[Exposition] James Tissot, subtilement subversif au musée d’Orsay

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Exposition « James Tissot (1836-1902). L’ambigu moderne »
23 juin – 13 septembre 2020
Musée d’Orsay

Né à Nantes, formé à l’École des Beaux-Arts de Paris et ayant mené carrière des deux côtés de la Manche, Jacques Joseph Tissot, est un artiste majeur de la seconde moitié du XIXe siècle, à la fois ambigu et fascinant. Le musée d’Orsay lui consacre la première rétrospective parisienne depuis celle organisée au Petit Palais en 1985.

Autoportrait (vers 1865) de James Tissot – Fine Arts Museums de San Francisco

« Portrait de James Tisot » (1867-1868) par Edgar Degas – Metropolitan Museum de New York

Subtilement subversif

Cette exposition révèle un artiste peu connu du grand public malgré certaines de ses toiles iconiques, avec des œuvres subtilement subversives derrière les corsets de la haute société qu’il représente et qui aura été sa plus fidèle clientèle. Ses tableaux donnent autant à voir qu’elles suggèrent – sans les expliciter – de sens cachés.

« Croquet » (1878) par James Tissot – Art Gallery of Hamilton

« The gallery of HMS Calcutta (Portsmouth) » (1877) par James Tissot – Tate (Londres)

« Safe to win » dit aussi « The crack shot » (entre 1869 et 1873) par James Tissot – National Trust Collections, Wimpole Hall (Arrington)

Un parisien

A la fin des années 1850, Tissot fait ses premières armes dans la capitale où sa passion pour l’art japonais comme ses relations avec les cercles les plus influents nourrissent sa peinture. Formé à l’école d’Ingres et de Flandrin, admirateur dans sa jeunesse des primitifs flamands et italiens, ainsi que du préraphaélisme anglais, il a embrassé, dès le début des années 1860, la veine moderne que ses pairs et amis, Manet, Whistler et Degas.

« Japonaise au bain » par James Tissot – Musée des Beaux-Arts de Dijon

« Le rouleau japonais » (1873) par James Tissot – National Gallery of Canada (Ottawa)

« etour de l’enfant prodigue » (1862) par James Tissot – Petit Palais, musée des Beaux-Arts de la Ville de Paris

Un dandy

En véritable « peintre de la vie moderne », selon les mots de Baudelaire, et au diapason de la société bourgeoise et matérialiste du Second Empire, fascinée par son image, Tissot s’attache à représenter la beauté particulière des physionomies, des costumes et des objets de son temps. À Paris, son art et son esprit dandy sont appréciés par la société mondaine.

« Les deux sœurs ; portraits » (1863) par James Tissot – Musée d’Orsay

« Partie carrée » (1870) par James Tissot – National Gallery of Canada (Ottawa)

Détail de « Portrait de la famille du marquis de M. » dit aussi « Le marquis et la marquise de Miramon et leurs enfants » ( 1865) par James Tissot – Musée d’Orsay

Un anglais

Après la guerre de 1870 et la Commune de Paris, Tissot s’installe à Londres où il est accueilli par son ami Thomas Gibson Bowles, directeur de « Vanity Fair » et ancien correspondant de guerre en France. En homme d’affaires avisé, il adapte sa production au marché anglais et poursuit une carrière en naviguant dans les meilleures sphères. Tissot, qui exposait à Londres depuis 1861, avait anglicisé son prénom de Jacques-Joseph en James dès 1859.

« Jeune femmes en blanc dans le vestibule de ma maison de Paris » dit aussi ‘L’escalier » (1869) par James Tissot – Collection Pérez Simón

« Too early » (1873) par James Tissot – Guildhall Art Gallery (Londres)

Je m’efforce de produire des compositions qui révèlent le sens caché de notre vie quotidienne. Je choisis des sujets que les autres renâclent à traiter ; c’est comme si je plantais l’étendard d’un explorateur sur des terres inconnues jusqu’à maintenant. » – James Tissot (1882)

« Portsmouth dockyard » (1877) par James Tissot – Tate (Londres)

Ses représentations méticuleuses de la vie contemporaine en Angleterre offrent un point de vue nuancé d’ironie sur les rituels sociaux de l’Angleterre victorienne.

