
Exposition « Vallotton Forever. La rétrospective »
24 octobre 2025 – 15 février 2026
Musée cantonal des Beaux-Arts de Lausanne
À l’occasion du centenaire de sa disparition, Lausanne, ville natale de Félix Vallotton (1865–1925), a proposé une grande rétrospective consacrée à l’artiste. Vous n’avez pas eu la possibilité de vous rendre sur place ? Je vous propose un aperçu en images.
L’exposition offrait un parcours chronologique et thématique qui réunissait pour la première fois toutes les facettes de la création de Vallotton : le peintre et le graveur, l’illustrateur et le dessinateur de presse. Plus de 250 pièces exposées, dont de nombreux chefs-d’œuvre issus de collections suisses et européennes, invitaient à redécouvrir un artiste majeur de la modernité.

1. Les débuts
À seize ans, Vallotton quitte définitivement Lausanne pour Paris où, porté par le rêve de devenir peintre, il entreprend une formation artistique à l’Académie Julian. Dès 1885, il expose au Salon officiel des portraits peints dans une veine réaliste, comme son Autoportrait à l’âge de vingt ans.


Un tournant s’amorce au début des années 1890. Vallotton rallie en 1891 le Salon des indépendants, puis participe en 1892 au Salon de la Rose-Croix où il présente ses premières gravures sur bois qui attirent l’attention des Nabis. En 1893, il rejoint ce groupe de jeunes artistes, parmi lesquels Pierre Bonnard, Maurice Denis et Édouard Vuillard. Ensemble, ils militent pour un art symboliste et décoratif. Le style de Vallotton s’en trouve radicalement transformé.

2. La foule
En 1891, Vallotton se forme à la gravure sur bois auprès de l’artiste libertaire Charles Maurin. Il développe un style percutant qui repose sur la synthèse des formes et le contraste entre des aplats de noir et de blanc.


À partir de 1892, la foule est son sujet privilégié. La suite de zincographies « Paris intense » réunit 222 figures dans une densité graphique inédite. L’artiste explore la même thématique et use du même langage graphique dans ses illustrations pour les journaux et pour les livres où, dès 1894, ses dessins sont reproduits par photogravure.


En 1896, Octave Uzanne commande à Vallotton 30 dessins sur les attroupements parisiens. Par une observation distanciée de la ville moderne, où les corps se pressent, se croisent et se bousculent, l’artiste propose une vision à la fois critique et poétique de la foule.

3. L’humour
L’humour de Vallotton se caractérise par son ironie. Son trait précis, son économie de moyens et ses cadrages inattendus mettent en évidence l’ambiguïté des images et l’absurdité de situations observées dans la vie quotidienne.
En 1895, pour « Nib », supplément humoristique de « La Revue blanche », ce sont les dessins de Vallotton qui précèdent et inspirent le commentaire de Jules Renard, inversant la hiérarchie traditionnelle entre texte et image. La complicité entre les deux amis se prolonge jusqu’en 1902, Vallotton devenant l’illustrateur attitré de l’écrivain.

4. Le spectacle
L’univers du théâtre intéresse Vallotton. Il publie des effigies de comédiennes et de comédiens. S’il lui arrive de représenter le spectacle lui-même, c’est avant tout l’effet qu’il produit sur le public qui retient son attention. Vallotton épie aussi les intrigues qui se trament loin des feux de la rampe.

5. La Revue blanche
De 1895 à 1902, Vallotton est le dessinateur attitré de « La Revue blanche ». Foyer d’effervescence intellectuelle, ce périodique de sensibilité anarchiste, l’un des plus influents de la fin du XIXe siècle, défend l’avant-garde. Vallotton publie dans ses pages des petits portraits de figures littéraires ou artistiques, exécutés à l’encre de Chine, le plus souvent d’après photographie.
En novembre 1898, les éditions de « La Revue blanche » publient « Intimités », suite de dix gravures sur bois représentant des scènes de la vie amoureuse dans des appartements bourgeois. Ces planches sont l’expression la plus aboutie du style synthétique de Vallotton dans le domaine de la gravure sur bois, qu’il abandonnera bientôt.

6. La mode
Entre 1893 et 1898, en secret et pour la revue « La Mode pratique », Vallotton exerce une activité alimentaire de dessinateur de mode qui va influencer l’ensemble de sa production. Elle lui permet de développer un véritable langage du vêtement et de l’accessoire, qui va irriguer ses gravures, illustrations, dessins de presse et peintures.

