Exposition Eugène Delacroix (1798-1863)
29 mars – 23 juillet 2018
Musée du Louvre

Les 180 œuvres réunies au musée du Louvre présentent la carrière d’Eugène Delacroix, depuis les coups d’éclat de ses débuts, qui lui ont permis de devenir très vite célèbre, jusqu’aux œuvres moins connues d’un artiste qui a toujours cherché à se renouveler.
Ce sont quelques-unes de ses compositions religieuses que je vous invite à découvrir, des œuvres mystérieuses, émouvantes et parfois très sensuelles.

Delacroix, seul, sait faire de la religion… » – Baudelaire (1846)

Le Christ sur la Croix

« Sainte Marie Madeleine au pied de la Croix » (1829) par Eugène Delacroix – Museum of Fine Arts de Houston

En 1829, Eugène Delacroix s’exerce au jeu du contraste licencieux de Marie Madeleine, la pécheresse représentée la poitrine dénudée, placée au pied du Christ agonisant. Ce tableau d’alcôve est alors offert par le peintre à sa maîtresse, Eugénie Dalton.

« Le Christ sur la croix » ou « Le Calvaire » (1835) par Eugène Delacroix – Musée de la Cohue de Vannes

En 1835, Delacroix offre sa propre réinterprétation du « Coup de lance » de Rubens, avant même qu’il n’ait pu voir l’original à Anvers quatre ans plus tard.
Quand Delacroix présente ce tableau au Salon, les critiques lui reprochent « une incorrection de dessin poussée au-delà de toutes les bornes » et écrivent même qu’il n’y a « jamais eu de noyé à la morgue plus laid que votre Christ, qui est loin d’être un divin ; il en est de même de votre Madeleine, avec sa gorge découverte […] votre Christ ne fera jamais de miracle. »

Détail du « Christ sur la croix » ou « Le Calvaire » (1835) par Eugène Détail du « Christ sur la croix » ou « Le Calvaire » (1835) par Eugène Delacroix – Musée de la Cohue de Vannes

Sur cette toile, c’est de nouveau une Marie Madeleine très sensuelle, chevelure dénouée et poitrine nue, qui est représentée se tordant de douleur au pied du Christ.

Détail du « Christ sur la croix » ou « Le Calvaire » (1835) par Eugène Détail du « Christ sur la croix » ou « Le Calvaire » (1835) par Eugène Delacroix – Musée de la Cohue de Vannes

Le tableau n’avait pas vocation à être placé dans une église. Pourtant, il est exposé dans celle de Saint-Patern de Vannes. Le curé, effarouché par l’impudeur de Marie Madeleine, fait recouvrir par son sacristain le décolleté de la sainte femme à grands coups de peinture noire. Delacroix a connaissance de cette mésaventure et tente de faire revenir le tableau à Paris. La toile est restaurée en 1864 pour l’exposition rétrospective consacrée à l’artiste au lendemain de sa mort.

« Christ sur la Croix » d’Eugène Delacroix – Walters Art Museum de Baltimore (à gauche) et esquisse du Boijmans Van Museum de Baltimore

A la fin des années 1840, Eugène Delacroix expose une succession de scènes religieuses très sombres et dépouillées, parmi lesquelles un « Christ sur la Croix » aujourd’hui exposé au Walters Art Museum de Baltimore.

« Christ sur la Croix » (1846) par Eugène Delacroix – The Walters Art Museum, Baltimore

Cette version est sans doute la plus recueillie des « Christ sur la Croix » du peintre.
Le corps livide du Christ se dresse au milieu des ténèbres qui recouvrent la terre. La couleur rouge est omniprésente, que ce soit sur le corps du Christ où le sang ruisselle, sur l’étendard ou dans les couleurs de l’horizon.

Le Christ, attaché à la croix, dresse sa pâleur dans un ciel noirâtre, dont les crevasses laissent filtrer quelques reflets de cuivre. Au pied de l’arbre sublime ricanent quelques insulteurs, coupés à mi-corps par la toile. Au second plan, des soldats romains, à cheval, semblent garder le gibet et repousser la foule. » – Théophile Gautier (1847)

« Christ sur la Croix » (1846) par Eugène Delacroix – Boijmans Van Museum de Baltimore

Pietà

Dans un tableau commandé pour la chapelle de la Vierge de l’église Saint-Denys-du-Saint-Sacrement, Delacroix peint une « Pietà » placée dans un encadrement rocheux. Il y exalte la douleur de la Vierge pleurant le corps supplicié de son fils.

« Pietà » (vers 1842-1843) par Eugène Delacroix – Collection particulière

Dans cette composition, les personnages sont rassemblés et forment un carré autour de la Vierge. Marie Madeleine saisit avec ferveur les pieds blessés du Christ, lequel est représenté recroquevillé tel un fœtus.

Dieu est en nous : c’est cette présence intérieure qui nous fait admirer le beau. » – Eugène Delacroix

« Lamentation sur le corps du Christ » (1857) par Eugène Delacroix – Staatliche Kunsthalle Karlsruhe

A la demande de marchands, Delacroix réalise ensuite plusieurs variantes de sa « Pietà » sur des toiles de petit format.

Variations autour du thème de la « Pietà » par Eugène Delacroix

25 ans plus tard…

En 1853, soit un quart de siècle après sa première représentation de la crucifixion, Delacroix revient au sujet du « Christ en Croix ». Il reprend, en l’inversant, la composition exposée au Salon de 1847 et en bannit les ténèbres au profit d’un ciel tout en légèreté et en clarté.

« Christ sur la Croix » (1853) par Eugène Delacroix – National Gallery de Londres

Tout ce qu’a touché ce pinceau palpite, remue, flamboie, et du tumulte de l’ébauche la plus chaotique se dégagent au premier coup des figures qu’on n’oubliera plus » – Théophile Gautier (1859)

Détail du « Christ sur la Croix » (1853) par Eugène Delacroix – National Gallery de Londres

Tous ces chefs-d’œuvre sont exposés au Louvre jusqu’au 23 juillet 2018.

Exposition Eugène Delacroix (1798-1863)
29 mars – 23 juillet 2018
Musée du Louvre

Variations autour du thème du « Christ en Croix » par Eugène Delacroix

Sources :
catalogue de l’exposition sous la direction de Sébastien Allard et de Côme Fabre
– article du journal « Ouest France » sur la restauration du « Christ en croix » de la Cohue

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