[Visite privée] Exposition « Renoir dessinateur » au musée d’Orsay

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La vidéo tournée dans les deux expositions du musée d’Orsay sera disponible samedi à 19h.

Exposition « Renoir dessinateur »
17 mars – 5 juillet 2026
Musée d’Orsay (Paris)

À l’occasion de ses 40 ans, le musée d’Orsay célèbre Auguste Renoir (1841-1919) avec deux expositions complémentaires qui viennent réinterroger les grands chefs-d’œuvre impressionnistes du peintre, mais aussi révéler des pans plus méconnus de son travail.
Coorganisée avec la Morgan Library & Museum, l’exposition « Renoir dessinateur » permet d’appréhender l’importance des techniques graphiques dans l’évolution de son art. Elle dévoile les liens intimes entre peintures et dessins lorsque l’artiste s’éloigne de l’impressionnisme mais continue de se réinventer.

Pour cette visite privée des deux expositions « Renoir et l’amour » et « Renoir dessinateur », vous êtes accompagnés par Paul Perrin, conservateur en chef et directeur de la conservation et des collections du musée d’Orsay.

Détail de « Portrait de l’artiste » (1879) par Auguste Renoir – Musée d’Orsay

« [Renoir] est un dessinateur de première force ; toutes ses études préparatoires pour un tableau seraient curieuses à montrer au public qui s’imagine généralement que les impressionnistes travaillent avec la plus grande désinvolture. » – Berthe Morisot

Auguste Renoir, reconnu avant tout comme un très grand peintre et coloriste, a longtemps souffert d’une réputation de médiocre dessinateur. « Un peintre qui n’a jamais su dessiner mais qui dessine bien, c’est Renoir », écrivait Gauguin dans une formule ambigüe.

« Études pour le Mars Borghèse et le Mercure Richelieu du Louvre » (vers 1862-1863) par Auguste Renoir – Collection particulière

Très peu de feuilles de Renoir antérieures à 1880 sont connues. On sait pourtant qu’il reçoit sa première formation en dessin vers l’âge de treize ans, comme apprenti dans un atelier de peinture sur porcelaine à Paris, puis dans une école municipale gratuite. Il obtient l’autorisation de copier au Louvre en 1860, puis intègre l’École (impériale) des Beaux-Arts, dont l’enseignement est fondé sur le dessin.

« Le Salon de Marguerite Charpentier » – Illustration pour « Les Salons bourgeois » d’Alphonse Daudet dans « Les Chefs-d’œuvre d’art à l’Exposition universelle », dirigé par Émile Bergerat, Paris, Ludovic Baschet, 1878 – Auguste Renoir – Collection particulière, courtesy galerie Hubert Duchemin

Vers 1859, il se lance en peinture. Jusqu’à la fin des années 1870, Renoir dessine très peu. Sa méthode « impressionniste », cherchant à saisir rapidement, sur le motif, les effets lumineux et colorés de son sujet, l’amène à peindre directement sur la toile sans dessins préparatoires. Il faut attendre la fin des années 1870 pour trouver un groupe cohérent de feuilles, de techniques très variées (plume et encre, crayon noir, mine graphite), évoquant des scènes de la vie contemporaine. Nombre de ces dessins sont en fait exécutés en vue d’illustration de livres ou de revues.

« Étude pour Danse à la campagne » (1883) par Auguste Renoir – Musée d’Orsay
« Dessin d’après Danse à Bougival » – Illustration pour La Vie Moderne, n°44, 3 novembre 1883 – Auguste Renoir – Philadelphia Museum of Art
Détail de « Danse à la campagne » (1883) par Auguste Renoir – National Gallery of Art (Washington)

Au début des années 1880, la méthode de Renoir évolue. Avec le groupe des « Danses » (1882-1883), l’artiste prépare pour la première fois de grands tableaux avec un important ensemble d’études dessinées.

« La Modiste » (vers 1879) par Auguste Renoir – Virginia Museum of Fine Arts (Richmond)
Détail de « Jeune femme penchée sur un balcon », dit aussi « La Loge » (1879) par Auguste Renoir – Fondation Bemberg (Toulouse)

Tous les impressionnistes (à l’exception, peut-être, de Cezanne), ont pratiqué de manière plus ou moins assidue le pastel, medium très populaire au XVIIIe siècle qui connaît un grand renouveau à partir du milieu du XIXe siècle. Renoir utilise cette technique pour des figures de fantaisie et des scènes de la vie contemporaine, principalement dans l’art du portrait.

« Claude Monet » (vers 1873) par Auguste Renoir – Musée Marmottan Monet (Paris)
« Paul Cezanne » (1880) par Auguste Renoir – Collection particulière

Le pastel a plusieurs avantages : facile à transporter hors de l’atelier, il permet de travailler rapidement, particulièrement lorsque les modèles sont des enfants, et représente une alternative plus économique que les portraits à l’huile. Grâce à ces bâtonnets de pigments purs, Renoir peut ainsi expérimenter une forme de dessin en couleurs et de jouer sur des effets de contrastes de tons ou d’irisations nouveaux, qui nourrissent aussi son travail de peintre.