7. La répression
Sympathisant de l’anarchisme, Vallotton trouve dans la gravure sur bois un médium privilégié pour exprimer ses convictions libertaires et contribuer par l’image au combat contre les inégalités sociales. À partir de 1894, cet activisme politique migre vers le dessin de presse auquel Vallotton réserve désormais l’expression de son engagement en faveur d’une justice équitable, fondée sur l’égalité des droits.

8. Les intérieurs
À partir de 1896, Vallotton privilégie les scènes d’intérieur dans ses gravures sur bois. Peu après, il prend la décision de se consacrer pleinement à la peinture, sa vocation initiale. Dans les mêmes années, les représentations de femmes dévêtues se multiplient. Vallotton les observe dans leurs chambres, dans les maisons closes ou à leur toilette.

9. Les nus
Vallotton peint ses premières académies durant sa formation artistique, mais il faut attendre les années nabies pour qu’il renoue avec le nu féminin alors traité sans modelé ni volume.

À partir du Salon d’automne de 1905, le nu devient son principal terrain d’expérimentation.






Au fil des ans, Vallotton multiplie les figures féminines nues, seules ou en groupe, en intérieur ou en extérieur, allongées, assises ou debout, avec ou sans accessoires. Certaines sont exécutées directement d’après les modèles, dans un souci de vérité ; d’autres sont précédées de dessins préparatoires et s’attachent à des questions d’ordre formel. L’humour et la grivoiserie pimentent parfois ces tableaux (« Femme nue lutinant un Silène »).






10. Les paysages
Après une interruption de quelques années durant lesquelles il se consacre au nu, Vallotton renoue avec le paysage en 1909. Les séjours à Honfleur, en Normandie, où il loue une villa et passe désormais tous ses étés, jouent un rôle décisif dans le développement de sa nouvelle sensibilité.

Alors qu’ils étaient peints en plein air jusqu’en 1900, les paysages sont par la suite reconstitués de mémoire dans l’atelier de l’artiste, à partir de petits croquis saisis sur le vif dans des carnets. Rêvant « d’une peinture dégagée de tout respect littéral de la nature », d’un retour au paysage idéalisé du classicisme, Vallotton développe une méthode fondée sur la distance au motif, qui donnera naissance à ce qu’il appelle le « paysage composé« .





La synthèse s’affirme au fil des ans: les formes s’épurent, le contraste entre ombre et lumière s’intensifie, les couleurs éclatantes s’éloignent de la réalité. Une série de couchers de soleil aboutit à des compositions radicales, parfois réduites à la superposition de larges bandes parallèles où l’intensité chromatique produit des effets d’une grande puissance expressive.


11. La guerre
Vallotton est un artiste reconnu lorsqu’éclate la Première Guerre mondiale. Le 2 août 1914, l’ordre de mobilisation générale le bouleverse. Naturalisé Français en 1900, il souhaite partir au combat mais il entre dans sa cinquantième année et son engagement volontaire est refusé en raison de son âge. Cette mise à l’écart forcée l’affecte et il sombre dans la dépression.

En 1917, Vallotton sollicite une mission artistique aux armées et se rend sur le front de Champagne et d’Argonne. Ce séjour lui donne un nouvel élan créatif. Avec « Verdun », toile de grand format achevée en décembre 1917, son « tableau de guerre interprété« , il atteint une synthèse picturale affranchie de toute référence littérale à la réalité. L’œuvre tranche avec les représentations contemporaines de l’enfer vécu au quotidien par les soldats.

12. Les dernières années
Jusqu’à la fin de sa vie, Vallotton poursuit son activité sans relâche. Le paysage, au cœur de sa peinture depuis 1909, reste son sujet de prédilection. Il en approfondit la portée synthétique, jouant sur la monumentalité des formes, la richesse des couleurs et la simplification des lignes.




À partir de 1920, l’artiste passe ses hivers dans le Midi. La lumière chaude et la douceur du climat le stimulent et illuminent sa production picturale. Chaque année, il séjourne plusieurs mois à Cagnes-sur-mer avec son épouse Gabrielle. En 1921, il note dans son Journal: « Rentré de Cagnes après quatre mois d’un séjour de rêve. J’y ai retrouvé la possibilité d’être heureux. »


Commissariat de l’exposition
Catherine Lepdor, conservatrice en chef, MCBA
Katia Poletti, conservatrice de la Fondation Félix Vallotton, Lausanne
assistées de Camille de Alencastro, collaboratrice scientifique, MCBA

Exposition « Vallotton Forever. La rétrospective »
24 octobre 2025 – 15 février 2026
Musée cantonal des Beaux-Arts de Lausanne


