Un splendide écrin pour les collections de la Bibliothèque nationale de France

La Bibliothèque nationale de France se déploie principalement sur deux sites : François-Mitterrand où sont conservés les imprimés et les documents audiovisuels ; Richelieu pour les collections dites « spécialisées » : manuscrits, dessins, gravures, photographies, cartes et plans, monnaies et médailles, antiques et bijoux….

Après douze ans de travaux, la BnF fête la réouverture du site Richelieu les 17 et 18 septembre 2022. À quelques jours de cet événement, je vous invite à découvrir l’un des espaces les plus fascinants du site : le musée.

Portraits d’un prince Julio-claudien, de Tibère (14-37) et de l’impératrice Sabine (vers 137) – Empire romain – BnF

Une bibliothèque-musée

Le musée de la BnF abrite près de 900 œuvres exceptionnelles, emblématiques des collections constituées au fil des siècles. Ce musée est une très belle surprise et une vraie réussite !

Héritière des collections des rois de France, la Bibliothèque nationale de France conserve des collections très variées formées de livres, manuscrits et imprimés, de cartes géographiques et de globes, mais aussi de monnaies et médailles, d’antiques, de dessins et d’estampes.

Kuduru (charte de propriété), dit « Caillou Michaux » – Babylone, Mésopotamie – Règne de Marduk-nadin-ahe (1100-1083 av. J.-C.) – BnF

Le plus ancien musée de la capitale

Les monnaies, les médailles, les antiques et d’autres objets de curiosités sont réunis à la Bibliothèque par Colbert dès 1666. L’année suivante, ce même ministre fait l’acquisition d’environ 80.000 dessins et estampes de la collection de l’abbé de Marolles.
Par la suite, livres, estampes, dessins, cartes géographiques et objets sont conservés dans un même lieu ouvert aux érudits et aux personnages illustres.

Statuaire représentant un rétiaire – Gaule romaine (2e siècle) – BnF

À partir du milieu du XVIIIe siècle, avec le réaménagement du Cabinet du roi qui abritait les collections numismatiques et les antiques, elle se dote d’un véritable musée, sans doute le plus ancien de la capitale.
La Bibliothèque Royale devenue Nationale bénéfcie durant la période révolutionnaire d’enrichissements colossaux. Les confiscations des biens du clergé et des émigrés, puis les campagnes des armées françaises en Europe autorisent le transfert de centaines de milliers de livres et manuscrits rue de Richelieu, sans oublier les centaines d’objets provenant des trésors d’église.

« Marguerite V » (1945) par Henri Matisse (1869-1954) et « Mounting the Ebony Horse » (1948) par Marc Chagall (1887-1985) – BnF

Le Cabinet du roi n’est pas l’unique espace muséal au sein de la Bibliothèque Nationale : le Cabinet des Estampes, dont le fonds s’était enrichi grâce au dépôt légal, exposait ses fleurons depuis la fin du XVIIIe siècle. Ce dispositif du dépôt légal fut étendu à la lithographie à partir de 1817, puis spontanément adopté par les auteurs ou éditeurs de photographies en 1851.

« Le Laocoon » (1807) par Charles-Clément Bervic (1756-1822) – BnF

Le musée de la BnF occupe les locaux construits par l’architecte Pascal au début du XXe siècle (aile Vivienne) ainsi que la galerie Mazarin et la Rotonde.

Salle des Colonnes – BnF

La salle des Colonnes – salle Fondation Leon Levy

Le parcours débute dans la salle des Colonnes où sont exposées les collections d’antiquités rassemblées dans le cabinet du Roi, puis acquises pour l’enrichissement de la collection devenue nationale à la Révolution ou offertes à la Bibliothèque par des collectionneurs.

