensée en train d’émerger. Il illustre la dialectique inhérente a toute œuvre sculptée : l’incarnation dans la matière de la pensée de l’artiste.

Corps et âmes

En choisissant le corps comme sujet central de leurs œuvres, Michel-Ange comme Rodin le perçoivent comme animé d’une vie intérieure intense. Leurs figures sont des habitacles de la pensée et du rêve, parfois aux confins de la mort. La psyché en vient à imprimer le corps lui-même et l’enveloppe charnelle devient figure de l’âme dans le Saint Barthélémy de Michel-Ange ou le Balzac d’Auguste Rodin.

« Le Penseur » (1881-1882) d’Auguste Rodin – Bronze, fonte au sable de Georges Rudier en 1967 – Musée Rodin
Détail de « Saint Jean l’Évangéliste » (vers 1550-1551) par Jacopo Sansovino (1486-1570) – Terre cuite, modelage, traces de polychromie – Musées d’Etat, Collection de sculptures (Berlin)

Les deux artistes expriment d’autres préoccupations psychiques à travers des figures endormies, le sommeil étant exploré dans sa proximité avec le rêve et la mort.

À droite : « Adonis mourant » (1565-1570) par Vincenzo de’ Rossi (1525-1587), autrefois attribué à Michel-Ange – Marbre – Musée national du Bargello (Florence)

Longtemps attribué à Michel-Ange, l’ « Adonis mourant » traduit l’ambiguïté de cet état d’abandon dans une figure d’éphèbe allongé qui semble se reposer, dans une pose contournée et sensuelle.

« Ariane » (1905) par Auguste Rodin – Marbre taillé par Louis Mathet en 1908-1911 – Musée Rodin

Ariane, fille du roi Minos, est laissée sur une île après avoir aidé Thésée dans le labyrinthe. Sa pose abandonnée est proche de celle des figures allégoriques de la chapelle des Princes, ainsi que de l’ « Ariane endormie » antique du Vatican. La figure, prévue pour représenter une femme pleurant sur un tombeau, illustre l’ambiguïté entre rêverie, sommeil et mort.

« Saint Barthélémy tenant sa dépouille, accompagné d’un autre saint, d’après Michel-Ange » (vers 1550) par Daniele da Volterra, dit Danielle Ricciarelli (vers 1509 – 1566) – Pierre noire – École nationale supérieure des Beaux-Arts de Paris
« Ugolin » (1881-1882) par Auguste Rodin – Plâtre – Musée Rodin

Dans L’Enfer, le poète italien Dante (1265-1321) raconte l’histoire du tyran de Pise, Ugolino della Gherardesca, emmuré vivant, qui dévora ses enfants morts. L’humanité semble avoir quitté le corps d’Ugolin qui rampe sur ses enfants agonisants.

« La Résurrection du Christ » (vers 1532-1533) par Michel-Ange – Sanguine – Musée du Louvre, département des Arts graphiques

Énergie et vie

Tout au long de sa carrière, Michel-Ange restitue la puissance de la vie intérieure grâce à la plasticité des volumes. Ce flux vital s’incarne également dans l’énergie émanant de certaines œuvres. Elle provoque une tension des chairs. Ces formes expriment la lutte de forces intérieures qui animent les figures, tout en conservant la puissance des volumes.
Dans son œuvre, Rodin n’a qu’un seul objectif : représenter la vie dans toute sa vérité. Il recherche pour cela à traduire l’énergie des corps. Les sculptures sont conçues comme des formes en transition, en adaptation permanente, un caractère exprimé par l’équilibre précaire figures. Ce concept d’énergie joue un rôle central pour installer définitivement Rodin à l’origine de la sculpture moderne.

« Descente de Croix » (vers 1550-1560) attribué à Danielle Ricciarelli, dit Daniele da Volterra (vers 1509 – 1566) – Terre cuite – Musée national du Bargello (Florence)

Thème iconographique déjà traité par l’artiste dans une fresque, cette sculpture souligne l’anatomie du torse du Christ et la forte musculature du personnage fragmentaire au dernier plan. Les corps enserrés semblent être traversés par un flux d’énergie qui donne à la sculpture un effet tournant.

« Homme nu, assis » (1505) par Michel-Ange – Plume, encre brune, pierre noire, estompe – Musée du Louvre, département des Arts graphiques

Ce dessin, probable étude pour un prophète du tombeau du pape Jules Il, montre un corps masculin dont la posture assise révèle un mouvement onduleux. Cette courbe est dessinée par le bras droit incurvé, et se termine par des jambes s’entrelaçant.

À gauche : « La Voix intérieure » (1896) par Auguste Rodin – Plâtre – Inscription sur le genou gauche: « Pygmalion » – Musée Rodin / à droite : « Jeune divinité fluviale accompagnée de trois putti » (1548-1549) par Pierino da Vinci (1529-1530 – 1553) – Marbre – Musée du Louvre

Pour cette sculpture, Rodin accentuée la torsion du personnage par l’absence des bras et par l’ablation du genou gauche. L’artiste voulait une figure interprétant la méditation: elle n’a donc « ni bras pour agir, ni jambes pour marcher ».

« Homme nu, debout, de face, avançant, portant sa main droite à l’épaule » (vers 1505-1506) par Michel-Ange – Plume, encre brune, traits au stylet et à la pierre noire; reprises avec une encre plus foncée (sur les jambes et autour de la taille) – Musée du Louvre

La précision du dessin du torse et de la cuisse droite reflète le travail détaillé de Michel-Ange sur l’anatomie humaine. Le torse penché en avant et la tête tournée vers l’arrière provoquent un léger déséquilibre propre à accentuer la vitalité du modèle.

À gauche : « Jeune Hercule » (vers 1545-1550) par un artiste anonyme de l’entourage de Michel-Ange – Bronze – Kunsthistorisches Museum, Kunstkammer (Vienne) / à droite : « Nu masculin penché sur un tertre » (vers 1900-1908) par Auguste Rodin – Bronze – Musée des Beaux-Arts de Lyon
Détail de « Narcisse » (vers 1563-1565) attribué à Valerio Cioli (vers 1529 – 1599) – Marbre – Victoria & Albert Museum (Londres)

Au XIXe siècle, cette œuvre était vue comme le « Cupidon » perdu de Michel-Ange. Il s’agit en réalité d’un torse antique recomposé en Narcisse par l’ajout d’une tête et d’un bras gauche. Le jeune homme est animé d’une subtile torsion dans le haut du corps.

À la terribilità michelangélesque, incarnée ici par un moulage du « Moise » provenant de la collection de l’École des Beaux-arts, répond la présence magnétique du « Balzac » de Rodin. Ces corps puissants irradient malgré leurs positions statiques, mais les deux sculpteurs ont également souvent recours au déploiement des corps dans l’espace.

À gauche : « Moïse » (1838) par Felice Adriani (actif vers 1834) d’après Michel-Ange – Moulage en plâtre d’après le marbre conservé dans la basilique Saint-Pierre-aux-Liens (Rome) – Beaux-Arts de Paris / à droite : « Auguste Rodin « Balzac monumental » (1898) par Auguste Rodin – Plâtre – Musée Rodin
« Fugit Amor » (avant 1887, pratique vers 1892-1894) par Auguste Rodin – Marbre – Musée Rodin

Issu de « La Porte de l’Enfer, » ce groupe incarne les amoureux maudits décrits par Dante, condamnés à errer sans fin sans pouvoir se toucher. Mais il s’agit aussi et surtout d’une recherche sur la représentation du mouvement. Les deux figures, pourtant par essence immobiles, semblent prises dans un élan inexorable, malgré la présence d’un important bloc traité en « non finito » à la base.

« Fils d’Ugolin, sans tête » (1904) par Auguste Rodin – Plâtre – Musée Rodin

Issu du groupe d’Ugolin, ce corps d’enfant agrippé au flanc paternel devient une œuvre autonome. Séparé du groupe initial et agrandi, il acquiert une dimension aérienne : en équilibre, il est comme suspendu dans l’espace. Détachée de son contexte tragique, la sculpture incarne une vitalité nouvelle.

« Deux hommes nus en portant un troisième debout » (vers 1504) par Michel-Ange – Pierre noire, estompe, stylet – Musée du Louvre

Sur ce dessin conservé au Louvre, deux hommes fortement musclés soulèvent avec la force de leurs bras une figure athlétique, avec un geste rappelant celui des portés des acrobates qui s’apprêtent à projeter le corps qu’ils soutiennent vers le haut. Michel-Ange dessine leurs volumes à l’aide de traits de pierre noire qui structurent les masses musculaires, modèlent les formes et les font sortir de la surface bidimensionnelle du papier. Le geste du sculpteur s’impose sur celui du dessinateur.

Commissariat

Chloé Ariot, conservatrice en chef du patrimoine, musée Rodin
Marc Bormand, Conservateur en chef du patrimoine, département des Sculptures, musée du Louvre

« Hercule et Antée » (vers 1519) par Jacopo Bonacolsi, dit l’Antico (vers 1460 – 1528) – Bronze – Kunsthistorisches Museum, Kunstkammer (Vienne)

Toutes les photographies par @scribeaccroupi.
Les textes sont issus des cartels et du dossier de presse.

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Consultez la page dédiée à l’exposition sur le site Internet du Louvre.

Exposition « Michel-Ange Rodin. Corps vivants »
15 avril – 20 juillet 2026
Musée du Louvre

[Visite privée] Exposition Henri Rousseau au musée de l’Orangerie

Exposition « Henri Rousseau, l’ambition de la peinture »
25 mars – 20 juillet 2026
Musée de l’Orangerie (Paris)

L’exposition revient sur la carrière d’Henri Rousseau (1844-1910), sa pratique picturale et ses ambitions professionnelles. Organisée en collaboration avec la Fondation Barnes à Philadelphie, elle rassemble des prêts majeurs d’institutions internationales.
Paul Guillaume, dont la collection constitue le cœur du musée de l’Orangerie, a été l’intermédiaire d’Albert Barnes pour l’achat de ses dix-huit peintures de Rousseau. Il a lui-même été un fervent collectionneur de l’artiste, ayant possédé jusqu’à cinquante œuvres de la main du peintre.

Pour cette visite privée, vous êtes accompagnés par Juliette Degennes, conservatrice du patrimoine, Musée de l’Orangerie.

« Moi-même, portrait-paysage » (1890) par Henri Rousseau (1844-1910) – Huile sur toile, 146 × 113 cm – National Gallery of Prague

« Nous sommes réunis pour célébrer ta gloire, Ces vins qu’en ton honneur nous verse Picasso, Buvons-les donc, puisque c’est l’heure de les boire En criant tous en chœur « Vive ! Vive Rousseau ! » – Guillaume Apollinaire

Si Henri Rousseau a toujours revendiqué son statut de peintre, sa trajectoire artistique n’a rien de linéaire et sa réception non plus. Il cherche à s’imposer sur la scène artistique en citant des peintres officiels, tels Jean-Léon Gérôme ou Pierre Puvis de Chavannes, mais il est pourtant considéré par la plupart de ses contemporains comme un « naïf ».
Le marchand parisien Paul Guillaume, à l’origine de la collection du musée de l’Orangerie, et le collectionneur américain Albert Barnes, figurent au premier rang de ceux qui se sont intéressés à l’artiste. Pour la première fois, grâce à une collaboration inédite, leurs œuvres dialoguent, aux côtés de toiles issues de prestigieuses collections privées et publiques internationales.

« La Carriole du Père Junier » (1908) par Henri Rousseau – Huile sur toile – Musée de l’Orangerie

Les premières commandes de Rousseau émanent d’abord de son entourage et sont les reflets de son cercle social et artistique. Il conserve ses œuvres plus intimes hors du circuit marchand, mais les envoie au Salon pour démontrer ses talents.
Depuis son autoportrait manifeste, son procédé se systématise : les figures se découpent sur un fond paysager à valeur symbolique, où les détails sont autant d’indices sur l’identité du personnage.

« La Bougie rose » (1908) par Henri Rousseau – Huile sur toile, 16,2 × 22,2 cm – The Phillips Collection (Washington)

Pour séduire une clientèle composée d’artisans, de commerçants et de petits bourgeois, Rousseau varie genres et formats et décline ses motifs les plus appréciés. Il peint sur de petites toiles, adaptées aux bourses et aux intérieurs modestes de ses amateurs.
Ces images populaires rencontrent leur public et lui permettent de survivre financièrement. Elles constituent le corpus le plus important de son œuvre, et le plus représenté dans la collection du marchand Paul Guillaume.

