
Paris sous la neige
Lundi 5 janvier 2026

Vers le soir, un nuage d’un gris rose monte de l’horizon et lentement emplit le ciel. De petits souffles froids s’élèvent et font frissonner l’air. Puis, un grand silence, une immobilité douce et glaciale descend sur Paris qui s’endort. La ville noire sommeille, la neige se met à tomber avec lenteur dans la sérénité glacée de l’espace. Et le ciel couvre sans bruit l’immense cité endormie d’un tapis virginal et pur.


… la nouvelle année avait mis une robe blanche à la ville. La ville semblait toute jeune et toute chaste. Il n’y avait plus ni ruisseaux, ni trottoirs, ni pavés noirâtres : les rues étaient de larges rubans de satin blanc; les places, des pelouses toutes blanches de paquerettes. Et les paquerettes de l’hiver avaient aussi fleuri sur les toits sombres.

On eût dit que la cité était une petite fille, ayant la jeunesse tendre de la nouvelle année. Elle venait de jeter ses haillons, sa boue et sa poussière, et elle avait mis ses belles jupes de gaze. Elle respirait doucement, d’une haleine pure et fraiche; elle étalait avec une coquetterie enfantine sa parure d’innocence.

Toutes les laideurs de l’hiver s’en sont allées; chaque maison ressemble à une belle dame qui aurait mis ses fourrures; les toits se détachent gaiement sur le ciel pâle et clair; on est en pleine floraison du froid.

Depuis hier, Paris éprouve cette gaieté que la neige donne aux petits et aux grands enfants. On est tout bêtement joyeux parce que la terre est blanche.

Il y a, dans Paris, des paysages d’une largeur incomparable. L’habitude nous a rendus indifférents. Mais les flâneurs, — ceux qui rôdent le nez au vent, en quête d’émotions et d’admiration – connaissent bien ces paysages. Pour moi, j’aime d’amour le bout de Seine qui va de Notre-Dame au pont de Charenton; je n’ai jamais vu un horizon plus étrange et plus large.

La Seine coule noire et sinistre, entre deux bandes d’un blanc éclatant; les quais s’allongent, silencieux et déserts; le ciel paraît immense, d’un gris perle, doux et morne. Et il y a, dans cette eau fangeuse qui gronde, au milieu de ces blancheurs et de ces apaisements, une mélancolie poignante, une douceur amère et triste.



… chaque petite branche est ornée de fins cristaux; des broderies délicates couvrent l’écorce brune. On n’oserait toucher a ces verreries légères, on aurait peur de les casser.



Mais la cité ne garde pas longtemps sa belle robe blanche. Sa toilette d’épousée n’est jamais qu’un déjeuner de soleil. Le matin, elle met toutes ses dentelles, sa gaze la plus légère et son satin le plus brillant, et souvent, le soir, elle a déjà souillé et déchiré sa parure.

Le texte que vous venez de lire est une composition à partir d’extraits d’un article d’Émile Zola publié par « Le Figaro » le 17 janvier 1867.

Photographies par @scribeaccroupi


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