Exposition « Marcel Proust, du côté de la mère »
14 avril — 28 août 2022
Musée d’art et d’histoire du Judaïsme

Avec près de 230 peintures, dessins, gravures, ouvrages, documents — dont des œuvres de Monet, Tissot, Bellini — l’exposition présente Marcel Proust (1871-1922) à travers le prisme de sa judéité.

L’exposition bénéficie de prêts d’une trentaine d’institutions à l’étranger et en France, parmi lesquelles la BnF, le musée du Louvre, le musée Carnavalet, le musée Marcel Proust à Illiers-Combray, et de prêts exceptionnels du musée d’Orsay et de la National Gallery de Londres.

Paul Salmona, directeur du musée d’art et d’histoire du Judaïsme, vous guide dans l’exposition, évoquant aussi cette « part juive », très souvent ignorée, de la France du XIXe siècle, où les israélites purent accéder à tous les domaines de la vie politique, économique, sociale et culturelle, dans un mouvement d’intégration sans précédent.

Marcel et Robert Proust avec leur mère (1896) – Bibliothèque nationale de France, dépôt de Bibliothèque de l’Institut national d’histoire de l’art

À la disparition de sa mère, en 1905, l’écrivain se mit sérieusement au travail, porté par la pensée qu’il lui serait « si doux avant de mourir de faire quelque chose qui aurait plu à maman« . L’écriture de son grand œuvre, « À la recherche du temps perdu », l’accaparera dès lors jusqu’à sa mort.

La classe de rhétorique du lycée Condorcet, année scolaire 1888-1889. Marcel Proust est le premier à gauche au deuxième rang. – Bibliothèque nationale de France

Dès l’âge de 17 ans, Proust collabore à la « Revue verte » puis à la « Revue lilas », fondées par ses condisciples du lycée Condorcet. Ses premiers écrits sont des études, des poèmes en prose et des nouvelles.

« Le Grand Canal » (1908) par Claude Monet – Collection David et Ezra Nahmad

Entre 1899 et 1906, il se passionne pour les textes de John Ruskin (1819-1900), critique d’art et esthète passionné d’architecture. Comme il maîtrise mal l’anglais, sa mère l’aide à traduire certains textes. En 1900, ils se rendent ensemble à Venise, sur les traces de l’écrivain.

« Hôtel des Roches Noires. Trouville » (1870) par Claude Monet – Musée d’Orsay

Les stations balnéaires de la côte normande – Trouville, Houlgate, Cabourg, Deauville –, où Proust séjourne régulièrement entre 1880 et 1914, constituent le décor d’ « À l’ombre des jeunes filles en fleurs ». L’atmosphère chic de ces villégiatures estivales est restituée dans les tableaux de Boudin, Monet ou Helleu.

« Esther et Assuérus » (XVIIe siècle ?) par Frans Francken le Jeune – Collection Marie-Claude Mauriac

L’histoire d’Esther occupe une place particulière dans la famille de Marcel Proust. Jeanne, sa mère, nourrit une grande admiration pour l’héroïne biblique, en particulier dans la version théâtrale créée en 1689 par Racine pour le pensionnat de jeunes filles de Saint-Cyr.

« Émile Zola à son procès, sur le banc des accusés » (1898) par Maurice Feuillet – mahJ

L’affaire Dreyfus est pour Marcel Proust non pas le moment de la révélation de sa judéité, mais celui de son engagement aux côtés des dreyfusards. Alors que son père est antidreyfusard, Marcel Proust se range aux côtés de sa mère. Dès le lendemain de la publication du « J’accuse » d’Émile Zola dans « L’Aurore » du 13 janvier 1898, Proust signe une protestation « contre la violation des formes juridiques » lors du procès de 1894. Il assiste au procès de Zola en février 1898.

