[Visite privée] Exposition « Renoir et l’amour » au musée d’Orsay

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La vidéo tournée dans les deux expositions du musée d’Orsay sera disponible samedi à 19h.

Exposition « Renoir et l’amour. La modernité heureuse (1865-1885) »
17 mars – 19 juillet 2026
Musée d’Orsay (Paris)

À l’occasion de ses 40 ans, le musée d’Orsay célèbre Auguste Renoir (1841-1919), un artiste majeur de ses collections, peut-être le plus populaire des impressionnistes. Deux expositions complémentaires viennent réinterroger les grands chefs-d’œuvre impressionnistes du peintre, mais aussi révéler des pans plus méconnus de son travail.
L’exposition « Renoir et l’amour » met en lumière la période 1865-1885 de sa carrière artistique. Ses tableaux colorés et joyeux, son iconographie des guinguettes et des bals publics font alors de lui le « peintre du bonheur ».

Pour cette visite privée des deux expositions « Renoir et l’amour » et « Renoir dessinateur », vous êtes accompagnés par Paul Perrin, conservateur en chef et directeur de la conservation et des collections du musée d’Orsay.

« Autoportrait » (vers 1875) par Auguste Renoir (1841-1919) – Clark Art Institute (Williamstown)

Des années 1860 à 1880, Auguste Renoir joue un rôle majeur dans l’invention de l’impressionnisme. Il s’impose aussi comme l’un des grands « peintres de la vie moderne » (selon l’expression du poète Baudelaire) aux côtés de Degas, Caillebotte, Manet ou Monet. À travers cette iconographie singulière de couples libres, d’amis bohèmes, de conversations galantes et de déjeuners conviviaux, Renoir déploie une réflexion profonde sur son temps et sur l’amour, non pas tant comme motif, non pas seulement comme sentiment, mais comme méthode et principe pictural : la peinture comme un art du lien.

« Venus Victrix » (entre 1914 et 1916), statue en plâtre patiné gomme-laqué – Musée d’Orsay

Issu d’une famille de petits artisans parisiens (son père est tailleur et sa mère couturière), Renoir, après des débuts comme peintre sur porcelaine, se forme dans l’atelier du peintre académique Gleyre et à l’École des Beaux-Arts, mais s’en émancipe rapidement pour embrasser le réalisme de Courbet et Manet. Il choisit ses sujets dans le monde contemporain et les dépeint d’une touche franche.
Dans son travail s’affirme progressivement un goût singulier pour la célébration de l’amitié et de l’amour, ainsi que pour des thèmes qu’il ne cessera d’explorer : le jeune couple, le repas, la foule ou le nu.

« Le Garçon au chat » (1868) et « Frédéric Bazille » (1867) par Auguste Renoir – Musée d’Orsay
À droite : « La Nymphe à la source » (1869-1870) par Auguste Renoir – The National Gallery (Londres)

L’existence de l’artiste est alors marquée par ses amitiés avec d’autres peintres et par son idylle avec la jeune Lise Tréhot, devenue son modèle de prédilection et sa compagne vers 1865-1866. Pour Renoir, qui vit alors dans la précarité, l’heure est à une certaine « vie de bohème » et au rejet des normes sociales bourgeoises. Renoir et Lise ne reconnaissent pas les deux enfants nés de leur union, et leur relation prend fin vers 1872.

« La Promenade, 1870) par Auguste Renoir – The J. Paul Getty Museum (Los Angeles)

Le tableau ci-dessus est l’un des premiers avec lequel Renoir s’intéresse au couple. Il fait poser son frère Edmond et sa maîtresse Lise, vraisemblablement enceinte à cette période. Si son format moyen correspond à ce que l’on attend d’un tel sujet de genre, Renoir innove par sa touche très libre et son étude de la lumière.

« Le Printemps », dit aussi « La Conversation » (1876) par Auguste Renoir – Collection particulière
Détail de « Confidences (La Tonnelle) » (vers 1875) par Auguste Renoir – Portland Museum of Art
À droite : « Étude », dit aussi « Torse de femme au soleil » (vers 1876) par Auguste Renoir – Musée d’Orsay
Détail de « La Balançoire » (1876) par Auguste Renoir – Musée d’Orsay

Dans les années 1870, et particulièrement entre 1874 et 1877, alors qu’il participe aux expositions du groupe impressionniste, Renoir approfondit ses re- cherches sur la représentation des figures dans le paysage. Il peint notamment à Montmartre, quartier de Paris encore champêtre et populaire, où il loue une maison en 1876. Il fait poser ses amis et modèles dans son jardin ou au bal du Moulin de la Galette, qui lui inspire son œuvre la plus ambitieuse de la décennie.

