[Visite privée] Exposition « Trésors de la Renaissance dans l’Oise » au MUDO-Musée de l’Oise

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Ce reportage sera disponible samedi 4 avril à 19h sur cette page et sur ma chaîne YouTube.

Exposition « Trésors de la Renaissance dans l’Oise. La collection de Nélie Jacquemart-André du Domaine de Chaalis »
4 mars – 31 décembre 2026
MUDO-Musée de l’Oise (Beauvais)

Au travers des collections de Nélie Jacquemart-André, l’exposition propose un parcours thématique autour d’œuvres souvent méconnues de l’art italien de la Renaissance. Une approche ludique invite aussi les visiteurs à faire appel à leurs sens pour aller au-delà de la seule découverte historique et esthétique des œuvres.

Pour cette visite privée, suivez Alexandre Estaquet-Legrand, conservateur du patrimoine et directeur du musée, et Audrey Magnan, médiatrice au MUDO-Musée de l’Oise.

Au tournant des XIIe et XIVe siècles, l’Italie n’est pas encore un territoire unifié : une mosaïque de cités États se partage le pouvoir, et chacune affirme son identité au travers de l’art. Située au cœur de la Toscane, la ville de Sienne, voisine et rivale de Pise et Florence, occupe une place singulière dans l’art des « primitifs italiens ».

« La Vierge d’humilité surmontée de la Trinité » (vers 13751380) attribué à Angelo Puccinelli (documenté à Sienne en 1380, puis à Lucques jusqu’en 1407) – Tempera sur bois – Fontaine Chaalis, Fondation Jacquemart André – Institut de France, Domaine de Chaalis

Héritiers de la tradition gothique et de l’art byzantin, les primitifs siennois en conservent le caractère solennel et certaines spécificités : fonds d’or lumineux, silhouettes élancées et gracieuses, gestes codifiés ayant pour fonction d’élever le regard du spectateur vers le sacré. Mais ces artistes visionnaires introduisent peu à peu des changements décisifs, à commencer par un nouveau regard porté sur l’anatomie humaine.

Les personnages représentés, toujours strictement empruntés à la religion, gagnent en présence et en émotion alors qu’ils étaient auparavant strictement symboliques. Les visages se nuancent, les regards s’adoucissent, les attitudes deviennent de plus en plus naturelles. Cette humanisation progressive traduit l’émergence d’une sensibilité nouvelle : les germes d’une pensée humaniste qui marquera la Renaissance classique.

« Scène de banquet : Le Festin de Job (?) » (vers 1505) attribué à Niccolo Soggi (vers 1480 – 1552) – Huile sur bois – Fontaine Chaalis, Fondation Jacquemart André – Institut de France, Domaine de Chaalis

Chez les puissants au cours de la Renaissance, la pratique du banquet est très répandue. De nombreux convives se retrouvent autour d’une large tablée pour profiter des délices d’un repas prestigieux, au son de la musique. Les convives sont placés sur un ou trois côtés de la table afin de jouir de ce spectacle proposé pendant le repas.
Sur la table, pas d’assiette mais un tailloir, ou tranchoir, c’est à dire une tranche de pain ou une plaque d’étain ou de bois. Le tailloir est souvent commun à deux convives. Certains ont leur couteau et leur cuillère en bois, en étain ou en argent pour les plus riches. Mais on mange le plus souvent avec ses doigts, comme le suggèrent les serviettes dans le tableau ci-dessus.

Durant la Renaissance, la nature devient un modèle pour les artistes qui vont chercher à la reproduire minutieusement. Dans cet objectif, la perspective cherche à créer une illusion de profondeur et de distance dans une image plane.
La perspective linéaire (ou géométrique) s’appuie sur l’idée que tous les objets éloignés paraissent plus petits, et que des lignes parallèles appelées lignes de fuite semblent se rejoindre en un point unique, appelé point de fuite, situé sur la ligne d’horizon.
La perspective atmosphérique (ou aérienne) repose sur un traitement des couleurs visant à reproduire un effet d’optique: à mesure que l’on s’éloigne du premier plan, les couleurs bleuissent et palissent progressivement tandis que les contours deviennent de plus en plus flous.

