[Chef-d’œuvre] « Laocoon » par Sansovino

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« Laocoon » (vers 1500)
Jacopo Tatti, dit Sansovino (1486-1570)
Musée national du Bargello (Florence)

Présenté dans l’exposition « Le Corps et l’Âme » au musée du Louvre, ce petit bronze de 27 cm de hauteur, attribué à Jacopo Tatti, dit Sansovino, représente le « Laocoon ».

Découvert en janvier 1506 sur l’Esquilin, l’une des collines de Rome, le groupe de Laocoon et de ses fils (photographie ci-dessous) marque des générations d’artistes. Acheté par le pape Jules II, ce chef-d’œuvre réapparu – aujourd’hui exposé dans les musées du Vatican – fait alors l’objet de nombreuses répliques dans divers matériaux.

« Laocoon » – Musée Pio-Clementino (Vatican)

… le Laocoon qui se trouve dans la demeure de l’empereur Titus, qu’il faut préférer à toute la peinture et toute la sculpture. D’un seul bloc de pierre, les grands artistes Agésandros, Polydoros et Athénodoros de Rhodes réalisèrent Laocoon, ses fils et des nœuds de serpents magnifiques, grâce à l’accord de leur idée. » – Pline l’Ancien dans « Histoire naturelle »

Comme le précise le catalogue de l’exposition, la sculpture en bronze attribuée à Jacopo Sansovino est identifiée avec l’un des exemplaires inventoriés en 1553 dans la Garde-robe secrète de Cosme Ier de Médicis, duc de Florence.

Sansovino, malgré sa jeunesse, avait largement dépassé tous les autres. » – Raphaël

Le bronze de Sansovino, conservée au musée du Bargello (Florence), reproduit le groupe antique tel qu’il se présentait lors de sa découverte, c’est-à-dire privé de certains de ses éléments, dont le bras droit du prêtre.

Selon Anton Francesco Doni, les spectateurs qui voient le Laocoon « se troublent et ressentent aussi la morsure des serpents ; ils se tordent de douleur et éprouvent de la pitié, comme si ces statues étaient vivantes, effet remarquable dont la peinture ne s’est jamais approchée. »

« Laocoon et ses fils » (vers 1540) – École française – Musée Gassendi (Digne-les-Bains)

L’image du groupe du « Laocoon » connut sa plus grande diffusion grâce à l’estampe. C’est de l’une d’elles que s’inspira l’auteur de l’une des rares peintures conservées (photographie ci-dessus) reproduisant le groupe sculpté.

Dans cette huile sur bois de hêtre, la position du fils aîné a été modifiée, peut-être en raison des dimensions réduites du panneau : le jeune homme est plus proche de son père et participe à la lutte contre le serpent qu’il saisit de la main droite tout en poussant un terrible cri de douleur.

Coupe représentant le « Laocoon » (vers 1530-1540) – Castello Sforzesco (Milan)

Une coupe en faïence (photographie ci-dessus) est également présentée dans l’exposition « Le Corps et l’Âme ». L’artiste a réussi à rendre l’effet monochrome du marbre au moyen de camaïeu de bruns. Le groupe est représenté à l’avant d’un mur en ruine, comme sur la gravure de Marco Dente da Ravenna dont l’artiste semble s’être inspiré.

« Étude de tête pour le retable Pucci » (1518) par Jacopo Carucci, dit Pontormo (1494-1557) – Galerie des Offices (Florence)

Autre œuvre remarquable présente dans l’exposition du Louvre, une sanguine (photographie ci-dessus) réalisée par Pontormo (1494-1557). Reprenant les traits douloureux du visage du Laocoon, il s’agit d’un dessin préparatoire pour le saint Joseph du retable Pucci exposé dans l’église san Michele Visdomini de Florence.

D’abord, les deux serpents étreignent les deux corps de ses jeunes fils, les enlacent, les mordent et se repaissent de leurs pauvres membres. Laocoon alors, arme en main, se porte à leur secours. Aussitôt, les serpents le saisissent et le serrent dans leurs immenses anneaux. Deux fois, ils lui serrent taille, deux fois de leurs échines écailleuses ils entourent son cou, et le dominent, têtes et nuques dressées. Le prêtre aussitôt, de ses mains, tente de déserrer leurs noeuds, ses bandelettes sont souillées de bave et de noir venin. En même temps il pousse vers le ciel des cris horrifiés, tel le mugissement d’un taureau blessé fuyant l’autel et secouant de sa nuque la hache mal enfoncée. » – Virgile (« Énéide » – Livre II)

Toutes les photographies par @scribeaccroupi.

Source : catalogue de l’exposition « Le Corps et l’Âme. De Donatello à Michel‐Ange. Sculptures italiennes de la Renaissance » par Marc Bormand, Beatrice Paolozzi Strozzi et Francesca Tasso – Éditions du Louvre et Officina Libraria

En savoir +

Sur le site Internet du musée du Louvre consacré à l’exposition.

Exposition « Le Corps et l’Âme. De Donatello à Michel‐Ange. Sculptures italiennes de la Renaissance »
22 octobre 2020 ‐ 21 juin 2021
Musée du Louvre

Cliquez ici pour découvrir la visite privée (22 minutes) de l’exposition avec Marc Bormand, conservateur en chef du patrimoine au département des sculptures du Louvre.

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