« Vue du quai d’Asnières », dit aussi « Le Canal et paysage avec troncs d’arbre, avril 1900 » (1902) par Henri Rousseau – Huile sur toile, 52 x 126,3 cm – The Barnes Foundation (Philadelphie)
Lettre de Paul Guillaume à Albert Barnes – 27 octobre 1924 – The Barnes Foundation (Philadelphie)
« Les Représentants des puissances étrangères venant saluer la République en signe de paix » (1907) par Henri Rousseau – Huile sur toile, 130 × 161 cm – Musée national Picasso-Paris

Tout au long de sa carrière, Rousseau cherche la reconnaissance institutionnelle. Sûr de lui, il se présente à trois reprises à des concours pour la décoration d’hôtels de ville mais il est évincé dès les premières étapes de la sélection.
Parallèlement, Rousseau s’emploie à des compositions ambitieuses. Il s’approprie les thématiques chères aux tenants de l’académisme : peinture d’histoire, genre allégorique ou portrait officiel. Envoyés au Salon des Indépendants, ces grands formats lui valent quelques articles de presse, qu’il consigne soigneusement et qu’il ne manque pas d’évoquer lorsqu’il sollicite le soutien de l’État.

Au centre de l’image : « Un soir de carnaval » (1886) par Henri Rousseau – Huile sur toile, 117,3 × 89,5 cm – Philadelphia Museum of Art
« Femme se promenant dans une forêt exotique » (vers 1910) par Henri Rousseau – Huile sur toile , 100 x 81 cm – The Barnes Foundation (Philadelphie)
Détail de « La Promenade dans la forêt » (vers 1886) par Henri Rousseau – Huile sur toile – Kunsthaus Zürich
Détail de « Rendez-vous dans la forêt » (1889) par Henri Rousseau – Huile sur toile – National Gallery of Art (Washington)

Réunies pour la première fois, quatre toiles (« La Promenade dans la forêt », « Un soir de carnaval », « Rendez-vous dans la forêt » et « Femme se promenant dans une forêt exotique ») rendent compte de l’évolution de Rousseau. Inspirées par des gravures, ces figures vêtues des costumes d’une mode passée ou de ceux de la commedia dell’arte contrastent dans le décor, progressivement enveloppées par la végétation.

Au centre de l’image : « La Cascade » (1910) par Henri Rousseau – Huile sur toile, 116,2 × 150,2 cm – The Art Institute of Chicago
« Paysage exotique avec un gorille attaquant un homme » (1910) par Henri Rousseau – Huile sur toile – Virginia Museum of Fine Arts (Richmond)
Exposition « Henri Rousseau, l’ambition de la peinture » au Musée de l’Orangerie
Détail de « Un lion ayant faim, se jette sur l’antilope » (1898-1905) par Henri Rousseau – Huile sur toile, 200 x 301 cm – Fondation Beyeler (Riehen/Basel)

Rousseau développe ces scènes de rencontres inattendues parallèlement aux succès de ses jungles. Il comprend tout l’intérêt commercial de ce répertoire particulièrement apprécié des amateurs. Alors que ses contemporains le croient imprégné des souvenirs d’un voyage au Mexique durant son service militaire, Rousseau reconnaît en 1910 n’avoir en réalité jamais quitté la France. Rousseau s’inspire tout autant des illustrations de presse, tributaires de cette imagerie, que des croquis qu’il réalise dans les galeries du Muséum national d’Histoire naturelle et les serres du Jardin des Plantes, où il observe animaux naturalisés et plantes tropicales.

« Mauvaise surprise » (1899-1901) par Henri Rousseau – Huile sur toile, 194 x 6 x 129,9 cm – The Barnes Foundation (Philadelphie)
« La charmeuse de serpents » (1907) par Henri Rousseau – Huile sur toile, 167,0 x 189,5 cm – Musée d’Orsay

Réunies pour la première fois, les toiles « Mauvaise surprise », « La Charmeuse de serpents » et « La Bohémienne endormie » surprennent par leur originalité, leur variété et leur caractère unique dans l’œuvre de Rousseau. « Mauvaise surprise », acquise par l’artiste Gabrielle Buffet puis par le Dr Albert Barnes, est aujourd’hui un des fleurons de sa fondation. « La Charmeuse de serpents » intègre la prestigieuse collection de Jacques Doucet, aux côtés des « Demoiselles d’Avignon » de Picasso. « La Bohémienne endormie », quant à elle, se trouve aujourd’hui au Museum of Modern Art de New York.

« La bohémienne endormie » (1897) par Henri Rousseau – Huile sur toile, 129,5 × 200,7 cm – The Museum of Modern Art (New York)

Commissariat de l’exposition

Christopher Green, professeur émérite au Courtauld Institute of Art, Londres
Nancy Ireson, conservatrice consultante, Fondation Barnes
Juliette Degennes, conservatrice du patrimoine, Musée de l’Orangerie

« Paysage et quatre pêcheurs à la ligne » (1909) par Henri Rousseau – Huile sur toile – The Barnes Foundation (Philadelphie)

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Consultez la page dédiée à l’exposition sur le site Internet du musée de l’Orangerie.

« Le Navire dans la tempête » (vers 1899) par Henri Rousseau – Huile sur toile – Musée de l’Orangerie

Exposition « Henri Rousseau, l’ambition de la peinture »
25 mars – 20 juillet 2026
Musée de l’Orangerie
Jardin des Tuileries
75001 Paris

« La Guerre » (vers 1894) par Henri Rousseau – Huile sur toile, 114,5 x 195 cm – Musée d’Orsay

[Visite privée] Exposition « Trésors de la Renaissance dans l’Oise » au MUDO-Musée de l’Oise

Exposition « Trésors de la Renaissance dans l’Oise. La collection de Nélie Jacquemart-André du Domaine de Chaalis »
4 mars – 31 décembre 2026
MUDO-Musée de l’Oise (Beauvais)

Au travers des collections de Nélie Jacquemart-André, l’exposition propose un parcours thématique autour d’œuvres souvent méconnues de l’art italien de la Renaissance. Une approche ludique invite aussi les visiteurs à faire appel à leurs sens pour aller au-delà de la seule découverte historique et esthétique des œuvres.

Pour cette visite privée, suivez Alexandre Estaquet-Legrand, conservateur du patrimoine et directeur du musée, et Audrey Magnan, médiatrice au MUDO-Musée de l’Oise.

Au tournant des XIIe et XIVe siècles, l’Italie n’est pas encore un territoire unifié : une mosaïque de cités États se partage le pouvoir, et chacune affirme son identité au travers de l’art. Située au cœur de la Toscane, la ville de Sienne, voisine et rivale de Pise et Florence, occupe une place singulière dans l’art des « primitifs italiens ».

« La Vierge d’humilité surmontée de la Trinité » (vers 13751380) attribué à Angelo Puccinelli (documenté à Sienne en 1380, puis à Lucques jusqu’en 1407) – Tempera sur bois – Fontaine Chaalis, Fondation Jacquemart André – Institut de France, Domaine de Chaalis

Héritiers de la tradition gothique et de l’art byzantin, les primitifs siennois en conservent le caractère solennel et certaines spécificités : fonds d’or lumineux, silhouettes élancées et gracieuses, gestes codifiés ayant pour fonction d’élever le regard du spectateur vers le sacré. Mais ces artistes visionnaires introduisent peu à peu des changements décisifs, à commencer par un nouveau regard porté sur l’anatomie humaine.

Les personnages représentés, toujours strictement empruntés à la religion, gagnent en présence et en émotion alors qu’ils étaient auparavant strictement symboliques. Les visages se nuancent, les regards s’adoucissent, les attitudes deviennent de plus en plus naturelles. Cette humanisation progressive traduit l’émergence d’une sensibilité nouvelle : les germes d’une pensée humaniste qui marquera la Renaissance classique.

« Scène de banquet : Le Festin de Job (?) » (vers 1505) attribué à Niccolo Soggi (vers 1480 – 1552) – Huile sur bois – Fontaine Chaalis, Fondation Jacquemart André – Institut de France, Domaine de Chaalis

Chez les puissants au cours de la Renaissance, la pratique du banquet est très répandue. De nombreux convives se retrouvent autour d’une large tablée pour profiter des délices d’un repas prestigieux, au son de la musique. Les convives sont placés sur un ou trois côtés de la table afin de jouir de ce spectacle proposé pendant le repas.
Sur la table, pas d’assiette mais un tailloir, ou tranchoir, c’est à dire une tranche de pain ou une plaque d’étain ou de bois. Le tailloir est souvent commun à deux convives. Certains ont leur couteau et leur cuillère en bois, en étain ou en argent pour les plus riches. Mais on mange le plus souvent avec ses doigts, comme le suggèrent les serviettes dans le tableau ci-dessus.

« Saint Jean l’Évangéliste devant la tombe de la Vierge » (vers 1480-1496) par Pietro Di Francesco Degli Orioli (1458-1496) – Tempera sur bois – Fontaine Chaalis, Fondation Jacquemart André – Institut de France, Domaine de Chaalis

Durant la Renaissance, la nature devient un modèle pour les artistes qui vont chercher à la reproduire minutieusement. Dans cet objectif, la perspective cherche à créer une illusion de profondeur et de distance dans une image plane.
La perspective linéaire (ou géométrique) s’appuie sur l’idée que tous les objets éloignés paraissent plus petits, et que des lignes parallèles appelées lignes de fuite semblent se rejoindre en un point unique, appelé point de fuite, situé sur la ligne d’horizon.
La perspective atmosphérique (ou aérienne) repose sur un traitement des couleurs visant à reproduire un effet d’optique: à mesure que l’on s’éloigne du premier plan, les couleurs bleuissent et palissent progressivement tandis que les contours deviennent de plus en plus flous.

« Le Christ et le Centurion » (vers 1570-1585) par l’entourage de Paolo Caliari, dit Véronèse (1528-1588) – Huile sur bois – Fontaine Chaalis, Fondation Jacquemart André – Institut de France, Domaine de Chaalis
« Quatre filles de la famille Bentivoglio : Camilla, Bianca, Francesca et Violante » (vers 1488) d’après Lorenzo di Ottavio Costa, dit Lorenzo Costa le vieux (1460-1535) – Huile sur toile – Fontaine Chaalis, Fondation Jacquemart André – Institut de France, Domaine de Chaalis

Dès le XVe siècle, l’émergence du portrait correspond à un élan général qui tend à une redécouverte de l’Antiquité classique, de son art et de ses codes. Ainsi, en parallèle à la représentation de fables mythologiques, des figures idéales, appelées allégories, sont inventées pour donner corps à des idées, des vertus ou des forces de la nature. Une philosophie nouvelle est en marche.

Buste de femme (vers 1550) – Gubbio (Italie) – Faience – Fontaine Chaalis, Fondation Jacquemart André – Institut de France, Domaine de Chaalis
« Adam et Ève » (vers 1600) par Domenico Robusti, dit Domenico Tintoretto (1560-1635) et atelier – Huile sur toile – Fontaine Chaalis, Fondation Jacquemart André – Institut de France, Domaine de Chaalis
« La Vierge et l’Enfant » (vers 1490) par l’atelier d’Alessandro di Mariano di Vanni Filipepi, dit Sandro Botticelli (vers 1445 – 1510) – Technique mixte sur bois – Fontaine Chaalis, Fondation Jacquemart André – Institut de France, Domaine de Chaalis

La cité de Florence voit fleurir le génie de Botticelli, qui forme très vite un atelier où ses élèves produisent des œuvres inspirées de son style et de ses compositions. Le thème de la « Vierge à l’Enfant », incarné par des figures arborant des traits de plus en plus humains, y connait un grand succès. Ici, Mère et Fils sont représentés sur un fond de paysage, dans une attitude de tendresse. La subtile mélancolie qui anime les visages pourrait renvoyer à la prise de conscience du destin qui attend l’Enfant.
Les peintures au format circulaire (tondi) sont particulièrement en vogue au cours de la Renaissance dans un contexte de dévotion privée.

