[Chef-d’œuvre] « Orphée » par Bertoldo di Giovanni

1

« Orphée »
Bertoldo di Giovanni (vers 1440-1491)
Musée national du Bargello (Florence)

Cette figurine de métal représentant Orphée est présentée au musée du Louvre dans le cadre de l’exposition (trop vite confinée) « Le Corps et l’Âme ». Elle est inachevée : seules les jambes et une partie du visage ont été polies.

Orphée, fils de la Muse, charmait par sa musique même les créatures qui n’avaient pas de langage humain : tous les mythographes et tous les peintres nous le racontent. Selon eux, un lion et un sanglier près d’Orphée l’écoutent, et aussi un cerf et un lièvre qui ne saute pas pour fuir le lion, et toutes les créatures sauvages pour qui le lion est un chasseur terrifiant se rassemblent maintenant en troupeau avec lui. » – Philostrate le Jeune (IIIe siècle)

Orphée était l’une des figures mythologiques de prédilection du duc de Florence Cosme Ier. Offert à ce dernier par l’un de ses camériers, ce bronze a ensuite rejoint la Galerie des Offices pour devenir l’une des attractions de la Tribune. Il est aujourd’hui exposé au musée du Bargello de Florence.

Nous savons de façon sure que Bertoldo di Giovanni a réalisé une sculpture représentant Orphée. En effet, en décembre 1471, l’artiste fut poursuivi devant le tribunal de la Mercatanzia de Florence par le marchand de laine Riccardo di Guglielmo, afin qu’il lui rembourse un prêt d’argent. Bertoldo avait déposé en gage « unam figuram Sancti Ieronimi et uno Orfeo di bronzo ».

Il est très probable – mais pas certain – que l’Orphée conservé au musée du Bargello de Florence soit bien le bronze cité lors du procès de 1471. Toutefois, il subsiste un vide documentaire de plusieurs dizaines d’années pour reconstituer le parcours de cette œuvre.

Orphée est représenté nu mais chaussé, une peau d’animal jetée sur ses épaules, tandis qu’il joue d’un instrument à cordes. La pose statique et la torsion du buste, contrebalancée par le mouvement des jambes, font de ce bronze un précédent au « Cupidon » du jeune Michel-Ange, également présenté dans l’exposition du Louvre (photographie ci-dessous).

Au XVIIIe siècle, la présence de l’instrument à cordes conduisit à identifier le petit bronze avec Apollon. Cependant, faute de raisons valables pour abandonner l’ancienne identité, cette sculpture demeure l’une des images d’Orphée les plus importantes de la Renaissance.

Toutes les photographies par @scribeaccroupi.

Source : catalogue de l’exposition « Le Corps et l’Âme. De Donatello à Michel‐Ange. Sculptures italiennes de la Renaissance » par Marc Bormand, Beatrice Paolozzi Strozzi et Francesca Tasso – Éditions du Louvre et Officina Libraria

En savoir +

Sur le site Internet du musée du Louvre consacré à l’exposition.

Exposition « Le Corps et l’Âme. De Donatello à Michel‐Ange. Sculptures italiennes de la Renaissance »
22 octobre 2020 ‐ 18 janvier 2021 (prolongation au printemps)
Musée du Louvre

Cliquez ici pour découvrir la visite privée  (22 minutes) de l’exposition avec Marc Bormand, conservateur en chef du patrimoine au département des sculptures du Louvre.

Un commentaire

COMMENTEZ CET ARTICLE