« Bal du moulin de la Galette » (1876) par Auguste Renoir – Musée d’Orsay

Le tableau ci-dessus représente à la fois un défi en termes d’étude de la lumière et de composition, au vu du nombre très important de figures. Par sa touche fluide, sa gamme de tons bleutés et son vocabulaire de gestes enveloppants, l’artiste donne à la scène un sentiment de grande unité.
Cette unité est à la fois picturale et sociale, Renoir se plaisant à montrer les liens heureux entre hommes et femmes, adultes et enfants, bourgeois et ouvriers.

« Femme à l’ombrelle et enfant dans un paysage ensoleillé » (vers 1874-1876) par Auguste Renoir – Museum of Fine Arts (Boston)
Au centre : « Au coin de la cheminée (La Conversation ; Rivière et Margot) » (1875) par Auguste Renoir – Staatsgalerie (Stuttgart)

Dans ses tableaux de couples ou de groupes, Renoir se garde de toute anecdote sentimentale ou grivoise. Il célèbre la liberté et l’égalité dans les échanges amoureux et une forme de « camaraderie » (selon les mots de son ami Rivière) entre les sexes. Chez Renoir, cette vision harmonieuse des relations hommes-femmes s’offre en modèle pour l’ensemble des rapports humains, à l’heure où la société française, qui se remet tout juste du traumatisme de la défaite de 1870 et de la guerre civile de la Commune, reste marquée par de nombreuses divisions et violences sociales et sexuelles.

« Dans l’atelier » (1876-1877) par Auguste Renoir – Dallas Museum of Art
Détail de « Le Pont des Arts, Paris » (1867-1868) par Auguste Renoir – The Norton Simon Foundation (Pasadena)

Renoir a grandi au cœur de Paris, près du Louvre, avec ses parents et ses quatre frères et soeurs. Dès les années 1860, il se fait le témoin par sa peinture des transformations de la ville, mais c’est surtout vers 1875-1880 que la vie parisienne devient pour lui une source d’inspiration majeure.

Détail de « Une loge à l’Opéra » (1880) par Auguste Renoir – Clark Art Institute (Williamstown)

Renoir est l’un des premiers à représenter, dans des formats ambitieux, des sujets comme une loge d’opéra ou une rue. Il s’intéresse surtout aux espaces publics – boulevard, café, restaurant, théâtre – qui sont aussi des espaces de mixité et de séduction. À l’opposé de Manet, Degas et des écrivains naturalistes qui insistent sur la solitude ou bien le caractère transactionnel et tarifé des relations hommes-femmes, Renoir dépeint la ville comme un lieu d’heureuses rencontres et d’échanges spontanés.

« Chez Renoir, rue Saint-Georges » (1876) par Auguste Renoir – Norton Simon Art Foundation (Pasadena)

L’artiste représente l’intérieur de l’appartement-atelier qu’il occupe rue Saint-Georges de 1873 à 1883 et qui devient parfois un véritable salon. Entouré de ses amis et de ses modèles favoris, il réalise un ensemble de petits formats aux cadrages novateurs qui célèbrent l’art de la conversation, c’est-à-dire le plaisir de créer du lien par la parole et l’écoute.

À droite : « Le Déjeuner » (1875) par Auguste Renoir – The Barnes Foundation (Philadelphie)
« Le Déjeuner » (1875) par Auguste Renoir – The Barnes Foundation (Philadelphie)

Renoir explore le monde des divertissements en bord de Seine dès les années 1860, pour y revenir surtout la décennie suivante, se focalisant sur Chatou, le restaurant Fournaise et l’univers du canotage. Chez Renoir, les corps et les convenances sociales sont relâchés mais sans excès. Dominent une douceur de vivre ainsi que la célébration du temps du loisir et des liens humains.

« Les Canotiers » (1875) par Auguste Renoir – The Art Institute of Chicago
« Le Déjeuner des Canotiers » (1880- 1881) par Auguste Renoir – The Phillips Collection (Washington)

Le thème du repas s’affirme comme une source d’inspiration majeure pour ses compositions les plus originales, particulièrement « Le Déjeuner des canotiers », son oeuvre la plus complexe de la période. « Il faut de temps en temps tenter des choses au-dessus de ses forces », écrit-il alors. Le tableau se veut à la fois un manifeste moderne (personne avant lui n’a jamais représenté ce sujet dans un tel format) et une actualisation des « Noces de Cana » de Véronèse (« le chef-d’œuvre par excellence » selon l’artiste).