« La Vierge à l’Enfant avec saint Jean-Baptiste et deux anges » (vers 1500-1510) par le Pseudo Granacci (actif à Florence entre 1490 et 1520) – Technique mixte sur bois – Fontaine Chaalis, Fondation Jacquemart André – Institut de France, Domaine de Chaalis

Le peintre figure ci-dessus la Vierge à l’Enfant accompagnés de saint Jean-Baptiste. Très prisé, le sujet s’apparente au thème de la Sainte Famille, en vogue au cours de la période.
L’œuvre est aujourd’hui attribuée à un artiste dont on ne connait pas l’identité, mais à qui on a donné un nom de convention. On retrouve dans le travail de ce peintre des caractéristiques relatives à différents artistes renommés de l’époque, notamment Domenico Ghirlandaio. Cette spécificité invite à penser que le Pseudo-Grannacci est passé par les ateliers de plusieurs maitres de la Renaissance classique.

Commissariat de l’exposition

Alexandre Estaquet-Legrand, conservateur du patrimoine et directeur du MUDO-Musée de l’Oise
Audrey Magnan, médiatrice
Véronique Palpacuer, médiatrice

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Consultez le site Internet du MUDO-Musée de l’Oise.

À gauche de l’image et dans le reflet du miroir : « Saint Jérôme lisant » (vers 1490) par Geminiano di Bongiovanni Benzoni (actif à Ferrare de 1489 à 1504) – Huile sur bois transposé sur toile – Fontaine Chaalis, Fondation Jacquemart André – Institut de France, Domaine de Chaalis

Exposition « Trésors de la Renaissance dans l’Oise. La collection de Nélie Jacquemart-André du Domaine de Chaalis »
4 mars – 31 décembre 2026
MUDO-Musée de l’Oise
1 Rue du Musée
60000 Beauvais

[Visite privée] Exposition « Dessins du Seicento » au musée Condé

Exposition « Dessins du Seicento. L’Italie du XVIIe siècle, autour des collections du musée Condé »
7 mars – 14 juin 2026
Cabinet d’arts graphiques Prince Amyn Aga Khan
Musée Condé – Château de Chantilly

L’exposition présente plus de cinquante oeuvres dont l’intégralité des dessins italiens du XVIIe siècle rassemblés à Chantilly par le duc d’Aumale. Ces dessins dialoguent avec des gravures où l’on retrouve Carrache, Guido Reni ou Jusepe de Ribera.
Plusieurs œuvres initialement attribuées à des artistes des écoles française ou flamande se sont avérées d’origine italienne, influencées par les étrangers séjournant dans la péninsule au XVIIe siècle. Van Dyck a fait place à Giovanni Benedetto Castiglione, Poussin à Giacinto Gimignani ou encore Le Lorrain à Filippo Napoletano.

Pour cette visite privée, vous êtes accompagnés par Ulysse Jardat, conservateur du patrimoine au musée Condé.

« Deux femmes se précipitant au secours de la Vierge évanouie » par Federico Barocci – Pierre noire et craie blanche – Musée Condé (Chantilly)

Annoncer le baroque : Federico Barocci

Dans les immenses retables qu’il peint, Federico Barocci (1535-1612) simplifie les formules alambiquées de la Renaissance tardive. Depuis son atelier d’Urbino, celui qu’en France on nomme « le Baroche » exporte ses compositions dans le reste de l’Italie. Elles servent de modèles aux plus grands artistes européens de l’ère baroque, du flamand Rubens au français Jouvenet.

« Figures de femmes et draperies » par Federico Barocci – Étude pour la Madonna del Popolo Pierre noire, craie blanche et traces de sanguine – Fondation Custodia (Paris)

Survivances maniéristes entre Piémont et Lombardie

« Miracle de la messe de saint Grégoire en présence d’un donateur en orant » (vers 1600-1620) par Giovanni Battista Lampugnani (1612-1653) – Plume et encre brune, lavis brun – Musée Condé (Chantilly)
« Trinité adorée par une femme agenouillée » par Giovanni Benedetto Castiglione (1609-1664) – Plume et encre brune, pierre noire et lavis brun – Musée Condé (Chantilly)

Giovanni Benedetto Castiglione, dit le Grechetto (1609-1664) naît peu de temps avant la disparition de Barocci : prolixe peintre, dessinateur, graveur et imprimeur, il se forme dans une Gênes (Ligurie) alors poreuse aux influences flamandes, d’abord de Rubens puis surtout d’Antoine Van Dyck (1599-1641).

Autrefois attribué au maître flamand, le dessin du musée Condé (ci-dessus) est pourtant emblématique du style de Castiglione, également influencé par les artistes napolitains et romains qu’il a côtoyés au milieu du siècle.

« Groupe de figures regardant une femme tenant une inscription » (vers 1640-1650) par Giovanni Benedetto Castiglione (1609-1664) – Plume et encre brune, lavis brun – Musée du Louvre, département des arts graphiques

La révolution des Carracci

« Homme drapé » par Agostino Carracci – Plume et encre brune – Collection privée

Depuis leur académie fondée à Bologne en 1588, les trois Carracci (les frères Agostino et Annibale et leur cousin Ludovico) élaborèrent un langage basé sur l’immédiateté du sentiment et le naturel de la pose, qu’ils exportèrent ensuite à Rome. Ils avaient pour principe la pratique du dessin d’après le modèle vivant mêlée à une admiration pour les formules harmonieuses des grands maîtres de la première Renaissance.

« Marie de Portugal, duchesse de Parme et de Piacenza, recevant les lettres de créance d’un membre du clergé, possiblement Andrea Avellino » (vers 1598-1600) par Agostino Carracci (1557-1602) – Plume et encre brune – Musée Condé (Chantilly)

Agostino Carracci a commencé sa carrière en gravant d’après les maîtres. Les modèles de ses gravures – Michelangelo, Correggio, Orazio Sammachini, Denys Calvaert, Antonio Campi, Federico Barocci, Paolo Veronese et Jacopo Tintoretto – lui ont permis d’acquérir une culture très ample dont il fera profiter Ludovico et Annibale ainsi que les élèves de leur académie.

« Tonneliers  » par Annibale Carracci ou Domenico Zampieri, dit il Domenichino – Plume et encre brune – Musée Condé (Chantilly)

Le dessin à la plume ci-dessus est traditionnellement attribué à Annibale Carracci. Il donne à voir une scène d’apparence humble : des hommes s’affairent autour de tonneaux. L’œuvre est représentative des scènes de la vie courante croquées par Annibale et ses nombreux émules. Toutefois, derrière sa surface profane, le sujet semble faire référence à une parabole des évangiles synoptiques, dite « du vin neuf dans de vieilles outres ».

À l’école des Carracci : Domenichino

« La Fuite en Égypte » par Domenico Zampieri, dit il Domenichino – Traces de stylet, pierre noire, plume et encre brune, lavis brun, rehauts de gouache blanche – Musée Condé (Chantilly)

C’est en s’inspirant de son maître Annibale et de sa célèbre « Fuite en Égypte » peinte au milieu d’une nature vaste considérée comme le prototype du paysage classique, que Domenichino médite la même scène dans un dessin parfois considéré comme un carton (modèle dessiné au report), conservé au musée Condé.

Dans les palais de Rome, entre paysages et marines

Projet pour un fragment de frise par Giovanni Francesco Grimaldi, dit il Bolognese – Plume et encre brune, lavis brun sur une esquisse à la pierre noire – Fondation Custodia (Paris)

C’est également dans le sillage des Carracci que Giovanni Francesco Grimaldi, dit il Bolognese (du nom de sa ville natale), fait une spécialité de la représentation de paysages aux feuillages foisonnants, qui ne sont pas sans rappeler également l’école vénitienne de la Renaissance. Il en recouvre de nombreux intérieurs d’églises ou de palais, mêlant aux décors couvrants exécutés en collaboration avec des quadraturistes (spécialistes de la représentation d’architectures illusionnistes) une végétation luxuriante.

Détail de « Paysage au pêcheur » attribué à Gaspard Dughet – Plume et encre brune – Musée Condé (Chantilly)

Longtemps considéré comme un croquis exécuté dans l’entourage des Carracci, le « Paysage au pêcheur » (détail ci-dessus) est en réalité l’œuvre de Gaspard Dughet. D’un trait de plume fugace et tourmenté, ce Romain d’adoption y livre ses premières pensées pour une salle du palais Colonna à Rome.

« Étude de la quille et de la mature d’un navire vu en contre-plongée » (vers 1620) par Filippo Napoletano (1589-1629) – Plume et encre brune, lavis brun – Musée Condé (Chantilly)

Batailles : l’affirmation d’un genre autonome

« Cavalier attaqué par un pertuisanier » (vers 1650) par un artiste du cercle de Jacques Courtois, dit le Bourguignon (1621-1676) – Plume et encre brune, lavis brun – Musée Condé (Chantilly)

Au XVIIe siècle, les représentations de mêlées guerrières s’affirmèrent comme un genre à part entière. L’archétype en était la vaste « Bataille entre les Romains et les Véiens » réalisée par le Cavalier d’Arpin au palais des Conservateurs à Rome. À travers l’Italie, ces visions de tumulte se nourrissaient également de la permanence des bas-reliefs antiques figurant sur les sarcophages, arcs de triomphe ou fragments dispersés.

Poccetti ou le récit des cloîtres

« Le miracle de l’Annonciation des Servites » par Bernardino Barbatelli, dit il Poccetti – Plume et encre brune, lavis brun, sanguine, rehauts de blanc – Musée Condé (Chantilly)

À Florence et dans les villes toscanes environnantes, Bernardino Barbatelli dit il Poccetti investit intérieurs d’églises et cloîtres par des cycles de fresques narrant différents épisodes hagiographiques. Il travaille notamment pour l’ordre monastique des Servites, dont il orne d’abord le cloître de Pistoia puis celui de Florence, préparant chaque lunette par des compositions d’ensemble et des études isolées de chaque personnage, qui révèlent une attention à la complexité des poses et à la justesse des expressions.

« Les Sept fondateurs de l’ordre des Servites se retirent villa Camarzio » (1601-1602) par Bernardino Barbatelli (1548-1612) – Plume et encre brune, lavis, sanguine, rehauts de blanc à la gouache – Collection particulière

Guercino

« Le Christ au roseau » (fin des années 1630) par Giovanni Francesco Barbieri, dit Guercino – Plume et encre brune, lavis brun – Musée Condé (Chantilly)

Peintre prolifique, Giovanni Francesco Barbieri, dit le Guerchin (1591-1666) mettait la pratique du dessin au centre de sa méthode de réflexion pour l’élaboration de ses compositions. Il est ainsi fréquent de conserver plusieurs dizaines de feuilles qui documentent les tâtonnements progressifs précédant la réalisation d’une fresque, d’un retable ou même d’une peinture de chevalet.

« La Charité » par Giovanni Francesco Barbieri, dit Guercino – Plume et encre brune, lavis brun – Musée Condé (Chantilly)

Alessandro Tiarini

Détail du « Martyre de sainte Thècle » (vers 1630) par Alessandro Tiarini (1577-1668) – Plume et encre brune, lavis gris, lavis brun, pierre noire, rehauts de blanc – Musée du Louvre

Le cavalier d’Arpin : représenter le martyr

Giovanni Baglione et les fresques du dernier maniérisme

« Présentation de la Vierge au temple » par Giovanni Baglione – Plume et encre brune, lavis – Musée Condé (Chantilly)

Le musée Condé conserve l’une des plus belles feuilles (ci-dessus) de Giovanni Baglione, artiste demeuré célèbre pour le récit biographique qu’il a laissé de nombre de ses contemporains peintres, sculpteurs et architectes romains. Il a en outre récemment été mis en lumière par son conflit ouvert avec Caravage, contre lequel il intenta de retentissants procès. Baglione fut pourtant un peintre reconnu de son temps et un dessinateur tôt recherché parmi les collectionneurs.

Giacinto Gimignani, entre Poussin et Bernini

« Le Temps découvre la Vérité » (vers 1668) par Giacinto Gimignani (1606-1681) – Plume et encre brune, lavis brun, sanguine – Musée Condé (Chantilly)

Ribera et l’exploration du supplice

« Homme nu attaché à un arbre, la tête en bas » par Giuseppe de Ribera, dit Lo Spagnoletto – Plume et encre noire, lavis brun – Musée Condé (Chantilly)

D’origine espagnole, Giuseppe de Ribera fut également tôt marqué par Caravage, dont il diffusa dans le royaume de Naples le vibrant réalisme en clair-obscur. Il fut également un fascinant graveur et dessinateur, dont le musée Condé conserve l’une des rares feuilles au sein des collections françaises. Sa pratique graphique quotidienne lui permit d’explorer avec une grande liberté d’imagination des scènes de martyr souvent atroces, parfois burlesques.