Lettre adressée par Marcel Proust à Robert de Montesquiou en mai 1896 à propos de « Pour les Juifs », l’article de Zola publié dans « Le Figaro » du 16 mai 1896 – Collection particulière

« Si je n’ai pas répondu hier à ce que vous m’avez demandé des juifs. C’est pour cette raison très simple : si je suis catholique comme mon père et mon frère, par contre, ma mère est juive. Vous comprenez que c’est une raison assez forte pour que je m’abstienne de ce genre de discussions. » – Lettre de Marcel Proust à Robert de Montesquiou, mai 1896

« Comte Robert de Montesquiou-Fezensac » (1879) par Henri-Lucien Doucet – Établissement public du château, du musée et du domaine national de Versailles

Si Proust a été clairement et précocement dreyfusard, il restera lié à un écrivain férocement antisémite comme Léon Daudet, cofondateur de « L’Action française », auquel il dédiera « Le Côté de Guermantes » en 1920.

« … Mais s’en tenir à sa prudence à l’égard de Montesquiou ou à sa proximité avec Daudet reviendrait à ignorer la complexité de la position des juifs dans la France de la fin du XIXe siècle et du début du XXe, et à omettre que Daudet était un ami de jeunesse de Proust auquel il fit attribuer le prix Goncourt en 1919 pour « À l’ombre des jeunes filles en fleurs ». » – Paul Salmona, directeur mahJ dans la préface du catalogue de l’exposition

« Portrait de Mehmed II » 1480 (repeint au XIXe siècle) par Gentile Bellini – The National Gallery (Londres)

« Un jour que nous étions assis sur le sable, Saint-Loup et moi, nous entendîmes d’une tente de toile contre laquelle nous étions, sortir des imprécations contre le fourmillement d’israélites qui infestait Balbec. « On ne peut pas faire deux pas sans en rencontrer, disait la voix. Je ne suis pas par principe irréductiblement hostile à la nationalité juive, mais ici il y a pléthore. On n’entend que : « Dis donc, Apraham, chai fu Chakop. » On se croirait rue d’Aboukir. » L’homme qui tonnait ainsi contre Israël sortit enfin de la tente, nous levâmes les yeux sur cet antisémite. C’était mon camarade Bloch. » – Marcel Proust dans « À l’ombre des jeunes filles en fleurs » (tome 2)

On a parfois reproché à Proust de traiter ses personnages juifs de manière caricaturale, voire antisémite, dans ses romans. Les descriptions expriment davantage les préjugés de l’époque que la propre opinion de l’écrivain. Parmi les stéréotypes figurent des remarques sur un prétendu physique juif : ainsi, Charlus compare le visage de Bloch à celui du sultan Mehmet II dans son portrait par le peintre vénitien Gentile Bellini.

Commissariat de l’exposition

Isabelle Cahn, conservatrice générale honoraire des peintures au musée d’Orsay, commissaire de l’exposition
Antoine Compagnon, de l’Académie française, commissaire scientifique de l’exposition, professeur émérite au Collège de France

« Le cercle de la rue Royale » (1868) par James Tissot – Musée d’Orsay

En savoir +

Consultez la page spéciale dédiée à l’exposition sur le site Internet du musée

Exposition « Marcel Proust, du côté de la mère »
14 avril — 28 août 2022
Musée d’art et d’histoire du Judaïsme
Hôtel de Saint-Aignan
71, rue du Temple
75003 Paris

7 Commentaires

  1. Je découvre votre blog grâce à Marcel Proust, un immense merci à vous pour cette visite passionnante et toutes les autres à venir !

  2. Très belle exposition, et visite privée passionnante.
    Il est dommage de dire que c’est Charlus qui compare Bloch au portrait de Mahomet II par Bellini, alors que c’est Swann, dans « Combray ».

  3. Merci de cette première, un éclairage très subtil sur la complexité culturelle vécue par Proust, et sa transposition esthétique dans le roman, assorti dans cette exposition d’un magnifique choix de tableaux.

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