[Exposition] « Michel-Ange Rodin. Corps vivants » au Musée du Louvre

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Exposition « Michel-Ange Rodin. Corps vivants »
15 avril – 20 juillet 2026
Musée du Louvre

L’exposition « Michel-Ange Rodin. Corps vivants », réunit plus de 200 œuvres de Michel-Ange (1475-1564) et Auguste Rodin (1840-1917), deux artistes qui incarnent la force du corps et la profondeur de l’âme. Elle met l’accent sur une même ambition : rendre visible l’énergie intérieure du corps. Le corps apparaît comme enveloppe et peau de l’âme, matière vivante soumise au temps et au geste.
En montrant filiations, emprunts et détournements, l’exposition invite à repenser la sculpture comme laboratoire d’innovations artistiques. Aux chefs-d’œuvre des maîtres répondent des œuvres maniéristes inspirées de Michel-Ange (Vincenzo Danti, Vincenzo de Rossi, Pierino da Vinci), ainsi que des créations contemporaines (Joseph Beuys, Bruce Nauman, Giuseppe Penone).

« L’Esclave mourant » (1513-1515) par Michelangelo Buonarroti, dit Michel-Ange – Marbre – Musée du Louvre

« Adam » (1880-1881) d’Auguste Rodin – Fonte Alexis Rudier, 1928 – Bronze – Musée Rodin
« L’Esclave rebelle » (1513-1515) par Michel-Ange – Marbre. – Musée du Louvre

Détail de « L’Âge d’airain » (1875-1877) d’Auguste Rodin – Fonte Alexis Rudier, avant 1916 – Bronze – Musée Rodin (Paris)

L’exposition réunit marbres, bronzes, plâtres, terres cuites, moulages et une très riche production graphique grâce aux collections du Louvre, du musée Rodin et d’importants prêts de grands musées internationaux. Dès l’entrée du parcours, cinq sculptures emblématiques accueillent les visiteurs comme autant de corps habités par une puissante énergie vitale.

Deux artistes mythiques

La première section propose une présentation des deux sculpteurs sous l’angle du mythe. Portraits et mises en scène posthumes, hommages artistiques et reliques permettent d’incarner la stature artistique des deux hommes. La construction de leur généalogie respective est montrée à travers une sélection d’œuvres réalisées d’après les maîtres et, en ce qui concerne Rodin, précisément d’après Michel-Ange.

« Moulage de la main d’Auguste Rodin tenant un torse féminin » (1917.) par Paul Cruet (1880-1966), sous la direction de Léonce Bénédite – Plâtre – Musée Rodin

« Ecorché, dit de Michel-Ange » par une artiste anonyme du XVIe siècle – Plâtre, moulage réalisé au XIXe siècle – Beaux-Arts de Paris
« Assemblage : Torse de la Centauresse et Adolescent désespéré » (vers 1890) par Auguste Rodin – Assemblage de deux épreuves en plâtre – Musée Rodin

L’importance des modèles michelangélesques pour le sculpteur français est également mise en perspective avec son voyage fondateur à Florence, effectué en 1876, et la découverte de la Chapelle des princes à San Lorenzo. Les moulages d’époque réalisés par Vincenzo Danti d’après les allégories des heures du jour des tombeaux de Julien et Laurent de Médicis permettent de convoquer dans l’exposition ces figures emblématiques du maître florentin.

« Adam et Ève chassés du jardin d’Éden, d’après Masaccio » (vers 1504) par Michel-Ange – Recto. Sanguine, estompe, traits au stylet – Musée du Louvre
Au premier plan : « L’Homme au nez cassé » (1864) d’Auguste Rodin – Marbre, pratique Léon Fourquet (1875) – Musée Rodin
« Buste de Michel-Ange » (vers 1564-1566) par Daniele da Volterra, dit Danielle Ricciarelli (vers 1509 – 1566) – Bronze – Musée du Louvre

Nature et Antiquité : réinventer le modèle

Nature et Antiquité constituent les sources d’inspiration principales des deux artistes, mais ces modèles ne valent que pour être dépassés. Plusieurs esquisses et études dessinées résultent d’une observation scrupuleuse des corps humains et d’une compréhension fine de l’anatomie, obtenue entre autres chez Michel-Ange grâce à la pratique de la dissection, et pour Auguste Rodin par de longues heures de travail d’après modèles vivants.