En savoir +

Consultez le site Internet du château de Chantilly.

Étude pour le personnage d’Alessio Falconieri dans « La mort d’Alessio Falconieri » (vers 1604-1612) par Bernardino Barbatelli (1548-1612) – Sanguine, craie blanche – Fondation Custodia (Paris)

Exposition « Dessins du Seicento. L’Italie du XVIIe siècle, autour des collections du musée Condé »
7 mars – 14 juin 2026
Cabinet d’arts graphiques Prince Amyn Aga Khan
Musée Condé – Château de Chantilly

 

[Exposition] « Vallotton Forever. La rétrospective » au musée cantonal des Beaux-Arts de Lausanne

Exposition « Vallotton Forever. La rétrospective »
24 octobre 2025 – 15 février 2026
Musée cantonal des Beaux-Arts de Lausanne

À l’occasion du centenaire de sa disparition, Lausanne, ville natale de Félix Vallotton (1865–1925), a proposé une grande rétrospective consacrée à l’artiste. Vous n’avez pas eu la possibilité de vous rendre sur place ? Je vous propose un aperçu en images.

L’exposition offrait un parcours chronologique et thématique qui réunissait pour la première fois toutes les facettes de la création de Vallotton : le peintre et le graveur, l’illustrateur et le dessinateur de presse. Plus de 250 pièces exposées, dont de nombreux chefs-d’œuvre issus de collections suisses et européennes, invitaient à redécouvrir un artiste majeur de la modernité.

« Autoportrait » (vers 1890) par Félix Vallotton – Crayon sur papier – Musée cantonal des Beaux-Arts de Lausanne

1. Les débuts

À seize ans, Vallotton quitte définitivement Lausanne pour Paris où, porté par le rêve de devenir peintre, il entreprend une formation artistique à l’Académie Julian. Dès 1885, il expose au Salon officiel des portraits peints dans une veine réaliste, comme son Autoportrait à l’âge de vingt ans.

« Nu assis sur un tabouret » (vers 1884) par Félix Vallotton – Huile sur toile – Collection privée (Nantes)v
« Étude de fesses » (vers 1884) par Félix Vallotton – Huile sur toile – Collection privée

Un tournant s’amorce au début des années 1890. Vallotton rallie en 1891 le Salon des indépendants, puis participe en 1892 au Salon de la Rose-Croix où il présente ses premières gravures sur bois qui attirent l’attention des Nabis. En 1893, il rejoint ce groupe de jeunes artistes, parmi lesquels Pierre Bonnard, Maurice Denis et Édouard Vuillard. Ensemble, ils militent pour un art symboliste et décoratif. Le style de Vallotton s’en trouve radicalement transformé.

« Les ballons » (1900-1902) par Félix Vallotton – Huile sur carton marouflé sur bois – Aargauer Kunsthaus (Aarau) et Fondation Gottfried Keller, Office fédéral de la culture (Berne)

2. La foule

En 1891, Vallotton se forme à la gravure sur bois auprès de l’artiste libertaire Charles Maurin. Il développe un style percutant qui repose sur la synthèse des formes et le contraste entre des aplats de noir et de blanc.

Dessins pour « Les Rassemblements » (1895 / 1902-1903) par Félix Vallotton – Crayon, encre de Chine et aquarelle sur papier – Musée cantonal des Beaux-Arts de Lausanne

À partir de 1892, la foule est son sujet privilégié. La suite de zincographies « Paris intense » réunit 222 figures dans une densité graphique inédite. L’artiste explore la même thématique et use du même langage graphique dans ses illustrations pour les journaux et pour les livres où, dès 1894, ses dessins sont reproduits par photogravure.

« Paris intense » : « Les chanteurs / Au violon / Deuxième bureau / Le monôme / L’accident / L’averse » (1893-1894) par Félix Vallotton – Gravure sur zinc – Musée cantonal des Beaux-Arts de Lausanne
« Le feu d’artifice » (1900) par Félix Vallotton – Gravure sur bois – Musée cantonal des Beaux-Arts de Lausanne

En 1896, Octave Uzanne commande à Vallotton 30 dessins sur les attroupements parisiens. Par une observation distanciée de la ville moderne, où les corps se pressent, se croisent et se bousculent, l’artiste propose une vision à la fois critique et poétique de la foule.

« Exercice d’entraînement » par Félix Vallotton – Dessin photogravé pour « Le Canard sauvage, » édition du 5 juillet 1903 – Fondation Félix Vallotton (Lausanne)

3. L’humour

L’humour de Vallotton se caractérise par son ironie. Son trait précis, son économie de moyens et ses cadrages inattendus mettent en évidence l’ambiguïté des images et l’absurdité de situations observées dans la vie quotidienne.

En 1895, pour « Nib », supplément humoristique de « La Revue blanche », ce sont les dessins de Vallotton qui précèdent et inspirent le commentaire de Jules Renard, inversant la hiérarchie traditionnelle entre texte et image. La complicité entre les deux amis se prolonge jusqu’en 1902, Vallotton devenant l’illustrateur attitré de l’écrivain.

« La loge de théâtre, le monsieur et la dame » (1909) par Félix Vallotton – Huile sur toile – Collection privée (Suisse)

4. Le spectacle

L’univers du théâtre intéresse Vallotton. Il publie des effigies de comédiennes et de comédiens. S’il lui arrive de représenter le spectacle lui-même, c’est avant tout l’effet qu’il produit sur le public qui retient son attention. Vallotton épie aussi les intrigues qui se trament loin des feux de la rampe.

« Intimités » (1897-1898) par Félix Vallotton – Gravure sur bois – Musée cantonal des Beaux-Arts de Lausanne

5. La Revue blanche

De 1895 à 1902, Vallotton est le dessinateur attitré de « La Revue blanche ». Foyer d’effervescence intellectuelle, ce périodique de sensibilité anarchiste, l’un des plus influents de la fin du XIXe siècle, défend l’avant-garde. Vallotton publie dans ses pages des petits portraits de figures littéraires ou artistiques, exécutés à l’encre de Chine, le plus souvent d’après photographie.

En novembre 1898, les éditions de « La Revue blanche » publient « Intimités », suite de dix gravures sur bois représentant des scènes de la vie amoureuse dans des appartements bourgeois. Ces planches sont l’expression la plus aboutie du style synthétique de Vallotton dans le domaine de la gravure sur bois, qu’il abandonnera bientôt.

« Le Bon Marché » (1893) par Félix Vallotton – Gravure sur bois – Musée cantonal des Beaux-Arts de Lausanne

 6. La mode

Entre 1893 et 1898, en secret et pour la revue « La Mode pratique », Vallotton exerce une activité alimentaire de dessinateur de mode qui va influencer l’ensemble de sa production. Elle lui permet de développer un véritable langage du vêtement et de l’accessoire, qui va irriguer ses gravures, illustrations, dessins de presse et peintures.

7. La répression

Sympathisant de l’anarchisme, Vallotton trouve dans la gravure sur bois un médium privilégié pour exprimer ses convictions libertaires et contribuer par l’image au combat contre les inégalités sociales. À partir de 1894, cet activisme politique migre vers le dessin de presse auquel Vallotton réserve désormais l’expression de son engagement en faveur d’une justice équitable, fondée sur l’égalité des droits.

« Femme nue, rideau vert » (1897) par Félix Vallotton – Huile sur carton – Musée cantonal des Beaux-Arts de Lausanne

8. Les intérieurs

À partir de 1896, Vallotton privilégie les scènes d’intérieur dans ses gravures sur bois. Peu après, il prend la décision de se consacrer pleinement à la peinture, sa vocation initiale. Dans les mêmes années, les représentations de femmes dévêtues se multiplient. Vallotton les observe dans leurs chambres, dans les maisons closes ou à leur toilette.

« Baigneuse au rocher » (1911) par Félix Vallotton – Huile sur toile – Stiftung für Kunst, Kultur und Geschichte (Winterthour)

9. Les nus

Vallotton peint ses premières académies durant sa formation artistique, mais il faut attendre les années nabies pour qu’il renoue avec le nu féminin alors traité sans modelé ni volume.

À partir du Salon d’automne de 1905, le nu devient son principal terrain d’expérimentation.

« Baigneuse de face, fond gris » (1908) par Félix Vallotton – Huile sur toile – Kunsthaus Glarus, Collection Glarner Kunstverein (Glaris)
« Le bain turc » (1907) par Félix Vallotton – Huile sur toile – MAH-Musée d’art et d’histoire de la Ville de Genève
« Torse de femme assise drapée de satin jaune » (1910) par Félix Vallotton – Huile sur toile – Musée d’Art moderne de Troyes
« Nu à l’écharpe verte » (1914) par Félix Vallotton – Huile sur toile – Collection du Musée des beaux-arts de La Chaux-de-Fonds

« La Blanche et la Noire » (1913) par Félix Vallotton – Huile sur toile – Winterthour, Kunst Museum Winterthur, Fondation Hahnloser / Jaeggli

Au fil des ans, Vallotton multiplie les figures féminines nues, seules ou en groupe, en intérieur ou en extérieur, allongées, assises ou debout, avec ou sans accessoires. Certaines sont exécutées directement d’après les modèles, dans un souci de vérité ; d’autres sont précédées de dessins préparatoires et s’attachent à des questions d’ordre formel. L’humour et la grivoiserie pimentent parfois ces tableaux (« Femme nue lutinant un Silène »).

« Femme nue lutinant un Silène » (1907) par Félix Vallotton – Huile sur toile – Musée cantonal des Beaux-Arts de Lausanne

« L’automne » (1908) par Félix Vallotton – Huile sur toile – Collection Mirabaud (Genève)
« Baigneuse retirant sa chemise » (1917) par Félix Vallotton – Huile sur toile – Collection Mirabaud (Genève)
« Quatre torses » (1916) – Huile sur toile – Lausanne, Musée cantonal des Beaux-Arts de Lausanne & « Rochers à marée basse » (1917) par Félix Vallotton – Huile sur toile – Musée Jenisch Vevey

10. Les paysages

Après une interruption de quelques années durant lesquelles il se consacre au nu, Vallotton renoue avec le paysage en 1909. Les séjours à Honfleur, en Normandie, où il loue une villa et passe désormais tous ses étés, jouent un rôle décisif dans le développement de sa nouvelle sensibilité.

« Hauts sommets » (1894) par Félix Vallotton – Détrempe sur carton – Musée cantonal des Beaux-Arts de Lausanne

Alors qu’ils étaient peints en plein air jusqu’en 1900, les paysages sont par la suite reconstitués de mémoire dans l’atelier de l’artiste, à partir de petits croquis saisis sur le vif dans des carnets. Rêvant « d’une peinture dégagée de tout respect littéral de la nature », d’un retour au paysage idéalisé du classicisme, Vallotton développe une méthode fondée sur la distance au motif, qui donnera naissance à ce qu’il appelle le « paysage composé« .

« Coucher de soleil, mer haute gris-bleu » (1911) par Félix Vallotton – Huile sur toile – Collection privée
Le rayon » (1909) par Félix Vallotton – Huile sur toile – Collection privée
« Vue d’Honfleur, matin d’été » (1910) – Huile sur toile – Kunst Museum Winterthur & « Derniers rayons » (1911) par Félix Vallotton – Huile sur toile – Quimper, Collection du musée des beaux-arts de Quimper

La synthèse s’affirme au fil des ans: les formes s’épurent, le contraste entre ombre et lumière s’intensifie, les couleurs éclatantes s’éloignent de la réalité. Une série de couchers de soleil aboutit à des compositions radicales, parfois réduites à la superposition de larges bandes parallèles où l’intensité chromatique produit des effets d’une grande puissance expressive.

« Coucher de soleil jaune et vert » (1911) par Félix Vallotton – Huile sur toile – Collection privée
« Le crime châtié » (1915) par Félix Vallotton – Huile sur toile – Musée cantonal des Beaux-Arts de Lausanne

11. La guerre

Vallotton est un artiste reconnu lorsqu’éclate la Première Guerre mondiale. Le 2 août 1914, l’ordre de mobilisation générale le bouleverse. Naturalisé Français en 1900, il souhaite partir au combat mais il entre dans sa cinquantième année et son engagement volontaire est refusé en raison de son âge. Cette mise à l’écart forcée l’affecte et il sombre dans la dépression.