Détail de « Le Déjeuner des Canotiers » (1880- 1881) par Auguste Renoir – The Phillips Collection (Washington)
« Croquis de têtes (Les Enfants Bérard) » (1881) par Auguste Renoir – Clark Art Institute (Williamstown)

Les figures d’enfants sont peu présentes dans les scènes de la vie moderne de Renoir. Isolées, sans véritable parent, elles semblent interroger la notion même de famille, faisant écho à la propre situation de l’artiste. Mais ces figures personnifient aussi souvent dans ses oeuvres une forme d’innocence du regard et de candeur des sentiments, vers lesquelles semble tendre toute sa peinture.

« Charles et Georges Durand-Ruel » (1882) par Auguste Renoir – Collection particulière

Au début des années 1880, des commandes de portraits de famille ou de fratries poussent cependant le peintre à explorer cette autre forme d’amour. Il réalise notamment ceux des enfants de son marchand Durand-Ruel et de son mécène Bérard. Malgré le cadre bourgeois de ces commandes, Renoir leur insuffle un sentiment d’intimité et d’affection qui tranche avec la production de l’époque.

Détail de « Danse à Bougival » (1883) par Auguste Renoir – Museum of Fine Arts (Boston)

À l’été ou à l’automne 1882, Renoir se lance dans un nouveau projet ambitieux : peindre des couples de danseurs de grandeur presque naturelle. Après plus d’une décennie à peindre des jeunes gens se promenant, conversant, déjeunant… l’artiste les unit enfin dans la danse, ce moment de la vie publique où les corps des hommes et des femmes sont les plus proches. L’entreprise est inédite dans l’histoire de la peinture, aucun artiste avant Renoir n’ayant représenté ce sujet dans ces dimensions et donné autant de dignité à des couples anonymes.

« Danse à Bougival » (1883) par Auguste Renoir – Museum of Fine Arts (Boston)

« Danse à la ville » et « Danse à la campagne » sont conçus comme des pendants et exposés ainsi dès 1883. L’artiste joue du contraste entre l’univers plus guindé du bal parisien et celui plus spontané des bals de banlieue. Paul Lhote pose pour l’homme, et Suzanne Valadon, jeune femme issue d’un milieu populaire et travaillant alors comme modèle, pour l’élégante danseuse. Comme dans les autres « Danses », Renoir masque les visages des hommes (le spectateur masculin peut ainsi mieux s’identifier) et fait de la femme le centre de l’attention.

« Danse à la ville, 1883) par Auguste Renoir – Musée d’Orsay

Après le succès du Déjeuner et des Danses, s’ouvre paradoxalement pour Renoir une période de crise qui va durer jusqu’à la fin des années 1880. Insatisfait de l’impressionnisme, il renie le travail en plein air et tente de se renouveler par le dessin. En parallèle, Renoir s’établit avec Aline et, en 1885, devient père de famille. Il a 49 ans lorsqu’il épouse la jeune femme en 1890.
Peint pendant cette période de changements, « Les Parapluies » est le dernier grand tableau de Renoir à sujet urbain et la dernière œuvre où s’exprime pleinement son idéal de modernité heureuse et amoureuse.

« Les Parapluies » (vers 1881-1886) par Auguste Renoir – The National Gallery (Londres)

Le sujet de l’homme abordant une femme dans la rue en lui proposant son parapluie est à la mode dans la presse et les gravures à cette époque. Souvent il s’agit de jeunes rtrottinsr (filles de milieux populaires employées de magasins de mode et chargées des livraisons), figures associées alors à une forme de disponibilité amoureuse et sexuelle, voire à la prostitution. Dans son tableau (ci-dessus), Renoir déjoue cette interprétation en donnant une place importante à la famille et en dirigeant le regard de la femme vers le spectateur et non vers l’homme.
Le tableau est commencé vers 1880 (la partie droite) et achevé pour être exposé en 1886 (la partie gauche et le fond). Entre-temps, la manière de peindre de l’artiste a évolué vers une simplification des formes, des contours précis et des couleurs atténuées. Malgré cette hétérogénéité de style, un sentiment d’unité domine.

Commissariat de l’exposition

Paul Perrin, conservateur en chef et directeur de la conservation et des collections, musée d’Orsay
Colin B. Bailey, Katharine J. Rayner Director, Morgan Library & Museum, New York
Anne Distel, conservatrice générale honoraire du patrimoine, musée d’Orsay
Sarah Lees, Research Associate to the Director à la Morgan Library and Museum, New York
Cloé Viala, chargée d’études documentaires au musée d’Orsay

En savoir +

Consultez la page dédiée à l’exposition sur le site Internet du musée d’Orsay.

Exposition « Renoir et l’amour. La modernité heureuse (1865-1885) »
17 mars – 19 juillet 2026
Musée d’Orsay
Esplanade Valéry Giscard d’Estaing
75007 Paris

Au centre : « Jeune femme à la voilette » (vers 1875-1876) par Auguste Renoir – Musée d’Orsay

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