Mon grand ami Ebih-Il, l’intendant
vers 2400 avant J.-C.
Antiquités orientales
Musée du Louvre

André Parrot (1901-1980) était un grand archéologue, directeur du département des antiquités orientales du Louvre, puis directeur du musée. En 1933, une découverte fortuite allait le conduire en Syrie, sur les bords de l’Euphrate, et lui permettre de découvrir l’emplacement de la cité antique de Mari.
Dans son rapport préliminaire sur la première campagne des  fouilles de Mari à l’hiver 1933-1934, André Parrot raconte les circonstances de la découverte de cette « cité fabuleuse ».

Dans les premiers jours du mois d’août 1933, le lieutenant Cabane […] faisant une tournée d’inspection aux environs de sa résidence, Abou-Kémat, petite ville aux bords de l’Euphrate, toute proche de la frontière d’Iraq, rencontra sur un tell un groupe de Bédouins procédant à une inhumation et fort occupés à déterrer des pierres pour orner leur tombe. Quelques jours plus tard, un indigène se présentait au bureau du lieutenant Cabane, lui demandant « ce qu’il fallait faire de l’homme qu’ils avaient trouvé ». Comprenant immédiatement de quoi il s’agissait, l’officier se rendait au tell (Tell lîarïrï) et se trouvait en présence de la statue mutilée d’un personnage acéphale, mains jointes sur la poitrine, le bas du corps traité dans le style schématisé de la montagne. […] Les Musées Nationaux demandèrent la concession du site qui leur fut accordée par M. Seyrig, Directeur du Service des Antiquités. Dans les premiers jours de décembre 1933, la Mission avait rejoint Abou-Kémal où elle installait son cantonnement. »

« Les trouvailles faites au cours du dégagement du sanctuaire furent particulièrement abondantes. Il s’agit spécialement des ex-voto déposés sur les banquettes par les fidèles de Mari. Offrandes qui subirent des mutilations, contre-coup des guerres et des pillages. […] Dans ce seul temple nous avons ramassé : une petite statue, cinq statuettes complètes, vingt et une statuettes acéphales, treize têtes détachées, quatre têtes sur buste, vingt-huit corps de statuettes, vingt bases ou socles de statuettes. » – André Parrot

Arrivée au lieu-dit du tell Hariri en décembre 1933, l’équipe d’archéologues décida de porter ses efforts sur une des buttes de l’ouest de la colline. Le 22 janvier 1934, ils découvrent une tête de statue masculine aux yeux incrustés de lapis-lazuli et, le 23 janvier, le corps qui complétait la statue.
Celle-ci portait une inscription, incisée dans le dos :

Ebih-Il, nu-banda, a offert sa statue pour Ishtar Virile »

Mon ami Ebih-Il venait d’être découvert.

Dans les années 1930, la Syrie est sous mandat français. La loi de partage après fouilles dispose que les objets mis au jour soient répartis en deux lots de valeur équivalente, l’un pour le pays de découverte et l’autre pour celui du découvreur.

La statue d’Ebih-Il est envoyée à Paris et rejoint les collections nationales.

André Parrot décrit ainsi Ebih-Il :

Petite statue en albâtre blanc, d’un homme assis (hauteur : 0,52m), vêtu du jupon à étoffe floconneuse. […] Il a le crâne absolument rasé, mais il porte cependant une barbe qui s’attache à la hauteur des yeux et laissant largement dégagées les pommettes des joues et les lèvres supérieure et inférieure, se termine assez court, en mèches calamistrées et bouclées. »

Les sourcils réunis à la base et incrustés de bitume, accentuent l’attache très fine d’un nez aquilin. Les yeux sont particulièrement soignés pour rendre du mieux possible la vie du regard. Raffinement de l’artiste qui a combiné le schiste, la coquille et le lapis lazuli, indiquant respectivement cils et paupières, cornée et iris. Les lèvres très fines esquissent un demi-sourire. »

Le rendu du reste du corps témoigne aussi d’une technique soignée. Le buste, entièrement nu, est parfaitement modelé et aminci à la taille. Les deux mains étaient ramenées sur la poitrine, jointes (main gauche fermée placée dans la droite), mais malheureusement le bras et le coude gauches ont été cassés dans l’antiquité et la base du coude droit écornée. »

Ayant le torse nu, le personnage est vêtu seulement du jupon avec le nœud plaqué au bas du dos. Mais cette fois, au lieu de représenter l’ensemble dans le style habituel du kaunakès, l’artiste a su parfaitement indiquer dans la pierre le floconneux des longues mèches de laine légèrement ondulées. […] L’homme est assis sur un siège arrondi sans dossier, d’un type un peu spécial. Sans doute y verra-t-on un escabeau en bois, avec une enveloppe de joncs recourbés et tressés, le jonc seul ne nous paraissant pas donner une résistance assez grande. Les pieds manquent, mais il reste l’attache des chevilles qui sortent sous la robe. »

Nous daterions volontiers cette statue des environs de l’an 2950, car l’examen des signes de l’inscription obligea une date haute. » – André Parrot

Mon ami Ebih-Il est l’un des trésors du département des antiquités orientales du Louvre.

Source : rapport préliminaire sur la première campagne des  fouilles de Mari à l’hiver 1933-1934, par André Parrot

En savoir +

Photographies de la découverte sur le site Internet consacré aux « Grands sites archéologiques » du Ministère de la Culture
Visite exceptionnelle de l’exposition consacrée à la Mésopotamie au Louvre-Lens (janvier 2017) avec Ariane Thomas

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