« Verdun » (1917) par Félix Vallotton – Musée de l’Armée (Paris)

En 1917, Vallotton sollicite une mission artistique aux armées et se rend sur le front de Champagne et d’Argonne. Ce séjour lui donne un nouvel élan créatif. Avec « Verdun », toile de grand format achevée en décembre 1917, son « tableau de guerre interprété« , il atteint une synthèse picturale affranchie de toute référence littérale à la réalité. L’œuvre tranche avec les représentations contemporaines de l’enfer vécu au quotidien par les soldats.

« Environs de Cagnes le soir » (1924) par Félix Vallotton – Huile sur toile – Collection privée

12. Les dernières années

Jusqu’à la fin de sa vie, Vallotton poursuit son activité sans relâche. Le paysage, au cœur de sa peinture depuis 1909, reste son sujet de prédilection. Il en approfondit la portée synthétique, jouant sur la monumentalité des formes, la richesse des couleurs et la simplification des lignes.

« Un soir sur la Loire » (1923) par Félix Vallotton – Huile sur toile – Par l’aimable entremise de la Fondation Pierre Gianadda, Martigny
« Soir aux Andelys » (1924) par Félix Vallotton – Huile sur toile – Collection du Musée des beaux-arts de La Chaux-de-Fonds
« Paysage à Marcillac » (1925) par Félix Vallotton – Huile sur toile – Collection privée
« Marée montante, Houlgate » (1913) par Félix Vallotton – Huile sur toile – Fondation Dübi-Müller (Soleure)

À partir de 1920, l’artiste passe ses hivers dans le Midi. La lumière chaude et la douceur du climat le stimulent et illuminent sa production picturale. Chaque année, il séjourne plusieurs mois à Cagnes-sur-mer avec son épouse Gabrielle. En 1921, il note dans son Journal: « Rentré de Cagnes après quatre mois d’un séjour de rêve. J’y ai retrouvé la possibilité d’être heureux. »

« Poivrons rouges » (1915) par Félix Vallotton – Huile sur toile – Fondation Dübi-Müller (Soleure)
« Entrecôte » (1914) par Félix Vallotton – Huile sur toile – Fondation d’art (Pauline)

Commissariat de l’exposition

Catherine Lepdor, conservatrice en chef, MCBA
Katia Poletti, conservatrice de la Fondation Félix Vallotton, Lausanne
assistées de Camille de Alencastro, collaboratrice scientifique, MCBA

« Autoportrait à la robe de chambre » (1914) par Félix Vallotton – Huile sur toile – Musée cantonal des Beaux-Arts de Lausanne

Exposition « Vallotton Forever. La rétrospective »
24 octobre 2025 – 15 février 2026
Musée cantonal des Beaux-Arts de Lausanne

[Visite privée] Exposition « Étretat, par-delà les falaises » au musée des Beaux-Arts de Lyon

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Exposition « Étretat, par-delà les falaises : Courbet, Monet, Matisse »
29 novembre 2025 – 1er mars 2026
Musée des Beaux-Arts de Lyon

Le musée des Beaux-Arts de Lyon, en partenariat avec le Städel Museum de Francfort, présente une exposition consacrée aux représentations d’Étretat, prenant appui sur quatre œuvres majeures conservées dans les collections des deux institutions, toutes réalisées à Étretat : deux « Vagues » de Gustave Courbet et deux peintures de Claude Monet. Ces œuvres témoignent de l’importance de ce village de la côte normande dans l’élaboration de nouveaux langages picturaux au fil du XIXe siècle.

Pour cette visite privée, vous êtes accompagnés par Stéphane Paccoud, conservateur en chef du patrimoine, chargé des peintures et des sculptures du XIXe siècle, au musée des Beaux-Arts de Lyon.

Exposition « Étretat, par-delà les falaises : Courbet, Monet, Matisse » – Musée des Beaux-Arts de Lyon

Étretat est longtemps demeuré inconnu des artistes. Ce modeste village de pêcheurs est difficile d’accès, faute de route carrossable aménagée, et les côtes normandes n’attirent de manière générale guère les peintres avant le XIXe siècle. La mer a suscité davantage de crainte que d’admiration, jusqu’à ce que l’influence cumulée du goût pour la science introduit par les Lumières et de la fascination pour la notion de sublime du romantisme naissant ne provoquent un basculement.

« Plage à marée basse » (1833) par Eugène Isabey (1803-1886) – Musée du Louvre

Si l’une des plus anciennes représentations d’Étretat remonte à la fin du XVIIIe siècle, il faut attendre les années 1820 pour que, peu à peu, les premiers artistes s’y installent. Le peintre de marines Eugène Isabey est réputé être pionnier parmi eux. Il est assez vite suivi de nombreux autres artistes, français ou étrangers, comme Johann Wilhelm Schirmer, Eugène Delacroix et Camille Corot.

« Falaise à Étretat » (1836) de Johann Wilhelm Schirmer (1807-1863) – Staatliche Kunsthalle Karlsruhe
Exposition « Étretat, par-delà les falaises : Courbet, Monet, Matisse » – Musée des Beaux-Arts de Lyon
« Élisabeth Stumpf et sa fille Madeleine » (1872) par Camille Corot (1796-1875) – The National Gallery of Art (Washington)

À l’arrivée des premiers artistes, la pêche est la principale activité d’Étretat. L’absence d’un port oblige à échouer les bateaux sur la plage, au retour de leurs sorties en mer, à l’aide de cabestans, par de délicates manœuvres. Ces treuils deviennent des éléments incontournables des représentations d’Étretat, tout comme les caloges, bateaux hors d’usage recouverts d’un toit de chaume pour stocker le matériel de pêche.

« Le Halage d’un canot, souvenirs de la plage d’Étretat » (1856) par Eugène Le Poittevin (Eugène Poidevin, dit) (1806-1870) – Collection particulière

Eugène Le Poittevin est le premier artiste à faire construire une villa pour s’implanter durablement sur place. Il côtoie les pêcheurs, dont il saisit la vie quotidienne dans des scènes de genre qu’il expose dans les Salons parisiens. Il est aussi le témoin des débuts du tourisme, avec l’apparition des bains de mer.

Détail de « Bains de mer à Étretat » (vers 1866) par Eugène Le Poittevin (Eugène Poidevin, dit) (1806-1870) – Musée des Beaux-Arts et d’Archéologie (Troyes)
« Jeune fille d’Étretat » (1869) par Hugues Merle (1822-1881) – Collection de Fred et Sherry Ross (États-Unis)
Exposition « Étretat, par-delà les falaises : Courbet, Monet, Matisse » – Musée des Beaux-Arts de Lyon

Le succès des « paysages de mer » que Gustave Courbet peint en Normandie dès 1865 conduit l’artiste à séjourner plusieurs semaines à Étretat à la fin de l’été 1869. La vogue croissante du site auprès du public et des amateurs d’art lui assure de pouvoir vendre facilement sa production, à une période où il connaît des difficultés financières.

« La Falaise d’Étretat, après l’orage » (1869-1870) par Gustave Courbet (1809-1877) – Musée d’Orsay
« La Vague » (vers 1869-1870) de Gustave Courbet – Musée des Beaux-Arts de Lyon

« De temps en temps il allait appuyer son visage à la vitre et regardait la tempête. » – Guy de Maupassant à propos de sa rencontre avec Gustave Courbet

« N° 5 – Étretat, cabestan » (vers 1862) par Alphonse Davanne (1824-1912) – Bibliothèque nationale de France, département des Estampes et de la Photographie

Alors que le procédé est encore récent, Étretat devient très tôt l’objet de prises de vues par les pionniers de la photographie sur papier, dès le début des années 1850. Les auteurs ne sont pas des professionnels, mais des aristocrates ou des bourgeois fortunés, en villégiature, passionnés par ce nouveau médium dont ils souhaitent explorer les potentialités.

« Le Déjeuner » (1868-1869) de Claude Monet – Städel Museum (Francfort-sur-le-Main)

Claude Monet est familier de la côte normande pour avoir passé son enfance au Havre. Il séjourne à Étretat dès les années 1860, alors qu’il n’est âgé que d’une vingtaine d’années, réalisant de premières études sur le motif. Durant l’hiver 1868-1869, il loue même une maison avec sa famille et travaille à des paysages amorçant les recherches qui aboutiront à l’impressionnisme. Sa réalisation la plus ambitieuse est toutefois une scène d’intérieur, « Le Déjeuner », qu’il souhaite présenter au Salon parisien et qui rompt avec les conventions par son format.

Exposition « Étretat, par-delà les falaises : Courbet, Monet, Matisse » – Musée des Beaux-Arts de Lyon
« Étretat, mer agitée » (1883) de Claude Monet – Musée des Beaux-Arts de Lyon

Pressé par son marchand Paul Durand-Ruel de lui fournir des œuvres et contraint par un besoin d’argent, Claude Monet décide en 1883 de se rendre à nouveau à Étretat. Il va renouveler ce séjour chaque année jusqu’en 1886, privilégiant plutôt l’automne ou l’hiver afin d’éviter la foule des estivants. Il crée un ensemble de près de quatre-vingts toiles, auxquelles s’ajoutent des pastels, qui explorent principalement le motif des falaises.

« Étretat, la Manneporte » (1885-1886) de Claude Monet (1840-1926) – The Metropolitan Museum of Art (New York)
« Étretat, l’Aiguille et la Porte d’Aval » (1885) de Claude Monet (1840-1926) – Clark Art Institute (Williamstown)
« Jeunes femmes contemplant la falaise d’Amont, Étretat » (1904) par Maurice Denis (1870-1943) – Collection Emmanuel et Georgina Moatti (Londres)

Les dernières années du siècle introduisent une grande variété de regards sur Étretat, qui viennent renouveler les approches plastiques. Félix Vallotton, qui séjourne dans le village pour son voyage de noces en 1899, concentre en revanche son regard sur les estivants et les baigneurs. Ses compositions aux couleurs éclatantes, préparées par des clichés photographiques sur le vif, traduisent avec humour la société de son temps.

« Quatre Baigneurs à Étretat » par Félix Valotton – Bailly Gallery (Genève)
Exposition « Étretat, par-delà les falaises : Courbet, Monet, Matisse » – Musée des Beaux-Arts de Lyon
« Intérieur, Étretat » (1920) par Henri Matisse – Museum Berggruen, Neue Nationalgalerie (Berlin)

Henri Matisse séjourne à deux reprises à Étretat durant l’été 1920, réalisant sur place plus de quarante peintures et de nombreux dessins aux sujets variés. À la mi-juin, le peintre accompagne tout d’abord sa fille Marguerite, convalescente à la suite d’une opération, afin qu’elle puisse prendre du repos.

Exposition « Étretat, par-delà les falaises : Courbet, Monet, Matisse » – Musée des Beaux-Arts de Lyon
« La Roche percée (Étretat, la Porte d’Amont) » (1920) par Henri Matisse (1869-1954) – The Baltimore Museum of Art

Commissariat de l’exposition

Alexander Eiling, responsable de la collection d’art moderne, Städel Museum, Francfort-sur-le-Main
Stéphane Paccoud, conservateur en chef, chargé des peintures et des sculptures du XIXe siècle, musée des Beaux-Arts de Lyon
Isolde Pludermacher, conservatrice générale, peintures, musée d’Orsay
Eva-Maria Höllerer, conservatrice, département d’art moderne, Städel Museum, Francfort-sur-le-Main
– assistés de Nelly Janotka

Commissariat pour l’étape de Lyon
– Stéphane Paccoud
– Isolde Pludermacher

« Étretat, l’Aiguille et la Porte d’Aval » (1885) de Claude Monet – Collection particulière

En savoir +

Consultez la page dédiée à l’exposition sur le site Internet du musée des Beaux-Arts de Lyon.