Tête colossale d’Héraclès – Grèce (3e-2e siècle av. J.-C.) – BnF
Péliké attribuée au Peintre des Géras – sur cette face : « Héraclès ôte sa léonté (pour combattre le géant Antée ?) »- Athènes (490-480 av. J.-C.) – BnF
Portrait dit « du pseudo-Sénèque » – Empire romain (1er siècle) – BnF
Statue de scribe assis tenant un papyrus – Égypte – Ancien Empire (2300-2200 av. J.-C.) – BnF
Médaillon : « le dieu de la Lune Aglibôl » – Palmyre (1er-2e siècle) – BnF
Masque de momie – Égypte – Basse époque (664-332 av. J.-C.) – BnF
Salle des Colonnes – BnF

Le Cabinet précieux, salle Sisley-d’Ornano

Dans le prolongement de la salle des Colonnes, le Cabinet précieux reflète le luxe du Cabinet du Roi rattaché à la Bibliothèque Royale dès 1666. Des collections principalement métalliques sont présentées dans cet espace : monnaies, médailles, bijoux et montures d’or émaillé, pierres gravées, vaisselles d’apparat en or et en argent aux dimensions spectaculaires.

Camée : « Alexandre Ier de Russie en triomphateur » (vers 1805, modifié en 1815) par Benedetto Pistrucci (1783-1855) pour le camée et Adrien-Jean-Maximilien Vachette (1753-1839) pour la monture – BnF
Camée : portrait d’Henri-Jean Schubnel (1974) par Richard Hahn – BnF

L’un des fleurons des collections de la BnF, le Trésor de Berthouville, est présenté dans le Cabinet précieux. Découvert en 1830 par un paysan normand, cet ensemble comprend un service de table richement orné et deux statuettes de Mercure, pour un poids total de plus de 25 kg d’argent pur.

Trésor de Berthouville – Italie et Gaule (entre le Ier et le début du IIIe siècle apr. J.-C.) – BnF
Trésor de Berthouville – Italie et Gaule (entre le Ier et le début du IIIe siècle apr. J.-C.) – BnF
Statuette représentant Mercure – Gaule romaine (150-225) – BnF
Détail d’un plat représentant « Hercule et le lion de Némée » – Empire romain (4°-6° siècle) – BnF

La salle de Luynes

La salle de Luynes conserve la totalité de la collection offerte par le duc de Luynes en 1862. Militaire, puis homme politique, Honoré d’Albert, duc de Luynes (1802-1867) est surtout un mécène, protecteur des arts et scientifique curieux de comprendre et de reconstituer les techniques anciennes.

Salle de Luynes – BnF
« Jeune berger portant un bélier » – Bronze du sanctuaire de Rimat – Syrie romaine (2°-3° siècle) – BnF

Le duc de Luynes, dont la fortune a financé fouilles archéologiques et études savantes, était un fin connaisseur des civilisations de l’Antiquité. Il a réuni plusieurs milliers de céramiques grecques, de sculptures, d’armes, de bijoux et de monnaies.

Péliké – sur cette face : « départ ou retour du guerrier » attribué au Peintre des Baigneuses – Athènes (425-420 av. J.-C.) – BnF
Salle de Luynes – BnF
Cratère en calice attribué au Peintre de Dolon – Métaponte, Italie (vers 390 av. J.-C.) – BnF
Coupe, dire de type B avec, à l’extérieur, des scènes de bataille – Attribué à la manière du Peintre d’Épéleios – Athènes (510-500 av. J.-C.) – BnF
Relief architectural : hoplite et cocher en pige (char tiré par deux chevaux) – Turquie (540-530 av. J.-C.) – BnF
Salle de Luynes – BnF
Portrait masculin – Abruzzes, Italie (340-200 av. J.-C.) – BnF
Salle de Luynes – BnF

La salle Barthélemy

Cette salle au décor d’acajou a été construite au début du XXe siècle pour conserver les quelque 600.000 monnaies et médailles du Cabinet et permettre leur étude.