« the last evening » (1873) par James Tissot – Guildhall Art Gallery (Londres)

À droite : « October » (1877) Guildhall Art Gallery (Londres)- Musée des Beaux-Arts de Montréal

« The reply » dit aussi « The letter » (1874) par James Tissot – National Gallery of Canada (Ottawa)

Kathleen Newton

Peu à peu, son œuvre se concentre sur la figure radieuse puis déclinante de sa compagne Kathleen Newton, incessamment présente dans ses tableaux. La mort de cette dernière en 1882 scelle le retour en France de Tissot.

« A convalescent » (1875) par James Tissot – Museums Sheffield

« Kathleen Newton à l’ombrelle » dit aussi « Femme à l’ombrelle » (vers 1878) par James Tissot – Musée Baron Martin (Gray)

« Kathleen Newton dans un fauteuil » (vers 1881-1882) par James Tissot – Musée Baron Martin (Gray)

Tissot mystique et religieux

L’artiste explore enfin des sujets mystiques et religieux, avec des centaines d’illustrations de la Bible, qui rendront l’artiste immensément célèbre au tournant du XIXe au XXe siècle. En 1885, il fait appel au médium spiritualiste anglais William Eglinton – pourtant accusé d’escroquerie – pour entrer en contact avec la défunte Kathleen Newton.

« Portrait de William Eglinton » (1885) par James Tissot – Bibliothèque nationale de France

« L’apparition médiumnique » (1885) par James Tissot – Ysabel Monnier Collection

L’intérêt de Tissot pour l’occultisme se double aussi d’un renouveau de sa foi catholique. Quelques mois après une apparition mystique de Kathleen disparue, il fait l’expérience d’une autre vision, celle du Christ, en l’église Saint-Sulpice. Cet événement le convainc d’abandonner les sujets modernes pour se consacrer à l’illustration de l’Évangile.

« L’arche traverse Le Jourdain » (1896-1902) par James Tissot – The Jewish Museum (New York)

« Le chantier de l’arche » (1896-1902) par James Tissot – The Jewish Museum (New York)

L’ambition de Tissot est de rétablir la vérité du récit biblique dans un monde chrétien dont l’imagination est « faussée par les fantaisies des peintres ». Pour ce faire, il voyage en Terre sainte et s’imprègne des lieux où il pense retrouver l’authentique témoignage des Écritures.

14 études de modèle pour les illustrations de « La Sainte Bible » (vers 1899) – Photographies – Collection Frédéric Mantion

La femme à Paris

L’un des grands accomplissements de Tissot est un cycle de quinze peintures sur le thème de « La Femme à Paris », que l’artiste réalise à son retour en France et qu’il présente à Paris (1885) puis à Londres (1886).
La « Parisienne » incarne la beauté moderne et sophistiquée, mais aussi un certain art de la séduction.

« La demoiselle d’honneur » (vers 1883-1885) par James Tissot – Leeds Museums and Galleries

C’est la vie même traduite sur la toile, et si l’on reproche à M. Tissot que sa plus jolie femme de Paris n’est vraiment pas si jolie que cela, il vous répond, avec la précision d’un observateur, que la femme, réputée la plus jolie dans les salons mondains, est rarement une beauté complète. » – Albert Wolff

« La demoiselle de magasin » (vers 1883-1885) par James Tissot – Collection Art Gallery of Ontario (Toronto)

« La plus jolie femme de Paris » (vers 1883-1885) par James Tissot – Musées d’Art et d’Histoire de Genève

Un artiste inclassable

Changeant de style sans arrêt, tour à tour impressionniste, réaliste, ou préraphaélite, il provoquera le trouble chez ses contemporains et restera inclassable, et sera méprisé par l’histoire de l’art.

« the prodigal son in modern life : the departure » dit aussi « L’enfant prodigue : le départ » (1880) par James Tissot – Musée d’Orsay

Source : présentation de l’exposition sur le site Internet du musée d’Orsay

« Le cercle de la rue royale » (1866) par James Tissot – Musée d’Orsay

Toutes les photographies par @scribeaccroupi.

Exposition « James Tissot (1836-1902). L’ambigu moderne »
23 juin – 13 septembre 2020
Musée d’Orsay
1 Rue de la Légion d’Honneur
75007 Paris

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