« Étretat, sortie de bateaux de pêche » (1886) de Claude Monet (1840-1926) – Musée des Beaux-Arts de Dijon

Exposition « Étretat, par-delà les falaises : Courbet, Monet, Matisse »
29 novembre 2025 – 1er mars 2026
Musée des Beaux-Arts de Lyon
20 Place des Terreaux
69001 Lyon

« Homme en blouse », dit « Le Père Magloire sur le chemin de Saint-Clair à Étretat » (1884) de Gustave Caillebotte (1848-1894) – Collection particulière

[Visite privée] La collection Antoine Béal au musée des Beaux-Arts d’Orléans

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Exposition « L’art de transmettre. La collection Antoine Béal »
15 novembre 2025 – 17 mai 2026 (prolongation)
Musée des Beaux-Arts d’Orléans

Collectionneur discret à l’affût de tableaux qui pourraient rencontrer ses goûts, arpentant salles des ventes et galeries, Antoine Béal vit au milieu des oeuvres d’art dont nombre a déjà été donné en pleine propriété ou sous réserve d’usufruit aux collections publiques françaises.
Pour la première fois, sa collection est révélée au public dans son intégralité, levant le voile sur une personnalité au service des arts. En soixante tableaux, un pan actuel de l’histoire des musées (Amiens, musée du Louvre, Lyon, Montpellier, Montargis, Orléans, Rennes, Strasbourg) se raconte au gré des passions d’un collectionneur qui, depuis des décennies, a mis son nom aux côtés de ceux qui ont fait l’histoire des collections françaises.

Pour cette visite privée, vous êtes accompagnés par Olivia Voisin, directrice du musée des Beaux-Arts d’Orléans, et d’Antoine Béal, collectionneur et mécène des musées français.

« Le Jeune Gaston, dit l’Ange de Foix » (1838) par Claudius Jacquand (1803-1878) – Paris, collection Antoine Béal, don sous réserve d’usufruit au musée du Louvre

« J’ai toujours tellement aimé les musées, je m’y suis construit et j’y vis de grands bonheurs, c’était la destination la plus heureuse pour les tableaux que j’ai réunis. » – Antoine Béal

Exposition « L’art de transmettre. La collection Antoine Béal » – Musée des Beaux-Arts d’Orléans

Le don sous réserve d’usufruit permet à un donateur d’offrir une œuvre à un musée tout en conservant la jouissance de l’objet. L’œuvre est dès lors inscrite sur l’inventaire et fait l’objet d’un suivi par les équipes scientifiques, mais elle demeure chez le donateur jusqu’à la date de son choix.
Alors que depuis quelques années Antoine Béal avait décidé de ne plus acheter que des oeuvres qui, par leur intérêt historique et leur qualité picturale, pourraient trouver à sa mort leur place dans des musées, une conservatrice du Louvre lui fait découvrir ce dispositif, qui lui ouvre une nouvelle perspective. En 2006, il fait son premier don sous réserve d’usufruit.

« Le Mariage de la Vierge » (vers 1650) par Jacques Stella (1596-1657) – Paris, collection Antoine Béal
« Le Martyre de saint Laurent » (vers 1640-1644) – Monogrammiste JAD, identifié à Jacques de l’Ange (actif à Anvers en 1633) – Paris, collection Antoine Beal
Tableau au centre de l’image : « Bellone appelle Mars au combat en lui remettant les rênes de ses chevaux » (vers 1795-1796) par Louis Jean François Lagrenée (1725-1805) – Paris, collection Antoine Béal, don sous réserve d’usufruit au musée de Picardie d’Amiens
« La Flagellation du Christ » (vers 1730-1731) par Pierre Subleyras (1699-1749) – Paris, collection Antoine Béal

Futur juriste, Antoine Béal développe enfant, au contact des musées, une curiosité vive pour cette peinture ancienne qui le stimule et le fascine. Par noms, par écoles, à la façon d’un centre de documentation, il classe les images glanées dans les revues et se forge sans le réaliser une connaissance solide des fondements de l’histoire de l’art. Adolescent, il est passionné par les grands maîtres, les Hollandais, les Français, les Italiens, du XVIe au XIXe siècle.
Une habitude prise dès l’enfance ne saurait disparaître et la joie de parcourir les musées se prolonge à l’âge adulte, dans une période où les expositions connaissent une croissance inédite et un âge d’or permettant plus facilement qu’aujourd’hui de réunir l’œuvre entier d’un artiste. Celles qu’organise Pierre Rosenberg révèlent au grand public les XVIIe et XVIIIe siècles français dont il est spécialiste. Une génération entière de visiteurs est bercée par ce « goût Rosenberg » : Poussin, Restout, Chardin, Subleyras, La Hyre, Cretey…

« Le Repos de la Sainte Famille en Égypte » (vers 1792) par Louis Gauffier (1762-1801) – Paris, collection Antoine Béal
« Childéric et Basine » (1822) par Charles Moench (1784-1867) – Paris, collection Antoine Béal

Qu’auraient été les collections françaises si elles avaient bénéficié de l’extraordinaire collection de Richard Wallace (1818-1890), joyau perdu des musées français lorsque sa veuve la donne à la Grande-Bretagne ? Ses Delaroche restent un idéal de beauté pour Antoine Béal qui aime l’idée de partager avec lui un goût immodéré pour un XIXe longtemps peu exposé dans les musées et vers lequel il a glissé jusqu’à le placer au sommet. Son irrépressible passion pour la peinture de genre historique romantique, qui se croise chez lui dans les tableaux d’artistes aujourd’hui peu connus du grand public et qu’il a appris à connaître en suivant le marché de l’art.

« Herculanum et Pompéi » (vers 1829) par François Edouard Picot (1786-1868) – Paris, collection Antoine Béal
« L’Obole de la veuve » (1840) par François-Joseph Navez (1787-1869) – Paris, collection Antoine Béal, don sous réserve d’usufruit au musée des Beaux-Arts d’Orléans
Détail de « L’Obole de la veuve » (1840) par François-Joseph Navez (1787-1869) – Paris, collection Antoine Béal, don sous réserve d’usufruit au musée des Beaux-Arts d’Orléans

En 2015, « L’Obole de la veuve » de François-Joseph Navez confirme ce « goût Antoine Béal » et l’impose comme un amateur courageux, au goût bien personnel. Quelques minutes avaient suffi, le soir du vernissage du salon Paris Tableau, pour réserver le tableau : grande concession financière, vaste format qui allait prendre une partie de l’appartement, il était aussi d’une beauté qui ne laissait pas la place à l’hésitation et pouvait lui échapper à tout instant. Sa dimension muséale le destinait à une grande collection XIXe, c’est à Orléans qu’il l’a offert pour mieux souligner une communauté de goût avec Eudoxe Marcille, collectionneur et grand directeur du musée d’Orléans de 1870 à 1890 et ses successeurs.

« Odalisque » (vers 1840-1845) par Francsco Hayez (1791-1882) – Paris, collection Antoine Béal
« Italiennes à la fontaine » (1838) par Philippe Jacques Van Bree (1786- 1871) – Paris, collection Antoine Béal
« La Toilette de Psyché dans le palais de l’Amour » (vers 1823) par Joseph Paelinck (1781-1839) – Paris, collection Antoine Béal
« Le Christ et la Samaritaine » (1837) par Théodore Caruelle d’aligna (1798-1871) – Paris, collection Antoine Béal

L’exposition « Paysages d’Italie » au Grand Palais en 2001 avait fortement frappé Antoine Béal, comme tous les visiteurs, qui découvraient le voyage en peinture auquel invitaient les peintres partis saisir au XIXe siècle la lumière du Sud. Si nombre des tableaux achetés à la suite, dans cette période de premier développement de la collection, ont été revendus depuis, pour en acquérir d’autres et leur laisser de la place, l’Italie n’a jamais disparu de ses préoccupations, évoluant simplement vers d’autres genres que le paysage et vers des artistes auxquels il s’est attaché au gré des visites de musées. 

« Personnages se recueillant sur la tombe de Charles X à Goritza » (1837) par Lancelot-Théodore Turpin de Crissé (1782–1859) – Paris, collection Antoine Béal

Le goût pour la peinture a pris un tour intellectuel avec le temps, remplaçant la séduction immédiate d’une esquisse par le plaisir d’un sujet complexe et abouti. De ces peintures savantes, Antoine Béal a tiré une sympathie pour les artistes du XIXe siècle qui ont œuvré dans le champ de la peinture d’histoire, dans une veine romantique ou académique.

« En Orient la charité d’une moniale » (1854) par Claudius Jacquand (1804-1878) – Paris, collection Antoine Béal
Séries de tableaux par Joseph-Nicolas Robert-Fleury (1797-1890) – Paris, Collection Antoine Béal

Commissariat de l’exposition

Olivia Voisin, directrice du musée des Beaux-Arts d’Orléans

« Saint Jean Baptiste prêche dans le désert » (1840) par Henri-Frédéric Schopin (1804-1880) – Paris, collection Antoine Béal

En savoir +

Consultez la page dédiée à l’exposition sur le site Internet du musée des Beaux-Arts d’Orléans.

« Un couple de jeunes grecs, dit également Acis et Galathée » (1860) par Gustave Boulanger (1824-1888) – Paris, collection Antoine

Exposition « L’art de transmettre. La collection Antoine Béal »
15 novembre 2025 -17 mai 2026 (prolongation)
Musée des Beaux-Arts d’Orléans
1 Rue Fernand Rabier
45000 Orléans

Exposition « L’art de transmettre. La collection Antoine Béal » – Musée des Beaux-Arts d’Orléans

[Visite privée] Exposition Pekka Halonen au Petit Palais

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Exposition « Pekka Halonen. Un hymne à la Finlande »
4 novembre 2025 – 22 février 2026
Petit Palais – Musée des Beaux-Arts de la Ville de Paris

Pekka Halonen (1865-1933) est l’une des figures majeures de l’âge d’or de la peinture finlandaise. Comme son aîné Albert Edelfelt (1854-1905) et son grand ami Akseli Gallen-Kallela (1865-1931), Pekka Halonen complète sa formation à Paris. C’est auprès de Paul Gauguin qu’il trouve sa voie et forge son idéal : chanter l’âme de la Finlande, à travers ses paysages et ses traditions ancestrales, et vivre son art en adéquation avec ses engagements.

Pour cette visite privée, vous êtes accompagnés par Annick Lemoine, conservatrice générale, directrice du Petit Palais, et Anne-Charlotte Cathelineau, conservatrice en chef du patrimoine au Petit Palais.

« Autoportrait » (années 1890) par Pekka Halonen – Musée Halosenniemi (maison de Pekka Halonen) / Musée d’Art de Tuusula (Finlande)

« La source originale de mon inspiration est la nature. Depuis trente ans, je vis au même endroit avec la forêt à mes pieds. J’ai souvent pensé que j’avais le Louvre ou les plus grand. » – Pekka Halonen (Journal « Svenska Pressen », le 5 mai 1932)

« Les Faucheurs » (1891) de Pekka Halonen – Collection particulière
« Autoportrait » (1893) par Pekka Halonen – Musée d’Art de l’Ateneum, galerie nationale de Finlande (Helsinki)

Après une formation à l’École des Beaux-Arts d’Helsinki, Pekka Halonen part à Paris, où il devient l’élève de Paul Gauguin. Il effectue plusieurs séjours entre la France et la Finlande jusqu’en 1894. À Paris, il fréquente d’autres artistes finlandais de sa génération, tels que Akseli Gallen-Kallela, Magnus Enckell ou Eero Järnefelt, avec lesquels il partage réflexions et expérimentations.

« Pekka Halonen jouant du kantele » (1891) par Eero Järnefelt (1863-1937) – Musée d’Art, collection Martti Airio (Mikkeli, Finlande)
« Le Violoniste » (1900) par Pekka Halonen – Ateneum Art Museum (Helsinki)

En 1900, Pekka Halonen est invité à participer à l’Exposition universelle de Paris. Pour la première fois, la Finlande y est représentée par son propre pavillon, affirmant ainsi son existence en tant que nation autonome. Cette participation revêt une importance considérable pour le peuple finlandais dans un climat de forte tension avec la Russie.

À gauche : « Le Chasseur de lynx » (1900) par Pekka Halonen – Ateneum Art Museum (Helsinki)
« Pionniers en Carélie » (1900) par Pekka Halonen – Ateneum Art Museum (Helsinki)
À droite : « Un dimanche à la ferme » (1894) par Pekka Halonen – Musée Halosenniemi (maison de Pekka Halonen) / Musée d’Art de Tuusula (Tuusula, Finlande)

Son œuvre s’inscrit dans le sillage du romantisme national et du carélianisme, un mouvement artistique et intellectuel exaltant les paysages et les traditions locales dans un contexte de tensions croissantes avec la tutelle russe. Ses tableaux y deviennent les symboles d’un mode de vie finlandais idéalisé et ses paysages se chargent peu à peu d’une dimension identitaire.