« Celle qui fut la belle Heaulmière » (vers 1889-1890) par Auguste Rodin – Dessin d’après la sculpture – Fusain et estompe sur papier bleu vergé filigrané – Signé et dédicacé en bas à gauche: « A Rodin / a son ami Guillemot » – Musée Rodin
À gauche : « Grande Ombre » (1902) d’Auguste Rodin – Bronze, fonte à la cire perdue par la Fonderie de Coubertin en 1977 – Musée des Beaux-Arts de Caen, en dépôt du musée Rodin (Paris) / à droite : « Apollon vainqueur du serpent Python » attribué à Giovanni Francesco Rustici (1474 – 1554?) – Bronze – Musée du Louvre

À travers la figure de l’Ombre, Rodin transpose la composition de certaines statues de Michel-Ange. Il réinvente l’anatomie du corps, le cou démesurément allongé créant ce que Rodin appelle une « console », une forme dont il attribue la paternité à Michel-Ange.

« Étude de main d’après le Moise de Michel-Ange » (vers 1560-1570) par Johan Gregor Van der Schardt – Terre cuite, modelage – Victoria & Albert Museum (Londres)

Ce fragment d’après le « Moïse » de la basilique Saint-Pierre-aux-Liens à Rome illustre la diffusion des modèles d’atelier exécutés d’après le maître. Leur circulation montre également combien leur étude a supplanté celle de la Nature et du modèle vivant pour ses contemporains.

« Le Créateur » (1885) d’Auguste Rodin – Plâtre – Musée Rodin

Chez Rodin, l’inspiration prend systématiquement la forme d’une jeune femme. Ici, une petite figure féminine souffle à l’oreille du Créateur agenouillé, qui porte la main à son front pour concentrer sa pensée.

« Quatre têtes grotesques ; deux personnages luttant : Hercule et Antée ? » (vers 1524-1526) par par Michel-Ange – Sanguine, sur esquisse sous-jacente à la pierre noire – The British Museum (Londres)

L’apparence faunesque de ces figures mi-humaines, mi-animales est une référence aux mascarons, masques grotesques et fantastiques de l’Antiquité, redécouverts à la Renaissance. Influencé par les traités de physiognomonie du XVIe siècle, le dessin étudie les traits du visage pour révéler le caractère de la personne, dont la physionomie est rapprochée de celle des animaux.

« Étude d’après le Faune de Vienne » (vers 1855-1860) par Auguste Rodin – Fusain sur papier avec filigrane à fleur de lys – Musée Rodin
« La Sculpture grecque et La Sculpture de la Renaissance » (1912) par Auguste Rodin – Terre cuite, modelage – Musée Rodin

Rodin modèle ce type de figure en guise de leçon d’histoire de l’art pour son entourage, faisant part de sa conception de la sculpture. La première, inspirée du « Doryphore » de Polyclète, illustre la clarté de l’Antique. La seconde transpose la puissance dramatique de Michel-Ange, perceptible dans la « Pietà Bandini ».

L’avènement du torse comme forme artistique constitue le noyau de cette section : alors que Michel-Ange aurait refusé de restaurer le Torse du Belvédère, reconnaissant la complétude esthétique de cette forme fragmentaire, Rodin est le premier artiste à avoir conçu des torses comme œuvre en soi, instituant ainsi l’un des principaux sujets de la modernité en sculpture.

Non finito

Au cœur de l’exposition prend place le non finito, esthétique emblématique des œuvres de Michel-Ange et réappropriée par Rodin: laisser perceptible les marques de l’acte créatif, démontrer que la sculpture visible n’est qu’une étape d’une forme virtuelle déjà existante.

« Le Christ en croix » (vers 1562-1563) par Michel-Ange – Bois – Casa Buonarroti (Florence)

Ce petit crucifix, longtemps considéré comme une relique, fut attribué à Michel-Ange en 1964. Le bois inachevé laisse une surface accidentée qui confère à cette figure une intensité poignante. Il témoigne d’une maîtrise anatomique précise et sans exagération du rendu des muscles.

« La main de Dieu » (vers 1896-1898) d’Auguste Rodin – Marbre. Pratique par Séraphin Soudbinine (après 1916) – Musée Rodin

La relation démiurgique à la matière est synthétisée dans « La Main de Dieu » : Rodin figure dans le marbre la main divine en train de modeler en argile les corps d’Adam et Eve.

« L’Homme et sa pensée » (vers 1889) par Auguste Rodin – Marbre taillé vers 1896 – Musées d’État, Galerie nationale (Berlin)

Un choix de dessins à la sanguine et à l’estompe de Michel-Ange et de Rodin témoigne de l’animation des corps suggérée par la vibration des contours, répondant aux effets de surface produit par le non finito. Celui-ci, en accrochant la lumière, crée un doux halo lumineux autour du marbre.

« La Pensée » (vers 1895) par Auguste Rodin –  Marbre taille par Victor Peter – Musée d’Orsay

Réutilisant un portrait de la sculptrice Camille Claudel (1864-1943), Rodin représente la pensée en train d’émerger. Il illustre la dialectique inhérente a toute œuvre sculptée : l’incarnation dans la matière de la pensée de l’artiste.

