Exposition « Roux ! L’obsession de la rousseur. De Jean-Jacques Henner à Sonia Rykiel »
Musée national Jean-Jacques Henner
30 janvier – 13 mai 2019

Mon mari disait qu’il voulait avoir une aventure avec une rousse… alors j’ai teint mes cheveux » – Jane Fonda

A Paris, le musée national Jean-Jacques Henner consacre une exposition au thème de la rousseur et plus précisément à la chevelure rousse, souvent représentée dans la peinture de Jean-Jacques Henner, artiste à succès et portraitiste recherché de la fin du XIXe siècle.

A droite : « Hérodiade » (vers 1887) par Jean-Jacques Henner

Blanche fille aux cheveux roux,
Dont la robe par ses trous,
Laisse voir la pauvreté,
Et la beauté,
Pour moi, poète chétif,
Ton jeune corps maladif,
Plein de taches de rousseur,
A sa douceur. » – Charles Baudelaire, « À une mendiante rousse » extrait des « Fleurs du Mal » (1857)

A droite : « La femme qui lit » dit « La Liseuse » par Jean-Jacques Henner (1829-1905)

Une centaine d’œuvres sont exposées dans l’ensemble du musée, en regard des tableaux du peintre : peintures, dessins, affiches, croquis de mode, masques et objets divers. L’exposition montre différents aspects de la rousseur et les préjugés autour de cette couleur qui fascine et dérange à la fois.

Idylle

L’exposition s’ouvre avec « Idylle » (1872), la première rousse peinte par Jean-Jacques Henner.

De retour à Paris après cinq années passées à la Villa Médicis, Henner souhaite se faire connaître sur une scène artistique très concurrentielle. Il trouve son inspiration au musée du Louvre. « Idylle » est une interprétation du « Concert champêtre » de Titien, resserrée autour des deux nus féminins.

Jean-Jacques Henner utilisera le roux tout au long de sa carrière comme une couleur et une signature.

« Jeune femme à la rose » d’Auguste Renoir – Prêt du Petit Palais (Paris)

Dans la « Jeune femme à la rose », un portrait de son modèle favori de l’époque Catherine Hessling, Pierre Auguste Renoir joue sur des teintes en camaïeu avec la chevelure qui en renforcent l’éclat. Le fond doré et les vêtements ornés de la « Femme à l’orchidée » d’Edgard Maxence en font presque une icône alors qu’elle exprime sa liberté en fumant.

Femme à l’orchidée » d’Edgard Maxence (1871-1954) – Prêt du musée d’Orsay (Paris)

Le roux dans la littérature

Nana était toute velue, un duvet de rousse faisait de son corps un velours ; tandis que, dans sa croupe et ses cuisses de cavale, dans les renflements charnus creusés de plis profonds, qui donnaient au sexe le voile troublant de leur ombre, il y avait de la bête. C’était la bête d’or. » – Émile Zola dans « Nana » (1880)

Photographie de Geneviève Boutry : « Les Trois Sœurs » (2009), collection de l’artiste
Photographie de Geneviève Boutry. A gauche : « Lauriane » (2009), collection de l’artiste

La force d’une couleur

Du roux néandertalien au dieu Seth des Égyptiens, on trouve loin dans l’Histoire et la mythologie l’association de la rousseur au sauvage et au néfaste. Pourtant, dans nombre de cultures, chez des peuples ayant habituellement les cheveux bruns ou noirs, l’apparition de cheveux roux est aussi assimilée à un trait exceptionnel et, de ce fait, recherché. » – Yves Le Fur, directeur du département du patrimoine et des collections du musée du quai Branly

Les œuvres de Jean-Jacques Henner sont présentées en regard de masques de Papouasie Nouvelle Guinée et de créations rendant hommage à Sonia Rykiel.

Masque tatanua (fin du XIXe – début du XXe siècle) – Prêt du musée du Quai Branly
« Portrait de Wa-ta-we-buck-a-na (Général Commandant) Ioway » par George Catlin (1796-1872) – Prêt du musée du Louvre, en dépôt au musée du quai Branly

J’ai toujours été particulière – le fait d’être rousse. À chaque fois, les gens se retournaient sur mon passage en disant : « Qu’est-ce qu’elle a, celle-là ? »J’en ai profité. Rousse : accepter le deal. » – Sonia Rykiel

Au premier plan : créations spéciales pour Sonia Rykiel (2008), collection privée de Nathalie Rykiel

Préjugés

De tout temps, les roux ont suscité des réactions de fascination et répulsion. L’imaginaire autour du roux recouvre de multiples facettes : la séduction avec Sarah Bernhardt, le rire avec les clowns et la peur avec les ogres… David Bowie sur la pochette de l’album « Aladdin Sane », ce personnage à la chevelure écarlate et au visage barré d’un éclair rougeoyant…

Plutôt que la flamme d’une lampe, j’ai pensé que mon personnage avait été frappé par un éclair. C’est l’histoire d’un garçon électrique. » – David Bowie dans le magazine « Rolling Stone » (1973

Disque 33 tours « Aladdin Sane » par David Bowie (1947-2016) – Prêt du MuCEM (Marseille)

On retrouve aussi la couleur rousse parmi les héros de l’enfance, de Poil de Carotte à Spirou en passant par Obélix, Tintin et Peter Pan.

Traits de sanguine

Pour Henner, la sanguine est le média idéal pour faire flamboyer une chevelure.

« Rêveuse » (vers 1886) par Jean-Jacques Henner – Crayon, craie blanche et sanguine sur papier brun

En regard des sanguines de Jean-Jacques Henner sont présentés les croquis au feutre réalisés pour le défilé-hommage à Sonia Rykiel en 2008.

Création spéciale de Jean-Paul Gaultier pour Sonia Rykiel (2008) – Feutre sur papier — Collection privée Nathalie Rykiel

Dans l’atelier du peintre

Suzanne Valadon a évoqué ses séances de pose dans l’atelier d’Henner, fasciné par sa chevelure châtain aux reflets dorés.

Vous aurez une chevelure admirable à peindre, digne de votre pinceau et la Comtesse [Kessler] une nouvelle œuvre du maître dont j’aime le talent par-dessus tous les autres. » – Henriette Beulé dans une lettre à Jean-Jacques Henner (27 janvier 1885)

Le Christ roux

Le Christ roux des tableaux de Jean-Jacques Henner peut surprendre alors qu’aucun texte n’indique sa couleur de cheveux. Toutefois, si la rousseur est le plus souvent associée à Judas, l’iconographie du Christ roux n’est pas nouvelle. Ainsi, Édouard Manet, avec « Jésus insulté par les soldats » (Chicago, Art Institute) et Paul Gauguin, avec « Le Christ au Jardin des oliviers » (West Palm Beach, Norton Museum of Art), ont également représenté des Christ roux.

C’est aussi et surtout une mise en scène de l’osmose qui, par le baiser de la trahison, s’opère entre la victime et son bourreau, entre Jésus et Judas. » – Michel Pastoureau

« Le Christ au linceul et la Madeleine » (1896) par Jean-Jacques Henner

Exposition « Roux ! L’obsession de la rousseur. De Jean-Jacques Henner à Sonia Rykiel »
30 janvier – 13 mai 2019
Musée national Jean-Jacques Henner
43, avenue de Villiers
75017 Paris

« Figures féminines » (vers 1972-1979) par Jean-Jacques Henner – Huile sur carton

source : dossier de presse de l’exposition


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