« À la rencontre de l’ennemi » (1896) par Pekka Halonen – Kemira Oyj (Helsinki)
« Homme goudronnant un bateau Il » (1908) par Pekka Halonen – Musée d’Art, collection de la Ville de Tampere (Tampere, Finlande)

Après plusieurs voyages en France et en Italie, Pekka Halonen choisit de s’installer au bord du lac de Tuusula, au sud du pays. Dans son atelier, il peint des scènes domestiques baignées de lumière, s’inspirant notamment du jardin qu’il entretient et dont il fait le motif de nombreuses compositions.

Au centre : « Autoportrait » (1906) par Pekka Halonen – Ateneum Art Museum (Helsinki)
À gauche : « Crue de printemps » (1895) par Pekka Halonen – Musée d’Art, collection Arla Cederberg (Jœnsuu, Finlande)
Au centre : « Bosquet de bouleaux » (1908) par Pekka Halonen – Collection particulière
« Grand pin de Kotavuori » (1916) par Pekka Halonen – Ateneum Art Museum (Helsinki)

Passionné par le cycle des saisons, Pekka Halonen excelle à restituer la poésie des paysages finlandais, en particulier la blancheur lumineuse des hivers. Il s’impose ainsi comme le grand peintre de la neige.

« Bouleaux sous le soleil d’hiver » (1912) par Pekka Halonen – Collection particulière (Helsinki)
« Paysage d’hiver, Kinahmi » (1923) par Pekka Halonen – Ateneum Art Museum (Helsinki)
« Premières neiges » (1931) par Pekka Halonen – Collection particulière (Helsinki)

Cette exposition est organisée en collaboration avec le Musée d’art de l’Ateneum – Galerie nationale de Finlande (Helsinki).

« Jeune Fille skiant » (vers 1910) par Pekka Halonen – Collection particulière

Commissariat de l’exposition

Annick Lemoine, conservatrice générale, directrice du Petit Palais
Anna-Maria von Bonsdorff, directrice du Musée d’art de l’Ateneum – Galerie nationale de Finlande (Helsinki)
Anne-Charlotte Cathelineau, conservatrice en chef du patrimoine au Petit Palais

En savoir +

Consultez la page dédiée à l’exposition sur le site Internet du Petit Palais.

Exposition « Pekka Halonen. Un hymne à la Finlande »
4 novembre 2025 – 22 février 2026
Petit Palais – Musée des Beaux-Arts de la Ville de Paris
Avenue Winston-Churchill
75008 Paris

« Rochers couverts de glace et de neige » (1911) par Pekka Halonen – Ateneum Art Museum (Helsinki)

[Visite privée] Exposition « Chine. Empreintes du passé » au musée Cernuschi

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Exposition « Chine. Empreintes du passé. Découverte de l’antiquité et renouveau des arts. 1786-1955 »
7 novembre 2025 – 4 mars 2026
Musée Cernuschi (Paris)

En Chine, les lettrés de la dynastie Qing sont les héritiers d’une tradition de collectionneurs qui ont fait de l’étude des vases rituels et des stèles antiques une véritable science. Le principal instrument utilisé dans leurs collectes est l’estampage encré. En cet âge pré-photographique, l’estampage est un vecteur capital de reproduction et d’étude des vestiges du passé, dont la diffusion est assurée par le livre illustré. Les signes et formes archaïques vont inspirer des œuvres dont la modernité repose alors sur l’association inédite entre calligraphie, peinture et estampage.

Pour cette visite privée, vous êtes accompagnés par Éric Lefebvre, directeur du musée Cernuschi et co-commissaire de cette exposition.

Portes en pierre avec un motif de deux tigres affrontés (entre 25 et 220) – Chine – Dynastie des Han – Musée Cernuschi

Estampage du mur sud de la deuxième chambre du Wu Liang ci – Fin de la dynastie Qing (1644-1912) – Encre de cinabre sur papier – Musée Cernuschi

L’estampage encré, outil de reproduction et de transmission

Le principal instrument utilisé par les lettrés dans leurs collectes était l’estampage encré. Cette technique consiste à appliquer sur les stèles des feuilles de papier humides qui épousent creux et reliefs avant de les recouvrir d’une couche d’encre qui permet de révéler le détail des graphies.
Cette méthode d’abord utilisée pour conserver textes et inscriptions va progressivement être utilisée pour transmettre l’image de bas-reliefs historiés, de sculptures, et même de vases rituels dans leurs trois dimensions. En cet âge pré-photographique, l’estampage était un vecteur capital de reproduction et d’étude des vestiges du passé, dont la diffusion était assurée par le livre illustré.

Vase Ding. Dynastie des Zhou de l’Ouest (1046-771 av. J.-C.) – Bronze – Musée Cernuschi

« Baisuitu » [Image de la longévité centenaire] (1831) par Liuzhou (1791-1858) – Dynastie Qing (1644-1912) – Encre sur papier – Musée Provincial du Zhejiang

Qin Han wadang wenzi [Motifs et caractères sur les embouts de tuile Qin et Han] (1787) par CHENG DUN (actif entre 1787 et 1794) – Dynastie Qing (1644-1912) – Impression sur papier – Paris, bibliothèque de l’Institut national d’histoire de l’art, collections Jacques Doucet

L’estampage comme source d’inspiration artistique

Porteurs d’une vision esthétique, ces estampages, deviennent dans un second temps des objets de collection. Ils vont inspirer des créations inédites : formes simples et graphies primitives ainsi révélées vont révolutionner tous les arts lettrés, calligraphie, peinture et gravure de sceaux. Les peintres en particulier, font de l’estampage le support même de leur création.

Estampage du couvercle d’un vase de type hu et peinture florale (1847) par LIUZHOU (1791-1858) – Dynastie Qing (1644-1912) – Encre et couleurs sur papier – Musée provincial du Zhejiang

Détail d’une paire de peintures bapo [huit brisés] (1910) de LIU SHIQUAN STA (actif fin XIXe – début XXe siècle) – Dynastie Qing (1644-1912) – Encre et couleurs sur papier – Musée Cernuschi
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« A propos du Ciel, de la Terre et de l’Humanité » (1954-1955) par HUANG BINHONG黃賓虹(1865 1955)- Encre sur papier – Musée provincial du Zhejiang

Une esthétique nouvelle dans les arts décoratifs

Finalement et progressivement, les arts décoratifs sont également gagnés par les motifs fragmentaires, l’esthétique de l’empreinte et du collage : l’univers des collectionneurs antiques se trouve transposé dans la culture matérielle des grands centres urbains de l’ère moderne.

Commissariat de l’exposition :

Éric Lefebvre, directeur du musée Cernuschi
Wang Yifeng, conservateur du musée provincial du Zhejiang

Photographies de Edouard Chavannes (1865-1918) – Fac-similés de tirages numériques d’après un négatif au gélatino-bromure d’argent sur plaque de verre – Musée Guimet

En savoir +

Consultez le site Internet du musée Cernuschi.

Portrait de Wu Changshuo (1923) par PAN TIANSHOU (1897 1971) et ZHU WENYUN (1895-1939) – Encre, fusain et couleurs sur papier – Musée provincial du Zhejiang

Exposition « Chine. Empreintes du passé. Découverte de l’antiquité et renouveau des arts. 1786-1955 »
7 novembre 2025 – 4 mars 2026
Musée Cernuschi
7, avenue de Vélasquez
75008 Paris

« Le moine Liuzhou examinant une lampe antique » (1837) – Estampage et peinture – Musée Provincial du Zhejiang

[Visite privée] Exposition Rosso et Primatice aux Beaux-Arts de Paris

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Exposition « Rosso et Primatice : Renaissance à Fontainebleau »
21 octobre 2025 – 1er février 2026
Cabinet d’arts graphiques
Beaux-Arts de Paris

À travers une sélection d’une cinquantaine d’œuvres, cette exposition met en valeur le fonds de dessins et d’estampes de l’École de Fontainebleau conservé aux Beaux-Arts de Paris. Elle permet de (re)découvrir l’art de la maniera qui s’est développé au château de Fontainebleau et s’est ensuite diffusé en France sous l’impulsion de Rosso Fiorentino et Francesco Primatice.

Pour cette visite privée, vous êtes accompagnés par Hélène Gasnault et Giulia Longo, respectivement conservatrice des dessins et conservatrice des estampes et photographies aux Beaux-Arts de Paris.

« Pandore libérant les fléaux de sa boîte » par Giovanni Battista di Jacopo, dit Rosso Fiorentino (1494-1540) – Beaux-Arts de Paris

« Le Sacrifice » par un artiste anonyme d’après Rosso Fiorentino – Beaux-Arts de Paris
« Jeune Homme nu, assis à terre, appuyé sur le bras droit et tenant une draperie de la main gauche » par Primatice – Beaux-Arts de Paris

Sur le chantier de Fontainebleau, artistes italiens, français et flamands s’inscrivent dans un dialogue créatif constant, partageant modèles, techniques artistiques et traditions respectives. Peintres, sculpteurs, architectes et graveurs collaborent étroitement, échangeant formes, motifs et savoir-faire.
Ce brassage artistique engendre en peu de temps une révolution esthétique majeure dans l’art français, marquée par une laïcisation des iconographies par le biais de l’Antiquité et des maîtres modernes, et par la diffusion de formes et procédés novateurs, comme la technique de l’eau-forte, qui redéfinissent les paradigmes de l’art européen.

« Le Banquet d’Alexandre » par Domenico Fiorentino (vers 1506? – 1565) d’après Primatice
« Le Concert des dieux » par Primatice – Beaux-Arts de Paris
« Le Nil » par Primatice – Beaux-Arts de Paris
« La Bataille des Tupimamba » par le Maître de l’Histoire de Cadmus d’après Luca Penni – Beaux-Arts de Paris
« Squelettes et écorchés » par Domenico Fiorentino d’après Rosso Fiorentino – Beaux-Arts de Paris
« Pyramide de cinq hommes » par Juste de Juste – Beaux-Arts de Paris

L’exposition se concentre sur les années 1542-1547 pour les gravures, à quelques exceptions près, et les années 1530 à 1560 pour les dessins. Elle présente les œuvres réalisées pour les décors du château de Fontainebleau par Rosso et Primaticcio, ainsi que les estampes produites sur le chantier par des artistes de leur entourage.

« Scène de bataille antique inspirée de la Colonne Trajane » par l’entourage de Primatice – Beaux-Arts de Paris
« Une nymphe chasseresse s’éloignant de six satyres » par Primatice et atelier – Beaux-Arts de Paris

Commissariat de l’exposition

– Hélène Gasnault, conservatrice des dessins aux Beaux-Arts de Paris
Giulia Longo, conservatrice des estampes et photographies aux Beaux-Arts de Paris

En savoir +

Consultez le site Internet des Beaux-Arts de Paris.

Exposition « Rosso et Primatice : Renaissance à Fontainebleau »
21 octobre 2025 – 1er février 2026
Cabinet d’arts graphiques
Beaux-Arts de Paris
14 Rue Bonaparte`
75006 Paris

[Visite privée] Exposition « De Manet à Kelly, l’art de l’empreinte » à la Fondation Gianadda

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Exposition « De Manet à Kelly, l’art de l’empreinte. Collections de l’Institut national d’histoire de l’art, Paris »
12 décembre 2025 – 14 juin 2026
Fondation Pierre Gianadda (Martigny, Suisse)

Les collections d’estampes de la bibliothèque de l’Institut national d’histoire de l’art (Paris), héritière de la Bibliothèque d’art et d’archéologie fondée par le couturier et mécène Jacques Doucet (1853-1929), documentent l’extraordinaire inventivité des artistes dans les pratiques de la gravure à travers les siècles. C’est la richesse de cette histoire que cette exposition met à l’honneur à la Fondation Pierre Gianadda (Martigny, Suisse).
De Manet à Kelly, en passant par Goya, Munch, Via Gogh ou Kollwitz, l’exposition rassemble une sélection de 178 chefs-d’œuvre de la gravure.

Pour cette visite privée, vous êtes accompagnés par Victor Claass, coordinateur scientifique pour le domaine de recherche Histoire de l’art du XVIIIe au XXIe siècle à l’INHA (maintenant au musée d’Orsay), et par Antoinette de Wolf, historienne de l’art, guide-conférencière à la Fondation Pierre Gianadda.