Corps et âmes

En choisissant le corps comme sujet central de leurs œuvres, Michel-Ange comme Rodin le perçoivent comme animé d’une vie intérieure intense. Leurs figures sont des habitacles de la pensée et du rêve, parfois aux confins de la mort. La psyché en vient à imprimer le corps lui-même et l’enveloppe charnelle devient figure de l’âme dans le Saint Barthélémy de Michel-Ange ou le Balzac d’Auguste Rodin.

« Le Penseur » (1881-1882) d’Auguste Rodin – Bronze, fonte au sable de Georges Rudier en 1967 – Musée Rodin
Détail de « Saint Jean l’Évangéliste » (vers 1550-1551) par Jacopo Sansovino (1486-1570) – Terre cuite, modelage, traces de polychromie – Musées d’Etat, Collection de sculptures (Berlin)

Les deux artistes expriment d’autres préoccupations psychiques à travers des figures endormies, le sommeil étant exploré dans sa proximité avec le rêve et la mort.

À droite : « Adonis mourant » (1565-1570) par Vincenzo de’ Rossi (1525-1587), autrefois attribué à Michel-Ange – Marbre – Musée national du Bargello (Florence)

Longtemps attribué à Michel-Ange, l’ « Adonis mourant » traduit l’ambiguïté de cet état d’abandon dans une figure d’éphèbe allongé qui semble se reposer, dans une pose contournée et sensuelle.

« Ariane » (1905) par Auguste Rodin – Marbre taillé par Louis Mathet en 1908-1911 – Musée Rodin

Ariane, fille du roi Minos, est laissée sur une île après avoir aidé Thésée dans le labyrinthe. Sa pose abandonnée est proche de celle des figures allégoriques de la chapelle des Princes, ainsi que de l’ « Ariane endormie » antique du Vatican. La figure, prévue pour représenter une femme pleurant sur un tombeau, illustre l’ambiguïté entre rêverie, sommeil et mort.

« Saint Barthélémy tenant sa dépouille, accompagné d’un autre saint, d’après Michel-Ange » (vers 1550) par Daniele da Volterra, dit Danielle Ricciarelli (vers 1509 – 1566) – Pierre noire – École nationale supérieure des Beaux-Arts de Paris
« Ugolin » (1881-1882) par Auguste Rodin – Plâtre – Musée Rodin

Dans L’Enfer, le poète italien Dante (1265-1321) raconte l’histoire du tyran de Pise, Ugolino della Gherardesca, emmuré vivant, qui dévora ses enfants morts. L’humanité semble avoir quitté le corps d’Ugolin qui rampe sur ses enfants agonisants.

« La Résurrection du Christ » (vers 1532-1533) par Michel-Ange – Sanguine – Musée du Louvre, département des Arts graphiques

Énergie et vie

Tout au long de sa carrière, Michel-Ange restitue la puissance de la vie intérieure grâce à la plasticité des volumes. Ce flux vital s’incarne également dans l’énergie émanant de certaines œuvres. Elle provoque une tension des chairs. Ces formes expriment la lutte de forces intérieures qui animent les figures, tout en conservant la puissance des volumes.
Dans son œuvre, Rodin n’a qu’un seul objectif : représenter la vie dans toute sa vérité. Il recherche pour cela à traduire l’énergie des corps. Les sculptures sont conçues comme des formes en transition, en adaptation permanente, un caractère exprimé par l’équilibre précaire figures. Ce concept d’énergie joue un rôle central pour installer définitivement Rodin à l’origine de la sculpture moderne.

« Descente de Croix » (vers 1550-1560) attribué à Danielle Ricciarelli, dit Daniele da Volterra (vers 1509 – 1566) – Terre cuite – Musée national du Bargello (Florence)

Thème iconographique déjà traité par l’artiste dans une fresque, cette sculpture souligne l’anatomie du torse du Christ et la forte musculature du personnage fragmentaire au dernier plan. Les corps enserrés semblent être traversés par un flux d’énergie qui donne à la sculpture un effet tournant.

« Homme nu, assis » (1505) par Michel-Ange – Plume, encre brune, pierre noire, estompe – Musée du Louvre, département des Arts graphiques

Ce dessin, probable étude pour un prophète du tombeau du pape Jules Il, montre un corps masculin dont la posture assise révèle un mouvement onduleux. Cette courbe est dessinée par le bras droit incurvé, et se termine par des jambes s’entrelaçant.