« Edmond Renoir tenant une orange » (vers 1888) par Auguste Renoir – Collection Nahmad
« Femme nue assise, vue de dos » (vers 1885-1887) par Auguste Renoir – Collection George Condo
« Les Amants » (vers 1885) par Auguste Renoir – Hélène Bailly (Paris)
« Marchandes au panier » (vers 1885-1890) par Auguste Renoir – Fitzwilliam Museum, University of Cambridge

« Femme assise appuyée sur le coude » (vers 1915-1917) par Auguste Renoir – The Albertina Museum (Vienne)

« Vers 1883, il s’était fait comme une cassure dans mon œuvre. J’étais allé jusqu’au bout de l’ »impressionnisme », et j’arrivais à cette constatation que je ne savais ni peindre ni dessiner », se souvient Renoir à la fin de sa vie. Paradoxalement, après le triomphe du « Déjeuner des canotiers » (présenté dans l’exposition « Renoir et l’amour »), l’artiste, désormais âgé de quarante ans, entre dans une phase de doutes et de recherches intenses.

« Baigneuses (étude pour Baigneuses. Essai de peinture décorative) » (vers 1886) par Auguste Renoir – Wadsworth Atheneum Museum of Art (Hartford)
« Étude pour Baigneuses. Essai de peinture décorative » (vers 1886-1887) par Auguste Renoir – The Morgan Library & Museum (New York)

À l’opposé de sa technique impressionniste de peintre de plein air, Renoir prépare désormais longuement ses compositions en atelier par de grands dessins. Travaux préparatoires à des peintures à l’huile ou œuvres indépendantes, les dessins et pastels de Renoir, à partir de la fin des années 1880, suivent le développement de son art. Après l’insuccès des « Baigneuses » en 1887, il abandonne sa manière trop linéaire pour reprendre « l’ancienne peinture douce et légère. […] Ce n’est rien de nouveau, c’est une suite aux tableaux du xviiie siècle » (lettre à Durand-Ruel, novembre 1888) ».

À droite : « Gabrielle et Jean » (vers 1895) par Auguste Renoir – Musée des Beaux-arts du Canada (Ottawa)
Détail de « Gabrielle et Jean » (vers 1895) par Auguste Renoir – Musée des Beaux-arts du Canada (Ottawa)
« Femme assise » (1909) et « Jeune femme assise » (1909) par Auguste Renoir – Musée d’Orsay
Détail de « Jeune femme assise » (1909) par Auguste Renoir – Musée d’Orsay

L’artiste redonne de la souplesse et du « flou » à sa touche, mais garde un goût prononcé pour les techniques graphiques qui nourrissent son travail de peintre jusqu’à la fin de sa vie. Renoir use aussi bien des propriétés du crayon noir, de la sanguine, du pastel, et fait circuler ses motifs d’un médium à l’autre, jusqu’à l’estampe.

« Nu assis » (vers 1891) par Auguste Renoir – Collection George Condo

Le nu féminin devient le sujet central du travail de Renoir après 1900. L’artiste revient constamment au motif de la baigneuse ou de la femme à sa toilette en d’infinies variations selon les gestes, les techniques et les formats. Ces dessins préparent aussi bien désormais des peintures que des sculptures.

« Le Jugement de Pâris » (1914) par Auguste Renoir et Richard Guino (1890-1973) – Musée dOrsay

Renoir exécute de monumentales sanguines alors qu’âgé de plus de soixante ans et toujours plus affaibli et handicapé par une polyarthrite rhumatoïde, il fait montre d’une puissance du trait et de couleur inédite dans l’histoire du médium. Amplifiés et monumentalisés, ces nus sont d’authentiques protestations de la vie contre la mort.

« Étude pour La Coiffure » (1900-1901) par Auguste Renoir – Musée national Picasso (Paris)

Exposés pour la première fois par Vollard en 1912, ces dessins tardifs séduisent, par leur ambition et leur classicisme moderne, une nouvelle génération d’artistes, parmi lesquels Bonnard, Matisse et Picasso.

Commissariat de l’exposition

Paul Perrin, conservateur en chef et directeur de la conservation et des collections, musée d’Orsay
Christopher Riopelle, Neil Westreich Curator of Post 1800 Paintings, National Gallery, Londres
Chiara di Stefano, Associate curator of Post 1800 Paintings at the National Gallery, Londres
Katie Hanson, William and Ann Elfers Curator of Paintings, Art of Europe, Museum of Fine Arts, Boston
avec la collaboration de Lucie Lachenal-Taballet, chargée d’études documentaires au musée d’Orsay

En savoir +

Consultez la page dédiée à l’exposition sur le site Internet du musée d’Orsay.

« Enfant au chat (Julie Manet) » (1887) par Auguste Renoir – Musée d’Orsay

Exposition « Renoir dessinateur »
17 mars – 5 juillet 2026
Musée d’Orsay
Esplanade Valéry Giscard d’Estaing
75007 Paris

« Maternité » (1885) par Auguste Renoir – Musée d’Orsay

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