« Le très habile étudiant de Falces enveloppé dans sa cape se joue du taureau par ses feintes » – Planche n° 14 de la série « La Tauromachie » (1815-1816) par Francisco de Goya (1746-1828) – Eau-forte et pointe sèche, 1er état avant burin et aquatinte – INHA
« Buste d’une ouvrière au châle bleu  » (1903) de Käthe Kollwitz (1867-1945) – Lithographie au crayon et au pinceau en deux couleurs avec grattoir sur encrage bleu – INHA
« Supplication » (non daté) de Jeanne Bardey (1872-1954) – Pointe sèche et aquatinte en couleurs – INHA
Au centre : œuvres d’Ellsworth Kelly (1923-2015) / © Ellsworth Kelly Foundation

« C’est toujours en avant que je veux voir, et non en me retournant tout le temps pour voir en arrière. C’est le meilleur moyen I..] de se fiche par terre. » – Jacques Doucet

Des célèbres recueils de fantaisies gravées à l’eau-forte par Francisco de Goya aux œuvres d’Ellsworth Kelly, en passant par les scènes sociales de Käthe Kollwitz, le parcours illustre la grande diversité des techniques de la gravure comme des intentions de leurs créatrices et créateurs.

« Édouard Manet assis, tourné à droite » (vers 1868) par Edgar Degas (1834-1917) – Eau-forte, 4° état – INHA
« L’Anglais Warrener au Moulin-Rouge » (1892) par Henri de Toulouse-Lautrec (1864-1901) – Lithographie au crayon et au crachis en couleurs, tirage 96/100 – INHA
« Grande odalisque à la culotte bayadère » (1925) par Henri Matisse (1869-1954) – Lithographie sur chine, tirage 14/50 – INHA

« Ce qui m’intéresse le plus, ce n’est ni le paysage, ni la nature morte, c’est la figure!. » – Henri Matisse

« Nu de dos » (1915) par Henri Matisse (1869-1954) – Monotype – INHA
« Dialogue » (1920) de Max Pechstein (1881-1955) – Gravure sur bois en couleurs – INHA
« Le Bon Marché » (1893) par Félix Vallotton (1865-1925) – Gravure sur bois – INHA

À travers sa riche histoire, le médium de l’estampe, qui désigne la famille des techniques permettant l’impression d’un motif sur un support à partir d’une matrice, a mené ce principe à un extraordinaire degré de sophistication. En témoignent les puissantes et mystérieuses eaux-fortes d’Edgar Degas, le raffinement graphique des lithographies d’Henri de Toulouse-Lautrec ou d’Henri Matisse ou les célèbres bois gravés en noir et blanc de Félix Vallotton.

« La Ville morte » (1907-1912) par Eugène Viala (1859-1913) – Eau-forte et pointe sèche, 2° état – INHA
« Homme bêchant » (1882) par Vincent van Gogh (1853-1890) – Lithographie rehaussée de lavis d’encre et de mine de plomb, épreuve d’essai – INHA
« Au bord de la mer » (1881) – Planche n° 2 du recueil Intermezzi (Opus IV) par Max Klinger (1857-1920) – Theodor Stroefer (éditeur) – Eau-forte et aquatinte – INHA
Œuvres de Mary Cassatt (1844-1926)

Cette exposition illustre les liens qui unissent l’INHA et la Fondation Gianadda. Soutien historique et grand mécène de la bibliothèque de l’INHA, Léonard Gianadda avait entre autres permis d’importantes opérations de restaurations ainsi que l’acquisition de pièces emblématiques de Marcel Duchamp, Théophile Alexandre Steinlen ou encore Mary Cassatt.

« La Lettre » (1890-1891) de Mary Cassatt (1844-1926) – Eau-forte, pointe sèche, vernis mou et aquatinte en couleurs – INHA

Commissariat de l’exposition

Commissariat général
Jérôme Bessière, directeur du département de la Bibliothèque et de la documentation de l’Institut national d’histoire de l’art
Anouck Darioli, vice-présidente de la Fondation Pierre Gianadda

Commissariat scientifique
Victor Claass, coordinateur scientifique, Institut national d’histoire de l’art (maintenant au musée d’Orsay)
Eléa Sicre, chargée de collection estampes XIXe-XXIe siècles, Institut national d’histoire de l’art

En savoir +

Consultez le site de l’Institut national d’histoire de l’art et la page spéciale sur le site Internet de la Fondation Pierre Gianadda.

© Ellsworth Kelly Foundation pour les œuvres d’Ellsworth Kelly (1923-2015)

Exposition « De Manet à Kelly, l’art de l’empreinte. Collections de l’Institut national d’histoire de l’art, Paris »
12 décembre 2025 – 14 juin 2026
Fondation Pierre Gianadda
Rue du Forum 59
1920 Martigny (Suisse)

« Je suis comme un somnambule qui se promène sur le faîte d’une toiture
Je marche calmement, d’un pas assuré dans mes rêves » – Edvard Munch

« La Madone » (1895-1902) d’Edvard Munch (1863-1944) – Lithographie au crayon et à l’encre en couleurs sur papier japon, 4 état – INHA

[Visite privée] Exposition « Audaces d’un style » au château de Bois-Préau

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Exposition « Audaces d’un style : les intérieurs sous le Consulat »
19 novembre 2025 – 9 mars 2026
Château de Bois-Préau (Rueil-Malmaison)

Cette exposition, consacrée aux décors intérieurs sous le Consulat, explore la genèse d’une esthétique unique et inventive, située à la croisée des héritages classiques et des aspirations politiques d’un régime en mutation. Présentée au château de Bois-Préau, l’exposition prolonge le parcours permanent de Malmaison, enrichi pour l’occasion d’œuvres inédites.

Pour cette visite privée, vous êtes accompagnés par Elisabeth Caude, directrice du musée national des châteaux de Malmaison et de Bois-Préau, et Isabelle Tamisier-Vétois, conservatrice en chef du patrimoine, chargée des collections de mobilier et de textiles.

« Projet d’une tasse Étrusque B » (1804) par Charles Éloi Asselin (1743-1804) – Mine graphite, gouache, lavis sur papier – Archives de la Manufacture nationale de Sèvres
Fauteuil pour la laiterie de Marie-Antoinette à Rambouillet (1787) par Georges Jacob (1739-1814) d’après un dessin d’Hubert Robert (1733-1808) – CMN/Château de Rambouillet dépôt  du musée national du Château de Versailles et Fauteuil à dossier renversé et à accotoirs à enroulement et corne d’abondance (1790-1795) par Georges Jacob (1739-1814) – Collection particulière

Les dix années qui s’étendent de 1795 à 1804 voient s’épanouir un art de vivre foisonnant. Au goût de la fête de la jeunesse dorée et extravagante du Directoire répond, sous le Consulat, l’appétence pour le luxe d’une société en pleine recomposition.
L’élégance des lignes et l’engouement pour l’exotisme, hérités du XVIIIe siècle, se conjuguent aux influences de Rome, de Pompéi, de la Renaissance, sans oublier celle de l’Égypte antique, que l’expédition du jeune général Bonaparte offre en prétexte renouvelé à une rêverie d’Orient.

Bergère d’une paire du salon de Juliette Récamier (vers 1800) attribuée à Jacob Frères, Georges II Jacob (1768-1803) et François Honoré Georges Jacob (1770-1841) – Musée du Louvre

Charles Percier et Pierre-Léonard Fontaine, décorateurs emblématiques mis à l’honneur dans l’exposition, jouent un rôle déterminant dans l’élaboration de ce nouveau langage stylistique. Celui-ci trouve sa pleine expression dans les réalisations des plus célèbres artisans, parmi lesquels figurent les frères Jacob.

Console-jardinière provenant de la chambre de la générale Moreau (1802) attribuée à Martin-Eloi Lignereux ou Jacob Frères ; Pierre- Philippe Thomire (1751-1843) – Musée national du Château de Fontainebleau
« L’Insomnie » par Louis-Simon Boizot (1743-1809) – Tirage de 1809 – Biscuit bleu et blanc non émaillé – Manufacture et musées nationaux de la céramique de Sèvres

Commissariat de l’exposition

Elisabeth Caude, conservatrice générale du patrimoine, directrice du musée national des châteaux de Malmaison et de Bois-Préau
Isabelle Tamisier-Vétois, conservatrice en chef du patrimoine, chargée des collections de mobilier et de textiles, musée national des châteaux de Malmaison et de Bois-Préau

En savoir +

Consultez la page dédiée à l’exposition sur le site Internet du château.

Exposition « Audaces d’un style : les intérieurs sous le Consulat »
19 novembre 2025 – 9 mars 2026
Château de Bois-Préau
1B Avenue de l’Impératrice Joséphine
92500 Rueil-Malmaison

[Portfolio] Paris est sous la neige et « on est tout bêtement joyeux »

Paris sous la neige
Lundi 5 janvier 2026

Jardin des Tuileries

Vers le soir, un nuage d’un gris rose monte de l’horizon et lentement emplit le ciel. De petits souffles froids s’élèvent et font frissonner l’air. Puis, un grand silence, une immobilité douce et glaciale descend sur Paris qui s’endort. La ville noire sommeille, la neige se met à tomber avec lenteur dans la sérénité glacée de l’espace. Et le ciel couvre sans bruit l’immense cité endormie d’un tapis virginal et pur.

Le Louvre vu depuis le quai Malaquais
Quai François Mitterrand

… la nouvelle année avait mis une robe blanche à la ville. La ville semblait toute jeune et toute chaste. Il n’y avait plus ni ruisseaux, ni trottoirs, ni pavés noirâtres : les rues étaient de larges rubans de satin blanc; les places, des pelouses toutes blanches de paquerettes. Et les paquerettes de l’hiver avaient aussi fleuri sur les toits sombres.

Le Pont Royal et le musée d’Orsay

On eût dit que la cité était une petite fille, ayant la jeunesse tendre de la nouvelle année. Elle venait de jeter ses haillons, sa boue et sa poussière, et elle avait mis ses belles jupes de gaze. Elle respirait doucement, d’une haleine pure et fraiche; elle étalait avec une coquetterie enfantine sa parure d’innocence.

Statues de Maillol devant l’École du Louvre

Toutes les laideurs de l’hiver s’en sont allées; chaque maison ressemble à une belle dame qui aurait mis ses fourrures; les toits se détachent gaiement sur le ciel pâle et clair; on est en pleine floraison du froid.

Quai Malaquais

Depuis hier, Paris éprouve cette gaieté que la neige donne aux petits et aux grands enfants. On est tout bêtement joyeux parce que la terre est blanche.

L’Institut de France et le quai de Conti

Il y a, dans Paris, des paysages d’une largeur incomparable. L’habitude nous a rendus indifférents. Mais les flâneurs, — ceux qui rôdent le nez au vent, en quête d’émotions et d’admiration – connaissent bien ces paysages. Pour moi, j’aime d’amour le bout de Seine qui va de Notre-Dame au pont de Charenton; je n’ai jamais vu un horizon plus étrange et plus large.

Pont Royal

La Seine coule noire et sinistre, entre deux bandes d’un blanc éclatant; les quais s’allongent, silencieux et déserts; le ciel paraît immense, d’un gris perle, doux et morne. Et il y a, dans cette eau fangeuse qui gronde, au milieu de ces blancheurs et de ces apaisements, une mélancolie poignante, une douceur amère et triste.

« Caïn venant de tuer son frère Abel » par Henri Vidal (1864-1918) dans le Jardin des Tuileries
« L’homme et sa misère » par Dominique Jean Baptiste Hugues (1849-1930) dans le Jardin des Tuileries
Jardin des Tuileries

… chaque petite branche est ornée de fins cristaux; des broderies délicates couvrent l’écorce brune. On n’oserait toucher a ces verreries légères, on aurait peur de les casser.

Pyramide du Louvre
Arc de Triomphe du Carrousel

Mais la cité ne garde pas longtemps sa belle robe blanche. Sa toilette d’épousée n’est jamais qu’un déjeuner de soleil. Le matin, elle met toutes ses dentelles, sa gaze la plus légère et son satin le plus brillant, et souvent, le soir, elle a déjà souillé et déchiré sa parure.

« La rivière » par Aristide Maillol

Le texte que vous venez de lire est une composition à partir d’extraits d’un article d’Émile Zola publié par « Le Figaro » le 17 janvier 1867.

Jardin des Tuileries

Photographies par @scribeaccroupi