Salle Barthélemy – BnF
Médaille de la défaite des corsaires de Tripoli, 1681 et médaille de l’ambassade du Siam, 1686 – BnF

Le Cabinet trouve son origine au Moyen Âge dans la cassette des rois de France, collection privée d’objets précieux et réserve fnancière dispersée à la mort du souverain ou pour fnancer les guerres. Sous Louis XIV, en 1666, le Cabinet du Roi est rattaché à la Bibliothèque Royale.

15 monnaies ptolémaïques dessinées vers 1686 par André Morell (1646-1703) – BnF

Cette salle tient son nom de l’abbé Jean-Jacques Barthélemy, garde du Cabinet du roi, qui put sauver au péril de sa vie, à la Révolution, les collections qui lui avaient été confiées.

Salle Barthélemy – BnF
Médaille d’Honoré de Balzac (1843) par David d’Angers (1788-1856) – BnF
Salle Barthélemy – BnF
Médaillon de Jules Michelet (1834) et moule du médaillon d’Alfred de Musset (1831) par David d’Angers (1788-1856) – BnF

Collectionnées principalement depuis la Renaissance, les monnaies permettent de connaître les portraits des grands hommes de l’Antiquité évoqués par les auteurs classiques, rois grecs et empereurs romains. Louis XIV, passionné de monnaies anciennes, les envoie chercher jusqu’en Orient. Leur nombre augmente avec le développement de l’archéologie à la fin du XVIIIe siècle.

Le salon Louis XV

Aménagé au milieu du XVIIIe siècle pour accueillir la collection royale de monnaies et de pierres gravées, le salon Louis XV est, dès sa création, ouvert aux visiteurs érudits ainsi qu’aux curieux. Il peut ainsi être tenu pour le plus ancien musée parisien.

Salon Louis XV – BnF
« Apollon ou les trois protecteurs des muses » (1745) par Carle Van Loo (1705-1765) – BnF

Le décor mural est constitué d’un ensemble de peintures du XVIIIe siècle représentant les muses et leurs protecteurs, réalisées par les plus grands artistes de l’époque. François Boucher a peint en 1742 les quatre dessus de porte, dont trois trumeaux ont été réalisés par Carle Van Loo en 1745. Charles Natoire exécute la même année les trois autres trumeaux.

« Euterpe ou la Musique » (1745) par Carle Van Loo (1705-1765) – BnF
« Polymnie ou la Poésie amoureuse » (1745) par Carle Van Loo (1705-1765) – BnF
Salon Louis XV – BnF

Deux grands portraits en majesté complètent l’ensemble : un portrait de Louis XV peint dans les ateliers de Versailles et une copie du XIXe siècle du portrait de Louis XIV par Hyacinthe Rigaud. Les encadrements des tableaux en bois doré datent eux aussi du XVIIIe siècle.

Salon Louis XV – BnF

Le mobilier se compose de six petits médailliers et deux grands médailliers en applique aux murs, comportant chacun une console d’applique qui supporte une table de marbre rose chantourné et un placard à deux battants.

Détail du médaillier d’Auguste-Eugène Chevrie – BnF
Détail du petit médaillier de Jacques Verberckt (1704-1771) – BnF
Salon Louis XV – BnF

Au centre se trouve une table aux dimensions exceptionnelles. Médailliers et table ont été exécutés en 1742 par les ateliers de menuiserie Verberckt. Quinze chaises et fauteuils cannés du XVIIIe siècle signés Louis Cresson complètent l’ensemble.

La galerie Mazarin

Vestige du palais Mazarin, la galerie est l’un des rares exemples de galerie baroque encore conservés en France. Elle fut construite par François Mansart entre 1644 et 1646, à la demande de Mazarin, pour y installer ses collections de peintures et de sculptures.

Galerie Mazarin – BnF

La galerie Mazarin court sur une longueur de 45,55 mètres. Son plafond peint, d’une superfcie de 280 m2, est l’un des joyaux du site. Elle est peinte en 1646-1647 par Giovanni Francesco Romanelli et son atelier. Mazarin a demandé au peintre de s’inspirer des Métamorphoses d’Ovide et de sujets mythologiques et héroïques.

