[Chef d’œuvre] Carton préparatoire à « L’École d’Athènes » par Raphaël

0

Dessin de « L’École d’Athènes »
Raffaello Sanzio, dit Raphaël (1483-1520)
Pinacoteca Ambrosiana de Milan

Pièce maîtresse de la Pinacoteca Ambrosiana de Milan, ce dessin à la pierre noire par Raphaël est le plus grand de la Renaissance (285 x 804 cm) qui ait été conservé jusqu’à nos jours. Il s’agit d’un dessin préparatoire pour « L’École d’Athènes », l’une des fresques commandées en 1508 par le pape Jules II pour décorer la Chambre de la Signature au Vatican.

Ce dessin est composé de près de 200 feuilles assemblées, couvertes de perforations pour permettre le transfert sur un deuxième carton ayant servi, quant à lui, à la réalisation finale de la fresque.

Esquisse de L’École d’Athènes de Raphaël. Calme et intelligence – vérité et force. Homme du milieu assis sur les marches – à gauche, groupe de l’homme qui lit. Crâne où l’intelligence transsude, le vieillard qui s’approche pour regarder ; le jeune homme debout à longue chevelure – à gauche, le géomètre faisant des figures sur la terre : on ne lui voit que le haut de la tête – tout à fait à droite, un grand barbu, nez aquilin – homme à manteau et couronné vu par derrière – draperie romaine – pose à la Talma ; plus simple encore et plus placide. » – Notes de Gustave Flaubert

Le centre de la scène est occupé par deux illustres personnages : Platon tient son « Timée » et désigne le ciel de la main droite, tandis qu’Aristote, le bras tendu devant lui, tient son « Éthique ».

Il a souvent  été dit que le visage de Léonard de Vinci aurait servi de modèle à Raphaël pour représenter Platon. Cette affirmation est contestée par Daniel Arasse dans ses « Histoires de peintures » car Raphaël n’avait pas vu Léonard depuis de nombreuses années lorsqu’il a peint cette fresque. Pour représenter Platon, Raphaël aurait en fait utilisé un dessin qui circulait en Italie, censé représenter « le Philosophe », à savoir Aristote.

Le geste horizontal d’Aristote symbolise l’organisation du monde par l’ »Éthique » et le geste vertical de Platon, le mouvement de la pensée cosmologique qui s’élève du monde sensible a son principe idéal. C’est l’illustration directe du principe de Ficin : les péripatéticiens donnent les raisons positives, les platoniciens les raisons supérieures. » – André Chastel

Le philosophe bedonnant et chauve tenant un livre, posé contre la base d’une colonne, est probablement Épicure.

Le mathématicien Pythagore travaille à ses théorèmes. Devant lui, un enfant tient un tableau couvert de signes symboliques.

Euclide se penche, avec son compas, pour tracer une forme géométrique au sol, tandis que des jeunes gens admirent la démonstration du savant. Raphaël a donné à Euclide les traits du peintre et architecte Bramante.

Diogène le Cynique est représenté au centre de la fresque, presque allongé sur les marches, dans une tenue dépenaillée.

Michel-Ange sur la fresque ?

Le personnage le plus étonnant est absent du carton de Milan. En effet, il a été ajouté après coup, au premier plan, sur la fresque du Vatican. Certains éléments de ce personnage, notamment le bloc de marbre, la plume, l’encre et le papier, évoquent un contemporain de Raphaël : Michel-Ange lui-même ! Il est représenté grand et musclé, renvoyant au style sculptural de l’artiste.

Cette retouche a peut-être été demandée par Jules II. En effet, la Chambre de la Signature ayant été terminée en 1511, la même année que la  voûte de la chapelle Sixtine, ce portrait de Michel-Ange serait donc un hommage à l’artiste.

Le carton de Raphaël au Louvre

Ce grand dessin de « L’École d’Athènes » a été acheté en 1626 par Federico Borromeo pour la Pinacoteca Ambrosiana de Milan. 170 ans plus tard en France, dans le cadre de la politique des « Agences d’évacuation », le Directoire organise l’expédition vers Paris de pièces saisies en Italie. Le carton de Raphaël fait partie du voyage.
De 1798 à 1815, il est exposé successivement dans la Grande Galerie, puis la Galerie d’Apollon du Louvre, alors « Musée Napoléon », « le plus bel établissement de l’univers » selon Vivant Denon. Après la défaite des armées napoléoniennes à Waterloo, le dessin de Raphaël retourne à Milan.

Nous avons vu longtemps au Louvre, dans la galerie d’Apollon, le carton de l’École d’Athènes. Le passage du pont de Lodi nous l’avait donné, Waterloo nous l’a ravi, et il faut maintenant le chercher à la Bibliothèque Ambrosienne, à Milan. » – Stendhal

Une nouvelle présentation à Milan

En 2014, un long processus d’étude scientifique et de restauration du carton a été engagé. Depuis mars 2019, le carton est de nouveau visible au public dans une galerie entièrement réaménagée de la Pinacoteca Ambrosiana de Milan, avec une nouvelle scénographie et de nouveaux dispositifs de médiation (vidéo ci-dessous).

Sources :
– « Raphaël » (2007) par Bette Talvacchia – éditions Phaidon
– « Raphaël – La Chambre de la Signature » (2002) par Andrea Emiliani et Michela Scolaro – éditions Gallimard
– « Raphaël. Les dernières années » (2012) – Catalogue de l’exposition présentée au Louvre du 12 juin au 16 septembre 2012 – Hazan & Louvre éditions

Toutes les photographies par @scribeaccroupi.

COMMENTEZ CET ARTICLE