« Le Christ et le Centurion » (vers 1570-1585) par l’entourage de Paolo Caliari, dit Véronèse (1528-1588) – Huile sur bois – Fontaine Chaalis, Fondation Jacquemart André – Institut de France, Domaine de Chaalis
« Quatre filles de la famille Bentivoglio : Camilla, Bianca, Francesca et Violante » (vers 1488) d’après Lorenzo di Ottavio Costa, dit Lorenzo Costa le vieux (1460-1535) – Huile sur toile – Fontaine Chaalis, Fondation Jacquemart André – Institut de France, Domaine de Chaalis

Dès le XVe siècle, l’émergence du portrait correspond à un élan général qui tend à une redécouverte de l’Antiquité classique, de son art et de ses codes. Ainsi, en parallèle à la représentation de fables mythologiques, des figures idéales, appelées allégories, sont inventées pour donner corps à des idées, des vertus ou des forces de la nature. Une philosophie nouvelle est en marche.

Buste de femme (vers 1550) – Gubbio (Italie) – Faience – Fontaine Chaalis, Fondation Jacquemart André – Institut de France, Domaine de Chaalis
« Adam et Ève » (vers 1600) par Domenico Robusti, dit Domenico Tintoretto (1560-1635 et atelier – Huile sur toile – Fontaine Chaalis, Fondation Jacquemart André – Institut de France, Domaine de Chaalis
« La Vierge et l’Enfant » (vers 1490) par l’atelier d’Alessandro di Mariano di Vanni Filipepi, dit Sandro Botticelli (vers 1445 – 1510) – Technique mixte sur bois – Fontaine Chaalis, Fondation Jacquemart André – Institut de France, Domaine de Chaalis

La cité de Florence voit fleurir le génie de Botticelli, qui forme très vite un atelier où ses élèves produisent des œuvres inspirées de son style et de ses compositions. Le thème de la « Vierge à l’Enfant », incarné par des figures arborant des traits de plus en plus humains, y connait un grand succès. Ici, Mère et Fils sont représentés sur un fond de paysage, dans une attitude de tendresse. La subtile mélancolie qui anime les visages pourrait renvoyer à la prise de conscience du destin qui attend l’Enfant.
Les peintures au format circulaire (tondi) sont particulièrement en vogue au cours de la Renaissance dans un contexte de dévotion privée.

« La Vierge à l’Enfant avec saint Jean-Baptiste et deux anges » (vers 1500-1510) par le Pseudo Granacci (actif à Florence entre 1490 et 1520) – Technique mixte sur bois – Fontaine Chaalis, Fondation Jacquemart André – Institut de France, Domaine de Chaalis

Le peintre figure ci-dessus la Vierge à l’Enfant accompagnés de saint Jean-Baptiste. Très prisé, le sujet s’apparente au thème de la Sainte Famille, en vogue au cours de la période.
L’œuvre est aujourd’hui attribuée à un artiste dont on ne connait pas l’identité, mais à qui on a donné un nom de convention. On retrouve dans le travail de ce peintre des caractéristiques relatives à différents artistes renommés de l’époque, notamment Domenico Ghirlandaio. Cette spécificité invite à penser que le Pseudo-Grannacci est passé par les ateliers de plusieurs maitres de la Renaissance classique.

Commissariat de l’exposition

Alexandre Estaquet-Legrand, conservateur du patrimoine et directeur du MUDO-Musée de l’Oise
Audrey Magnan, médiatrice
Véronique Palpacuer, médiatrice

En savoir +

Consultez le site Internet du MUDO-Musée de l’Oise.

Exposition « Trésors de la Renaissance dans l’Oise. La collection de Nélie Jacquemart-André du Domaine de Chaalis »
4 mars – 31 décembre 2026
MUDO-Musée de l’Oise
1 Rue du Musée
60000 Beauvais

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