À gauche : « La Voix intérieure » (1896) par Auguste Rodin – Plâtre – Inscription sur le genou gauche: « Pygmalion » – Musée Rodin / à droite : « Jeune divinité fluviale accompagnée de trois putti » (1548-1549) par Pierino da Vinci (1529-1530 – 1553) – Marbre – Musée du Louvre

Pour cette sculpture, Rodin accentuée la torsion du personnage par l’absence des bras et par l’ablation du genou gauche. L’artiste voulait une figure interprétant la méditation: elle n’a donc « ni bras pour agir, ni jambes pour marcher ».

« Homme nu, debout, de face, avançant, portant sa main droite à l’épaule » (vers 1505-1506) par Michel-Ange – Plume, encre brune, traits au stylet et à la pierre noire; reprises avec une encre plus foncée (sur les jambes et autour de la taille) – Musée du Louvre

La précision du dessin du torse et de la cuisse droite reflète le travail détaillé de Michel-Ange sur l’anatomie humaine. Le torse penché en avant et la tête tournée vers l’arrière provoquent un léger déséquilibre propre à accentuer la vitalité du modèle.

À gauche : « Jeune Hercule » (vers 1545-1550) par un artiste anonyme de l’entourage de Michel-Ange – Bronze – Kunsthistorisches Museum, Kunstkammer (Vienne) / à droite : « Nu masculin penché sur un tertre » (vers 1900-1908) par Auguste Rodin – Bronze – Musée des Beaux-Arts de Lyon
Détail de « Narcisse » (vers 1563-1565) attribué à Valerio Cioli (vers 1529 – 1599) – Marbre – Victoria & Albert Museum (Londres)

Au XIXe siècle, cette œuvre était vue comme le « Cupidon » perdu de Michel-Ange. Il s’agit en réalité d’un torse antique recomposé en Narcisse par l’ajout d’une tête et d’un bras gauche. Le jeune homme est animé d’une subtile torsion dans le haut du corps.

À la terribilità michelangélesque, incarnée ici par un moulage du « Moise » provenant de la collection de l’École des Beaux-arts, répond la présence magnétique du « Balzac » de Rodin. Ces corps puissants irradient malgré leurs positions statiques, mais les deux sculpteurs ont également souvent recours au déploiement des corps dans l’espace.

À gauche : « Moïse » (1838) par Felice Adriani (actif vers 1834) d’après Michel-Ange – Moulage en plâtre d’après le marbre conservé dans la basilique Saint-Pierre-aux-Liens (Rome) – Beaux-Arts de Paris / à droite : « Auguste Rodin « Balzac monumental » (1898) par Auguste Rodin – Plâtre – Musée Rodin
« Fugit Amor » (avant 1887, pratique vers 1892-1894) par Auguste Rodin – Marbre – Musée Rodin

Issu de « La Porte de l’Enfer, » ce groupe incarne les amoureux maudits décrits par Dante, condamnés à errer sans fin sans pouvoir se toucher. Mais il s’agit aussi et surtout d’une recherche sur la représentation du mouvement. Les deux figures, pourtant par essence immobiles, semblent prises dans un élan inexorable, malgré la présence d’un important bloc traité en « non finito » à la base.

« Fils d’Ugolin, sans tête » (1904) par Auguste Rodin – Plâtre – Musée Rodin

Issu du groupe d’Ugolin, ce corps d’enfant agrippé au flanc paternel devient une œuvre autonome. Séparé du groupe initial et agrandi, il acquiert une dimension aérienne : en équilibre, il est comme suspendu dans l’espace. Détachée de son contexte tragique, la sculpture incarne une vitalité nouvelle.

« Deux hommes nus en portant un troisième debout » (vers 1504) par Michel-Ange – Pierre noire, estompe, stylet – Musée du Louvre

Sur ce dessin conservé au Louvre, deux hommes fortement musclés soulèvent avec la force de leurs bras une figure athlétique, avec un geste rappelant celui des portés des acrobates qui s’apprêtent à projeter le corps qu’ils soutiennent vers le haut. Michel-Ange dessine leurs volumes à l’aide de traits de pierre noire qui structurent les masses musculaires, modèlent les formes et les font sortir de la surface bidimensionnelle du papier. Le geste du sculpteur s’impose sur celui du dessinateur.

Commissariat

Chloé Ariot, conservatrice en chef du patrimoine, musée Rodin
Marc Bormand, Conservateur en chef du patrimoine, département des Sculptures, musée du Louvre

« Hercule et Antée » (vers 1519) par Jacopo Bonacolsi, dit l’Antico (vers 1460 – 1528) – Bronze – Kunsthistorisches Museum, Kunstkammer (Vienne)

Toutes les photographies par @scribeaccroupi.
Les textes sont issus des cartels et du dossier de presse.

En savoir +

Consultez la page dédiée à l’exposition sur le site Internet du Louvre.

Exposition « Michel-Ange Rodin. Corps vivants »
15 avril – 20 juillet 2026
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