« Jupiter foudroyant les géants » (1646-1647) par Giovanni Francesco Romanelli et son atelier – BnF

La galerie Mazarin présente de véritables trésors puisés dans les collections encyclopédiques de la BnF : pièces rares, œuvres célèbres ou de provenances prestigieuses.

Camée d’Auguste – camée : Rome (25-20 av. J.-C.) et monture : Paris (fin du 14e siècle) – BnF
Coupe sassante, dite « Tasse de Salomon » – Iran sassante (6e siècle) – BnF

Dans le vestibule de la galerie sont exposées des pièces du Trésor de Saint-Denis.

Jeu d’échecs en ivoire d’éléphant d’Afrique, dit « de Charlemagne » – Salerne ou Amalfi, Italie (1080-1100) – BnF
Pièces du jeu d’échecs dit « de Charlemagne » – Salerne ou Amalfi, Italie (1080-1100) – BnF

Dans la galerie proprement dite sont présentées des collections du Moyen Âge à nos jours. Parmi les pièces phares, le Grand Camée de France, issu du Trésor de la Sainte-Chapelle, la partition manuscrite de « Don Giovanni » de Mozart et le manuscrit des « Misérables » de Victor Hugo.

Le Grand Camée de France (vers 23 apr. J.-C.) – BnF
Diptyque de Saint-Étienne de Bourges – BnF
« Évangiles de Saint-Ménard de Soissons » (vers 800) par l’École du palais de Charlemagne – BnF
« Catherine de Médicis en veuve » (vers 1559) par François Clouet (vers 1516-1572) – BnF
Atlas Miller : carte de l’océan Atlantique nord – Portugal (1519) – BnF
« Les Prisons d’invention (Carceri d’invenzioni) » (1750) par Piranèse (1720-1778) – BnF
« L’Incendie de l’Opéra » et « Ruines de l’Opéra le lendemain de l’incendie » (1781) par Hubert Robert (1733-1808) – BnF
« La Chartreuse de Parme » (1840-1841) par Stendhal (1783-1842) – BnF
« Histoire de ma vie » (1789-1797) par Casanova (1725-1798) – BnF
Manuscrit de « Don Giovanni » (1787) par Wolfgand Amadeus Mozart (1756-1791) – BnF

Toutes les photographies par @scribeaccroupi.

Eaux-fortes originales pour des textes de Buffon (1942) par Pablo Picasso (1881-1973) – BnF

Des rotations régulières

En raison de la fragilité de certaines œuvres, l’accrochage des pièces sera renouvelé tous les quatre mois et donnera ainsi à voir l’étendue des collections de la BnF.

Costume de coryphée dans « Agamemnon » d’Eschyle, interprété par Nirupama Nityanandan (1990) – BnF

Un nouvel espace d’expositions temporaires

Construite par l’architecte François Mansart de 1644 à 1646, la galerie Mansart abritait à l’origine les collections de sculptures antiques du Cardinal Mazarin. Fermée depuis 2014, elle vient d’être entièrement restaurée.

La galerie proposera deux expositions temporaires par an, avec dès cette année l’exposition « Molière, le jeu du vrai et du faux » du 27 septembre 2022 au 15 janvier 2023.

Galerie Mansart pendant la préparation de l’exposition « Molière, le jeu du vrai et du faux »

Week-end festif inaugural

Les 17 et 18 septembre, la BnF vous propose un programme festif et gratuit conçu pour célébrer la complète réouverture du site. Une occasion unique pour venir découvrir l’ensemble du site et s’émerveiller devant les trésors de ce splendide musée.
Si vous n’avez pas réussi à réserver votre entrée pour ce week-end inaugural – les places sont parties très vite – rappelons que le musée ouvre ses portes à partir du mardi 20 septembre.

En savoir +

Consultez la page spéciale dédiée au musée de la BnF.

Bibliothèque nationale de France – site Richelieu
5 Rue Vivienne
75002 Paris

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